ACTE IV
NOËL
Oh ! par grâce, que ce soit moi, monsieur !
KERVEK.
Peu importe. Car, moi survivant, l’honneur me défend de jamais recevoir madame de Kerven sous mon toit, et, moi tué, il y a un abîme entre elle et le meurtrier de son mari. Elle restera une pauvre créature brisée, isolée, mais . libre de laver la seule tache de sa vie dans les larmes du repentir, et de régénérer son âme par une lente expiation. Voici deux.armes, l’une chargée l’autre vide, choisissez.
NOËL
Non, monsieur, c’est impossible, ma vie ne- serait plus qu’un long supplice! Je vous ai offensé... Vengez-vous , la loi vous excusera, mais ne me forcez pas à courir la chance d’une affreuse victoire. Tirer sur vous, moi, monsieur, pour qu’on dise : Noël d’Ernée, après lui avoir pris l’amour de sa femme et la vie de son enfant, Noël d’Emée a assassiné monsieur de Kerven ! C’est impossible, monsieur, vos paroles sont entrées en moi comme des flammes, elles me brûlent et m’éclairent, je vous ai compris. Oui, il faut que quelqu’un meure, je n’ai jamais prié personne, mais à genoux, monsieur, à genoux, je vous supplie de m’accorder deux choses : votre pardon et la mort.
KERVEN, ému.
Autrefois je vous aimais Noël, et aujourd’hui je ne vous hais pas , Dieu le voit. Donnez-moi votre main. (Noël se précipite sur sa main et la baise.)
NOËL
Ah ! soyez béni, monsieur, soyez béni !
KERVEN, se dégageant.
Dix heures vont sonner à celte pendule, au dernier coup de dix heures nous ferons feu. (U lui tend les armes.)
NOËL, tremblant.
Mais c’est horrible 1 . . .
C’est votre châtiment !
NOËL
Mais, monsieur, je puis vous tuer !
KERVEN.
C’est votre châtiment! (Noël prend une des armes. Les deux hommes se pincent en face l'un de l’autre. Dix heures sonnent.)