‹ Girart de Roussillon, chanson de gesteChapitre 50 sur 406 · IV. — ÉTAT DES PERSONNES ET CIVILISATION LXXXVII · texte numérisé non relu

IV. — ÉTAT DES PERSONNES ET CIVILISATION LXXXVII

vœa si souvent répété au moyen âge, que les barons unissent leurs forces contre les Sarrasins, au lieu de se déchirer entre eux (g 124) '. Mais, par une application imparfaite de l'idée chrétienne de la satisfaction, on croyait réparer tous ses torts par des fondations pieuses. Et c'est pourquoi le roi et Giran sont représentés fondant de nombreux monastères (^ 188, 684, 636, 672, 674-5). Observons, en passant, que ta dernière parue du poème, où la main du renouveleur se laisse reconnaître d'une fa<;on si évidente, se distingue par une douceur de mœurs, par un switiment tout chrétien de la supériorité de la paix sur la guerre, qui sont loin de se manifester au même degré dans le reste de la chanson.

Le vice ie plus grave et le plus répugnant de la société du moyen âge, c'est la cupidité. C'est surtout dans les hautes classes qu'il s'étale sans vergogne. Lorsque, dans les chansons de geste, nous voyons Charlemagne accorder ses iaveurs à un coquin qui lui a fait un riche présent, nous sommes tout d'abord portés à croire qu'il y a eu de la part du poète une intention satirique. Il y a simplement peinture des mœurs du temps. Ces mœurs sont dues, pour une grande part, à l'introduction des idées germaniques dans nos pays, lors de la chute de l'empire romain. Les coutumes^ barbares substituaient aux idées abstraites de crime et de châtiment les idées matérielles de dommage et de compensation. On s'accoutuma de plus en plus à croire que tout pouvait être matière â transaction pécuniaire. Dès l'époque mérovingienne, on

t. Au texte cii£ dans la note relative à cette tirade, on en pourrait ajouter bien d'autres ; Elias Cairel, Archiv, xxsv, 441 ; G. Figueira, Seipreveire major, coupl. 1; G. Ftiquier, Kuritalj, coupl. vu ; Besant, TV. «35-9; J. de GarUndc, Hist. lilt. XXII, 8a. etc.

LXXXVIll INTRODUCTION

offre de l'argent au roi pour obtenir un évêché; à t'époque féodale, ie roi ou les seigneurs donnent au plus offrant les riches héritières, fîUes ou veuves, qui tiennent d'eux un fief; on arrête à volonté par des présents le cours de la justice. Le fait caractéristique est que ces transactions, à part celtes qui concernent les dignités ecclésiastiques, sont considérées comme légitimes. On a la conscience très large quant aux moyens de se procurer^ de l'argent. On n'est pas déshonoré, au moins dans certains cas, pour avoir recours au vol.

Il fallait bien, du reste, qu'on fût peu scrupuleux : au xi*tt au x[i* siècle on voit les grands rivaliser de luxe et de prodigalités, s'épuiser à entretenir des suites de plus en plus nombreuses. Leurs revenus, du reste très mat administrés, ne pouvant suffire à ces dépenses croissantes, il était nécessaire — à une époque où il n*était pas encore facile de s'endetter, faute de prêteurs ' — de multiplier les ressources extraordinaires. La cupidité des Latins est, avec leur insupportable loquacité, ce qui • frappa tout d'abord les Byzantins lorsqu'ils se trouvèrent en rapport avec les croisés ^, Ici il est à remarquer que les reproches contre .la convoitise et l'avarice des seigneurs abondent chez nos anciens poètes, mais il faut considérer quelle est la tendance de ces reproches. Trouvères et troubadours blâment les seigneurs, non pas de la fa(;on dont ils se procurent des richesses, mais du peu

1. 11 ut question, dans le poème, de gens qui ont erapruoté— naturellement sur nantissement — mais seulement dans la dernière partie (ï- 633).

a. ■ "EsTi fiii ■/■ip i4 Tûï AiTivsv -/i»o( f liejrp^/'""'^^''™"' • Anne Comnène, I. X, chap, vr; cf. I, VI, chap, vi, éd. du l^uvre pp. i63, a86, et voir les textes cités par Du Cange dans son commentaire sur le passage de la p. iG3.

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