‹ Gil Blas. IntrodChapitre 32 sur 277 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

De l'événement sérieux qui suivit cette aventure.

Nous demeurâmes dans le bois la plus grande partie de la journée, sans apercevoir aucun voyageur qui pût payer pour le religieux. Enfin noué en sortîmes pour retourner au souterrain, bornant nos exploits à ce risible événement, qui faisait encore le sujet de notre entretien, lorsque nous découvrîmes de loin un carrosse à quatre mules. Il venait à nous au grand trot, et il était accompagné de trois hommes à cheval qui me parurent bien armés, et bien disposés à nous recevoir ^i nous étions assez hardis pour les insulter. Rolando fit faire halte à la troupe, pour tenir conseil là-dessus, et le résultat fut qu'on attaquerait. Aussitôt il nous rangea de la manière qu'il voulut, et nous marchâmes en bataille au-devant du carrosse. Malgré les applaudissements que j'avais reçus dans le bois, je me sentis saisi d'un grand tremblement, et bientôt il sortit de tout mon corps une sueur froide, qui ne me présageait rien de bon. Pour surcroît de bonheur, j'étais au front de la bataille, entre le capitaine et le lieutenant, qui m'avaient placé là pour m' accoutumer au feu tout d'un coup. Rolando, remarquant jusqu'à quel point la nature pâtissait chez moi, me regarda de travers, et me dit d'un air brusque : « Écoute, Gil Blas, songe à faire ton devoir ; je t'avertis que, si tu recules, je te casserai la tête d'un coup de pistolet. » J'étais trop persuadé qu'il le ferait comme il le disait, pour néghger l'avertissement ; c'est pourquoi je ne pensai plus qu'à recommander mon âme à Dieu, puisque je n'avais pas moins à craindre d'un côté que de l'autre. Pendant ce temps-là, le carrosse et les cavaliers

Page 1