‹ Gil Blas. IntrodChapitre 26 sur 277 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

voleurs se réveillèrent en sursaut ; et, ne sachant si c'était la sainte Hermandad qui venait fondre sur eux, ils se levèrent en appelant à haute voix leurs camarades. Dans un instant ils sont tous sur pied. Ils prennent leurs épées et leurs carabines, et s'avancent presque nus jusqu'à l'endroit où j'étais avec Domingo. Mais sitôt qu'ils surent la cause du bruit qu'ils avaient entendu, leur inquiétude se convertit en éclats de rire. « Comment donc, Gil Blas, me dit le voleur apostat, il n'y a pas six heures que tu es avec nous, et tu veux déjà t'en aller ? Il faut que tu aies bien de l'aversion pour la retraite. Eh 1 que ferais-tu donc si tu étais chartreux ? Va te coucher. Tu en seras quitte cette fois-ci pour les coups que Domingo t'a donnés ; mais s'il t'arrive jamais de faire un nouvel effort pour te sauver, par saint Barthélémy ! nous t'écorcherons tout vif. » A ces mots il se retira. Les autres voleurs s'en retournèrent aussi dans leurs chambres, en riant de tout leur cœur de la tentative que j'avais faite pour leur fausser compagnie. Le vieux nègre, fort satisfait de son expédition, rentra dans son écurie ; et je regagnai mon cimetière, où je passai le reste de la nuit à soupirer et à pleurer.

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