‹ Gil Blas. IntrodChapitre 51 sur 277 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

la mauvaise opinion que ma souqueniUe pouvait encore donner de moi, je dis à l'hôte que, tel qu'il me voyait, j'étais en état de bien payer mon gîte. A ces mots, l'hôte, appelé Majuelo, grand railleur de son naturel, me parcourant des yeux depuis le haut jusqu'en bas, me répondit, d'un air froid et malin, qu'il n'avait pas besoin de cette assurance pour être persuadé que je ferais beaucoup de dépense chez lui ; qu'au travers de mon habillement il démêlait en moi quelque chose de noble, et qu'enfin il ne doutait pas que je ne fusse un gentilhomme fort aisé. Je vis bien que le traître me raillait ; et, pour mettre fin tout à coup à ses plaisanteries, je lui montrai ma bourse. Je comptai même devant lui mes ducats sur une table, et je m'aperçus que mes espèces le disposaient à juger de moi plus favorablement. Je le priai de me faire venir un tailleur. « Il vaut mieux, me dit-il, envoyer chercher un fripier ; il vous apportera toutes sortes d'habits, et vous serez habillé sur-le-champ. » J'approuvai ce conseil, et résolus de le suivre : mais, comme le jour était prêt à se fermer, je remis l'emplette au lendemain, et je ne songeai qu'à bien souper, pour me dédommager des mauvais repas que j'avais faits depuis ma sortie du souterrain.

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