LE CHIHURGIEN EN (H FF. J
rôles, s'éoria douloureusemciit : • — Je ne m'étais pas trompé!,.. — Puis il dicta à voix basse l'ordre de faire transporter le malade dans la salle réservée aux fous. Les deux infirmiers allèrent chercher un brancard, tandis que le chirurgien restait toujours debout devant le lit de Gilbert. Un intérêt dont il ne pouvait se rendre compte, une émotion toute nouvelle pour lui, accoutumé à de tels spectacles, le retenaient à cette place. Enfin, les infirmiers revinrent avec le brancard. M. Moreau les aida à y porter Gilbert; ce qui étonna beaucoup les assistans et surtout les autres malades, qui ne concevaient pas le privilège de ces égards, cette exception aux formes et aux habitudes un peu sévères du chirurgien en ^^hef, en faveur d'un malheureux.
Gilbert fut sensible à ces soins, à cette attention de M. Moreau, et il tenta d'adresser quelques remercimens au chirurgien; mais la parole expira sur ses lèvres. Toutefois, il
Sx) ' GILBERT.
fut compris par M. Moreau , qui lui prit la main, comme pour la serrer affectueusement. Tout à coup une petite clé tomba de la main de Gilbert aux pieds du chirurgien , qui la ramassa. —Ma clé! ma clé! s'écria aussitôt ie mglade^ qui parut craindre que cette clé ne fût perdue pour lui. M. Moreau, étonné de ce mouvement et de cette exclamation , chercha à le rassurer : — N'ayez aucune inquiétude j mon ami , cette clé sera en sûreté, beaucoup plus pn sûreté que si vous la gardiez avec vous. Je vais la faire joindre à vos autres effets...
— Ma clé! ma clé! Monsieur; je vous en conjure, rendez-la-moi....
Il versait des larmes en adressant au chirurgien cette prière. — Calmez-vous , lui répondit M. Moreau, calmez-vous... je vous réiponds de votre clé... Je vous donne ma parole d'honneur qu'elle vous sera rendue...
■ — Monsieur , ne me refusez pas cette :grâce... je vous en conjure...
LE CHIRURGIEN EN CHEF. 8l
Le chirurgien, vaincu par ces prières, remità Gilbert cette clef qu'iidemandait avec tantd'instances. Quand le malade l'eut reçue, il la cacha aussitôt sous sa couverture, et remercia M. Moreau. Puis les infirmiers exécutèrent l'ordre que celui-ci leur avait donné, et, soulevant le brancard sur lequel Gilbert était étendu , ils le transportèrent dans la salle des fous.
M. Moreau continua la visite des malades, et de temps en temps il interrompait cette inspection pour parler du singulier jeune homme et de sa clef. — Ce pauvre diable, disait-il, s'imagine peut-être qu'il a un trésor, et peut-être ne possède-t-il pas un liard. Sans doute les douches le guériront de son avarice; nous verrons demain comment il aura passé la nuit.... Messieurs, je vous invite à observer attentivement ce malade... vous me rendrez un compte fidèle de vos observations. Les aides l'assurèrent de leur exac-
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Ha GIMJERT.
titucJe, et le chirurgien quitta l'hospice après avoir terminé son inspection.
Mais au moment où il sortait, il vit descendre d'un carrosse, orné des armoiries archiépiscopales, un des chanoines de Notre- Dame : c'était l'abbé Marion qui venait s'acquitter de la mission dont il avait été chargé par M. de Beaumont. A la vue du chanoine, le chirurgien s'inclina, etse disposait à passer outre, quand le chanoine l'appela et lui fit signe de s'approcher. M. Moreau, quoique pressé de se rendre chez des malades qui l'attendaient depuis long-temps, ne put se dispenser de se rendre à l'invitation du chanoine.— Eh bien! docteur, lui dit celui-ci, avez-vous vu notre malade?
— De quel malade , monsieur l'abbé ^ voulez-vous parler?...
— Eh ! parbleu , de ce jeune fou que nous vous avons expédié hier de Conflans.
— Ah! oui... un des gens de monseigneur ♦ic Paris... n'est-ce pas?...