Ginette la rêveuse
J ai 6U par cœur, il y a belle lurette, une fable contant la jmnition de certain berger peu scrupuleux sur le choix de ses distractions. Quand Uennui lui semblait trop lourd, « au loup! criait Guillot. » A cet appel, ses amis accouraient, annés qui d'une trique, qui, seulement, de courage. Et le facétieux pastoureau se gaussait de leur altruisme jobard.
Tant va la cruche à Veau... Un vilain jour, voici l'animal « triste... stabulis » [ô Stalky 1) qui se jette sur les agneaux du farceur, emporte le plus gras au fond des forêts, et puis Le mange. Egosille-toi, Guillot, personne ne se dérangera : le menteur n'est plus écoulé, même en (lisant la vérité.
Pareille mésaventure me înenace.
Jadis, dans une Préface qui a disparu de l'édition illustrée, j'ai prétendu que le manuscrit de Claudine à l'Ecole m'avait été envoyé, entouré d'une faveur rose, par une écolière anonyme. Nombre de lecteurs se laissèrent
Vm PREFACE
prendre à cette « supercherie littéraire » pour parler comme le perspicace Quérard.
Aujourd'hui, f affirme que les confessions de cette « rêveuse » laïont été remises par elle- 7nême peu de temps avant sa mort. A Paris, ma véridique déclaration risque de passer pour une blague ; à Bruxelles pour une zwanze : à Genève pour une monture. Ginette paiera pour Claudine. Ainsi va le monde.
D'ailleurs, ces pages ont dit être remaniées de fond en comble. J'ai d'abord élagué des chapitres entiers, d'une psychophysiologie captivante mais si peu respectueuse de « l'honnêteté », qu'Albin Michel aurait dit les publier en latin (1), sous peine de susciter les braiments scandalisés de la bande qui, à la suite du vertueux Sébastien Faure, m'accuse assidUinent et mensonger ement d'offenser la morale : le dénonciateur Nathan-Gougenheim, dit Louis Forest, auteur d'un Amour et C'* de la plus fangeuse pornographie; l'Ernest Charles qui a lancé contre la Virginité de M"^ Thulette (2), de grotesques excommunications dignes d'un Léo Poldés, etc., etc.
(1) Passe-temps d'institutrices charmées par les vers de Renée Vivien, les chansons de Bilitis, le « Law Tennis » de Mourey... Hune forsan intelligitis cur Albinus edere noluerit, ipse autem, fias nugas narraturus, latina lingua sum usus, quippe qui aptius grœcam- ndhibuissem, disais-je jadis.
(2) Ecrite en collaboTation nvec M'"»» Jeanne ÎSIarais.