ÉTAT DES PERSONNES ET CIVILISATION DANS GJRART DE.ROUSSILLON
Le roi. — Les seicniurs. — Le clbrg£. — Bourcgois et vilains. — La ouirrb. — Les arts ; decoration des édifices ; COSTUME ; ARMES. — Mœurs,
Il n'y a rien â tirer de Girifrt de RoussHlon pour la connaissance de l'époque, du reste très vaguement indiquée, où Taction est supposée se passer, et cette conclusion, que nous fondons sur la chanson renouvelée, pourrait Itre appliquée avec non moins de certitude à l'état premier de cette chanson. Par contre, il y a infiniment i prendre pour la connaissance de l'état des personnes des usages, des mœurs, en un mot, pour l'histoire de la civilisation, à l'époque où la chanson fut composée. Peu de chroniques, peu d'œuvres d'imagination du même temps nous fourniraient un tableau aussi réel, aussi vivant de ta féodalité à son état le plus ancien. Et cette fois encore j'applique, dans une grande mesure, â la chanson ancienne, les conclusions qui se déduisent de la chanson renouvelée.
Le renouveleur, homme de grand talent, a moditîé profondément sa matière en certaines parties, on l'a vu au chapitre précédent; il a pu, çà et là, accuser davantage les traits dislinctifs de certains caractères, leur donner plus de relief et de vie, mais je crois que dans la
LVIII INTRODUCTION
peinture des mœurs, en général, il s'est maintenu, sauf peut-Stre vers la fin, dans la donnée ancienne. Les renouveteurs de chansons de geste modifient la forme, retranchent et surtout ajoutent des éjàsodes, mais ils conservent assez bien la couleur archaïque qui est coomie de tradition dans l'épopée du moyen âge à ses diverses époques. Puis, nous savons .bien que la féodalité n'a pas subi, du XI' siècle au xn", une transformation subite, de sorte que les notions que nous fournît Girart de Roussillon, pour n'être pas rigoureusement datées, n^en sont pas moins instructives.
Nous allons passer en revue les différentes classes de personnes qui figurent dans le poème, en commençant ■ par le roi.
Le roi. — Le plus souvent il est appelé Charles tout court, mais souvent il reçoit le surnom de Martel '. Est-ce Charles Martel ? Est-ce Charles le Chauve ? Le premier, semble-t-il, car l'auteur attribue à son Charles Martel un fils du nom de Pépin *, ce qui convient au (ilharles Martel de rhistoire.Toutefois, vers la fin du poème, il y a un passage où Chartes Martel a un ancêtre appelé du même nom, et reçoit lui-même le surnom de « le Chauve » '. Nous pouvons donc admettre que le renouveleur, du moins, entendait par Charles Martel l'empereur Charles te Chauve *, mais le premier auteur avait plutôt en vue
i.S lOf i7t Si. 56, 8i, Sq, 98, lia, i23, i:S, etc.
2. Ji S61, 6o:,(3ii, 6:6. Notons que cei pasugcs sont dans la partie la ptus remaniée du poème, comme aussi celui qui va ftre indiqué è la Dote suivante.
3. t 636 : c Chirlet Manel, ton aïeul, fit de grands maux... Présena tement, ion nom doit être Charles le Chauve. >