ACTE III
OÙ les autres enfants chantent et jouent, elle reste muette et sérieuse, on dirait que leur société la gêne et lui fait mal, à tel point que je me suis vu obligé de changer les Tuileries et les Champs-Élyséespource jardin solitaire... Regardez-Ia, elle vient de commencer à jouer pour nous obéir, puis elle s’est arrêtée au milieu de ses jeux... Marie, avez-vous apporté son châle et son capuchon, dans le cas où il pleuvrait?...
GEOBGETTE.
Pauvre cher beau-frère! soyez sans inquiétude, je suis là et je veille à ces petits détails.
KERVEN.
Merci, Georgette, merci ! ne m’abandonnez pas, je vous en prie. { A part.) Comme elle est triste !
ANATOLE
Ma bonne amie, je vais te quitter, un procès...
GEORGETTE
Vous n’avez donc pas de cœur?... restez, tâchez de consoler, d’égayer un peu Kerven ; la solitude lui est mauvaise.
ANATOLE
Certainement , ma bonne amie ! ( A part. ) Diable
d’homme! rien que de le regarder, j’en ai la chair de poule !
Dites-moi, Georgette, vous êtes sûre qu’elle ne vient jamais ici, n’est- ce pas?
GEORGETTE
Jamais, elle ne sort pas.
KERVEN.
C’est que, voyez-vous, si elle la voyait et qu’elle parvînt à lui parler, ou que Louise la reconnût de loin, ce serait nn grand malheur. Cette enfant a une sensibilité précoce qui m’effraye. Bien qu'elle ne l’ait jamais vue depuis six mois, elle ne peut l’oublier, elle prononce souvent son nom. Tout, sa tristesse, et jusqu’à une chanson enfantine qu’elle répète toujours, malgré ma défense, prouve qu’il existe dans ce petit cœur une plaie mal fermée qu’une atteinte imprévue pourrait faire saigner et rendre dangereuse, mortelle peut-être. Dites-le-lui, quand vous la verrez. Si en elle la mauvaise épouse n’a pas tué la bonne mère, qu’elle songe