‹ Girart de Roussillon, chanson de gesteChapitre 160 sur 406 · G I R A H T DE U O U S S I I. L O N · texte numérisé non relu

G I R A H T DE U O U S S I I. L O N

mesnie à Tournus ' sur la Saône, en une prairie- II n'y eut baron en Bourgogne, qui est grande et large,' ni chevalier, ni dame de pm, qui n'eût là pavillon, tente ou Teuitlee '. La reine fut honorée par dessus tous. Le lendemain, ils partirent au point du jour.

36. Charles est logé sur la Saône; il prît par la gonelte Tibert de Valbeton, Isembert et Brochart et leur parla ainsi :

■ Grande richesse à Girart, et bonne terre. Du Rhin à

■ Bayonne, tout le pays est à lui; en Espagne, il s'étend * jusqu'à Barcelone, et l'Arsgon lui paie tribut. Ah! bien " fol est le roi qui donne un tel tîef, et celui qui me le de- « mande en alleu me tient un fâcheux discours 3; il démem- » bre et dépeuple le royaume, et moi je n'ai de plus que lui it que la couronne; mais j'entends bien le rogner jusqu'à la

■ Garonne. — Maudit soit, > dit Tibcrl, « qui ose en souf-

■ tier mot ! Mais'qui a fol désir le cache jusqu'à tant que

■ nous soyons à Sens sur Yonne. «

37. Le lendemain, ils se séparèrent au point du jour. Girart prit apart la reine sous un arbre; avec lui, il mena deux comtes et sa femme. « Que me direz-vous, femme d'empes reur, de cet échange que j'ai fait de vous avec eux? Je «ats. » bien que vous m'en tenez pour méprisable. — Non, sire, » mais pour homme de ^rand prix et de valeur. Vous m'a- D vez faite reine, et ma sœur vous l'avez prise pour l'amour » de moi. Bertolaîs et Gervais, vous deux, riches comtes, D soyez-m'en otages, et lui tenant, et vous, ma chère sœur, » recevez-en l'aveu, et par dessus tous, Jésus le rédempteur, i> que je donne par cet atinenu mon amour au duc. Je o lui donoe de inon oscle 4 la ileur parce que je l'aime plus

I, rroi, c'est peui-Éire Trévoux.

■i. Faute de icnte, on s'insultait boue des abris de feuillage. Voy, Hamenca, p. 169, noie i.

. \.'o$cle est In donation faite avant le mariage, par l'époux à ;se - iniervenienit ostulo >-. Coi. ThcoJ.. éd. Riiler, 111. i

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n que mon père et mon seigneur; en me séparant de lai, je » ne puis m'empëcher de pleurer, n

38. Ainsi dura toujours leur amour pur de tout reproche, sans qu'il y eût autre chose que boa vouloir et entente cachée. Et pourtant, Charles en conçut une telle jalousie que, pour un autre grief dont il chargea le duc, il se montra farouche et irrité. Ils en tirent bataille par les plaines herbues ; et il y eut tant de morts que les vivants en demeurèrent sombres, et que jamais plus un mot d'amour ne fut prononcé [entre eux).

39. Charles quitte Girart et la Bourgogne. Malgré tout le service qu'il avait eu du comte, il n'eut pas honte [de taire ce qu'il âtj. Il s'en alla par la Lorraine à Cologne; il manda ses Bavarois et ses Saxons, et dît, sans hésiter, â son conseil, qu'il ne prisait pas un œuf toute sa puissance s'il ne rognait â Girart sa terre, Provence, Auvergne et Gascogne. Jamais vous ne vîtes roi aussi irrité,

40. Charles manda sa gent sans dire pourquoi, et commanda à chacun d'amener promptement £vec soi ses chiens et ses lévriers et son harnais, simplement ■ ua cheval et ses armes. Et Tibert demanda : « Des armes ! pourquoi ?» Le roi appela Thierri, et ils furent trots : « A vous deux je le

cf. Du Cange, IV, 741 e. L'anneau remis par la rtiine à Girart avait fail partie du don de noces. Il devient ici à la t'ois un si^ne d'investiture «t un gagu d'amour comme dans maint» texios du moyen âge. Ainsi dans le lai de l'Ombre (Michel, Lais inédits, p. 62) :

r .]. joid

Et dans Atnadas (v. 1162-5) :

■ E pur cheval; c'ett-à-dire un cbeval de gucrrâ.noa pas un p«le-

M dirai en qui j'ai leplus de confiance. Girart n'est pas mon » homme et ne tient point fief de moi. En lui faisant du mal, » si je le puis, je n'agirai pas déloyalement. J'irai à RoussiU » Ion prendre mon droit : la chasse en bois et en rivière et H mon conroi ', cela et plus encore, si j'en ai le loisir. — Ce a n'est pas mon avis, » dit Ttbert, « que vous fassiez mal au u comte, ni qu'il vous guerroie. »

41. — Et vous, Thierri, » dit le roi, « que m'en direz- » vous ? — Sire, les pères ^ sont mes ennemis ; je ne veux n point vous donner le conseil d'un homme léger, pour que u tes hommes et tes amis disent ensuite que je les ai jetés n dans la guerre et dans la détresse : je les ^ sais si riches » en terre et en avoir qu'ils seront malaisés à conquérir, » je vous assure. — Je ne veux pas de sermon, » dit Charles : a. que les vieux restent , et viennent les jeunes ! et n je ferai riche le plus pauvre. — Stre, vous aurez besoin (1 des vieux comme des plus jeunes, et je ne puis vous mann quer au moment critique, n

42. Charles voit près d'un bois une centaine de comtes, tous jeunes et plùns de fierté. Il pique son cheval et les aborde : « Allons chasser en rivière et en bois : mieux vaut » ainsi aller que de rester chez soi. Aidez-moi à me venger >■■ de celui qui me cause le plus de tourment. Je vous aime » mieux qu'il* ne fait. — Sîre, chevauche abandon, et prends-

t. Monconrei; c'est une variétû du droit de gîte ou de procuration; \-oy. Du Caage au mot conrcdium. Dans les anciens textes, coaroi est l'hospilalitiS ofTerle à litre gracieux ; voir, par exemple^ Aye d'Avignon, V. a386 et aiSg. Un homme que sab gent conrear (GiV. de Rouss., éA. Hofm-, V. 3466)68! un homme qui reçoit bien acB hôlea. Cest à ton que Rajrnoiwrd feitdeux motsdistînctBde conrei el ie conre (Lex.rom., II, 48-9)-

3. Drogon, et Odilon. le pèr>: et l'oncle de Girart; cette inimitié, dont la cause n'est nulle part expliquée, est dans le pofrac l'objet de frif' quentes allusions.

jf. Girart et les siens. .

4. Girart ; le sens n'est pas irès-asiuré ; le vers manque dans Pé

» nous avec toi. Conquier fiefs et terres, donne et reçois. Que n tours ni donjon ne te défendent aucun trésor, et que pluie, » ni tempête ne nous arrêtent ! — Vous me donnez le con- » seil que je demande ; il n'y a si pauvre, dès qu'il sera avec » moi, à qui je ne donne tout ce qu'il pourra convoiter. »

43. Charles a corps vaillant et coeur fier; il dit qu'il ne souffre point de pair en sa terre. Avec lui furent ses comtes et ses barons; ils avaient leurs meutes et leurs chiens braques. Us traversent î'Ârdenne et la forêt d'Argonne ■, prenant abondance de venaison. La reine l'apprit et manda à Girart d'avoir à se garder de trahbon. Mais le comte a le cœur si noble qu'il n'y crut pas jusqu'au moment oCi il se vît provoqué; et pour cela il manda le comte Fouque, Boson et Seguin de Besançon.

44. Charles vient de chasser par un sentier. Ses compagnons lui conseillent tous de se rendre au moûtier de Saint Pre2ant(?). « Là on trouve de l'eau douce, du poisson en vi- » vier ; nos destriers entreront dans les terrains bas ; mulets » et bêtes de somme paîtront par les prés. » Voici quecommencent le ressentiment et la querelle dont moururent par suite tant de chevaliers. Vous allez entendre ce que Charles réclamait à Girart.

45. Charles vient de la forêt d'Ardenne oti il a chassa. 11 avait en sa compagnie cent comtes tous jeunes, chacun menant enchatné veautre » ou lévrier ; ils portent des alérions ^ Â la penne vigoureuse. Suit le reste de la mesnie que le roi conduit. Jusqu'à Roussillon, il ne tira pas sa rênt. Ils se le* gent devant les murs, sur le sable, faisant courir leurs chevaux parla campagne; les bêtes de somme paissent parla plaine, c'est la première élrenne de la guerre. Elle durera

t. On a vu plus haut que Charles, en quittant Girart, s'ftait rendu à Cologne.

3. C'est le terme de l'ancien franfaie; ital. vcflro, sarte de grand chien

de chasse.

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