‹ GilbertChapitre 7 sur 27 · LE CHIRURGIEN EN CHEF · texte numérisé non relu

LE CHIRURGIEN EN CHEF

dant la nuit; leur figure annonçait un événement extraordinaire; et avant de donner le signal du départ pour se rendre dans les salles, le chirurgien interrogea d'un air inquiet l'aide qui lui présentait le registre: — Est-ce qu'il nous serait mort beaucoup de monde cette nuit? Nos cinq amputés vont donc mal?... Au surplus. Monsieur^ nous n'avons rien à nous reprocher... la nature ne fait pas toujours ce que nous voulons... elle n'est pas toujours juste... la nature... Allons voyons, lisez-moi cela, monsieur le docteur... car votre écriture est si fine... Mon ami, prenez-y garde, les apothicaires ne pourront jamais déchiffrer vos ordonnances, n L'aide reprit le registre des mains de M. Moreau et lut les notes qu'il y avait écrites : il y rendait compte de ses observations sur les malades et sur l'effet des prescriptions du chef.^ — Bien ! bien ! dit M. Moreau, qui l'interrompit; je vois avec plaisir que vous ne vous contentez pas de mettre

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des compresses, de panser des vésicatoires, de faire des saignées... A la bonne heure... c'est en observant qu'on s'instruit... Jeune homme, vous êtes dans la bonne route... mais continuez... et surtout dépêchez-vous, car j'ai une opération en ville pour dix heures très-précises...

Quand l'aide en vint à lire ce qui concernait le jeune homme qui s'était levé et avait troublé la salle, M. Moreau l'écouta avec un intérêt mêlé de surprise : — Mais cet homme est fou, dit-il, on ne saurait en douter... est-ce que votre première idée n'a pas été dé soupçonner une aliénation mentale?...

— Lorsqu'on nous a amené ce malade, .il était fort tranquille, et rien n'annonçait

cette perturbation...

— Ah!... ahî...il vous faut des transports, des convulsions, des hurlemens, pour vous faire reconnaître qu'un homme est fou... Jeune homme, vou5 n'êtes pas encore trèsferré sur cet article... Mais nous allons voir

LE CIUKL'KGIE.N E.N CHEF. ^D

ce nouveau venu, je suis curieux de l'examiner...

Il fit signe aux aides et aux infirmiers de lesuivreavectouslesinstrumensnécessaircs; et après avoir visité rapidement les dix premiers lits de droite, il s'arrêta au numéro onze. La phvsionomic de Gilbert était calme; sa pâleur seule pouvait faire juger de la crise violente qui avait épuisé ses forces : une douce résignation se faisait lire dans ses regards ; et lorsque le chirurgien en chef s'approcha du lit, il fit un mouvement de tête pour le saluer. Ce mouvement était accompagné d'un geste qui suppléait à sa faiblesse. Cette politesse surprit le chirurgien. — Parbleu ! dit-il à voix basse, en se tournant vers les aides, voilà un fou beaucoup plu3 poli que la plupart des gens raisonnables de ma connaissance; c'est le premier malade qui m'ait accueilli ici de cette manière... — Alors il prit la main de Gilbert, et le regarda avec allcntion : — Eh bien! mon ami, luidit-^

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il d'un Ion alfectucux, comment vous trou'vez-vousce malin?... Vousavez été bien imprudent celte nuit... il ne faut pas se lever sans permission... entendez-vous?

— Oui, Monsieur; mais en me soumettant à vos ordres ou à vos conseils, me permettrez-vous de vous demander pourquoi l'on m'a mis ici?...

— Vous êtes malade, et sans doute votre fortune, vos moyens d'existence ne suffiraient pas au traitement qu'exige votre état... Mais croyez que vous ne manquerez de rien, qu'on aura soin de vous ici... Que ces mots d'Hôtel-Dieu, d'hôpital, ne vous effrayent pas...

— J'ai du courage, Monsieur, pour supporter tous les malheurs, et ce n 'est pas la plus triste épreuve que j'ai eu à subir :, pauvre, je ne rougis pas de ma misère; mais, Monsieur, je puis vous assurer que l'on vous trompe; je ne suis pas malade, et c'est un complot de mes ennemis qui m'a conduit ici...

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