AVAIENT DES CHARS DE FER
Juges I, rr-iq. .
Ne résistez pas au méchant.
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Mes chers amis,
Je commence aujourd'hui une série de discours qui se suivront à des intervalles irréguliers et qui ne traitent pas le même sujet, tout en se groupant autour d'une idée centrale : à savoir que beaucoup de paroles de l'Ecriture sont
pareilles à des glaives à deux tranchants, susceptibles de protéger ou^de blesser celui qui les manie, selon qu'il sait ou non s'en servir.
Le premier discours de la série m'est inspiré par les temps où nous sommes et le trouble extraordinaire qui scst emparé d'un grand nombre d'esprits sérieux, sincères et foncièrement chrétiens;
Pour mieux marquer ce qui se passe en nous, je vous ai tait lire tout à l'heure des passages de l'Ecriture Sainte où parle le Maître lui-même et qui sont, pour tout chrétien, le dernier mot de la sagesse d'en haut. Après le Maître, vous avez entendu le disciple, saint Paul, parler dans le même sens.
— Mais alors, direz-vous, c'est la non-résistance! — Attention! — C'est ici qu'à la faveur de l'entrée des brebis, le loup pourrait se glisser dans la bergerie.
Il ne faut pas que les paroles de vie deviennent des paroles de mort: il ne faut pas que l'Ecriture
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Sainte, mal comprise, se retourne contre ellemême et contre ceux qui veulent la suivre.
A une époque terrible pour le peuple d'Israël, la famille héroïque des Machabées marchait à la tête des braves de la nation et résistait à des ennemis supérieurs en nombre. Lorsque ces ennemis, étant parfaitement au courant de la loi juive, se furent aperçus que, le jour du Sabbat, les Juifs ne combattaient pas, ils se le tinrent pour dit. Au lieu de combattre pendant sept jours, ils ne combattirent plus que le jour du Sabbat. Les autres jours où les Juifs pouvaient se battre, on ne les attaquait pas, on fuyait la bataille, on refusait le contact, pour ne venir à l'attaque, sournoisement et traitreusement. que le jour où ces malheureux, d'après leur loi. ne pouvaient pas se défendre. Alors, leur chef les réunit et leur dit à peu près ceci : « Dieu, sûrement, ne nous a pas donné la Loi par Moïse, pour que son peuple fût exterminé. Si on nous attaque encore le jour du Sabbat, eh bien nous
i('> Glaires à deux tr-anchants
nous défendrons. » Le Sabbat venu, les ennemis lâchement se ruèrent de nouveau à ce massacre d'innocents qui leur avait souvent réussi, attaquant des gens qui ne pouvaient riposter: mais, ce jour-là, ils trouvèrent à qui parler.
Ils avaient mille fois raison, ces Juifs, et personne ne pourra leur dire — et si le vieux Moïse était sorti de sa tombe il ne leur aurait pas dit : — « Vous avez enfreint le Sabbat. » Moïse leur aurait dit : « Vous avez bien fait de rélléchir, de penser que votre vieux Prophète national ne vous a pas donné la Loi pour vous faire exterminer. »
Prenez, maintenant, la sainte parole, haute et douce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, où il dit : « Aimez vos ennemis, ne résistez pas au méchant. Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, ofTre-lui la gauche. Si quelqu'un veut te prendre la tunique, abandonne-lui aussi le manteau. » Qu'a-t-il voulu dire par là?
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Il a voulu dire dans quelles dispositions Lui et ses disciples devaient se trouver : Ce ne sont pas gens rancuniers, tapageurs éternels qui, lors même qu'il n'y a pas de motif de rixe, en trouvent toujours. Ce ne sont pas gens querelleurs cherchant à chacun une mauvaise affaire et regardant, après en avoir malmené un, où est l'autre qu'ils pourraient faire souffrir à son tour. Non. ce sont gens bienveillants, le cœur sur la main; gens allant vers tout le monde, non pas seulement v'ers ceu.\ qui les saluent, ou qui sont avenants, ou qui ont de bons procédés à leur égard, mais même vers les autres, — comme le soleil de Dieu et comme sa rosée, — gens enfin qui s'appliquent à vivre de telle sorte qu'ils confirment les bons dans la bonté et font honte aux méchants de leur méchanceté.
A ce résultat inespéré, on arrive, en effet, quelquefois. Aller au devant de l'exigence, accorder plus qu'on ne demande, souffrir même d'une injustice sans se plaindre est un procédé à
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recommander. Si vous le voulez bien, j'entrerai un jour dans le détail de ce procédé qui a fait ses preuves. Je vous ferai voir à quel point Noire Seigneur Jésus-Christ a dit là une parole vivante et forte, lumineuse et triomphante, dans laquelle il y a une multitude de beaux secrets, sur cette victoire par laquelle les enfants de Dieu savent vaincre le monde.
Mais, aujourd'hui, c'est une autre face de la question que je dois envisager. Aucun passepartout n'ouvi'e toutes les serrures; aucun précepte ne résout toutes les questions.
L'esprit que suppose le conseil de Jésus, est une sorte d'inspiration pacifique essentielle à' conserver toujours; mais si cette bienveillance et cette bonne disposiition peuvent, dans certains cas, aboutir à la mansuétude et même à l'empressement de s'offrir aux coups, il n'est pas toujours possible ni bon d'y avoir recours. Il ne faut pas prendre au pied de la lettre les paroles de Jésus-Christ, parce que ces paroles sont
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esprit et vérité, et les prendre au pied de la lettre, c'est singulièrement les déformer et les rapetisser. Je vous les montrerai, commentées et complétées par Jésus lui-même en une circonstance mémorable. Tolstoï l'a oublié, lorsqu'il a tiré des paroles du Christ, sa fameuse théorie de la non-résistance au mal.
Vous vous rappelez — quiconque a reçu une éducation chrétienne sait cela — que Notre Seigneur, lorsqu'il fut traduit devant le Grand Conseil de Jérusalem, fut frappé sur la joue par un soldat romain.
Celui qui avait dit : « Si quelqu'un te frappe sur la joue droite, offre-lui l'autre. » qu"a-t-il fait ce jour-là?
Il n'est pas sans intérêt de placer ici la très fine remarque du Père de l'Eglise. Origène, qui a spirituellement indiqué : Il ne faut pas prendre au pied de la lettre ces paroles de Jésus-Christ. Celui-ci. en effet, s'est arrangé tout e.\près pour qu'on ne puisse pas le faire. Sur quelle joue vous
frappe-t-on toujours d'abord? — Sur la gauche. Or Jésus dit : si quelqu'un te frappe sur la joue droite. Par conséquent ceux qui savent réfléchir se tiennent pour avertis que Notre Maître a mis dans la forme même de la parole qu'il a prononcée l'indication qu'elle n'était pas à prendre au pied de la lettre.
Revenons à la scène décrite il y a un moment; je n'en connais aucune qui puisse nous | donner plus d'enseignements sur la question que nous essayons d'éclaircir.
Voilà donc Notre Seigneur devant le Sanhédrin. On l'interroge : il répond simplement. Tout à coup, le soldat de garde qui se tient à côté de lui, le frappe en plein visage. Que fait i
Notre Seigneur? — Lors même qu'il n'aurait i
j pas eu les mains liées, en sa qualité d'accusé, il ^
ne pouvait pas riposter à un coup reçu par un i coup rendu. Un pugilat ici, était une impossibilité morale. Mais le Juste frappé a-t-il offert l'autre joue? Et croyez-vous qu'il ne la pas of
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ferte, parce qu'en somme personne n'aime recevoir des coups? Non. Il n'a pas offert l'autre joue, parce qu'il aurait, par là, pu provoquer le soldat et l'induire en tentation. Il ne l'a pas offerte, parce qu'il ne méprisait pas Ihomme qui l'avait frappé et ne voulait pas se donner l'apparence de lui dire : « Tiens, brute, voici l'autre joue. Juge quel cas je fais de tes coups; je t'oflFre l'occasion de m'en donner encore, et à discrétion ; prends toute ma figure, frappe sur le front, les yeux, partout. » Cette attitude n'eût pas ressemblé à Notre Seigneur. Comment supposer qu'il eût pu mépriser iin homme au point de l'enfoncer davantage dans l'iniquité, ne pas se souvenir que ce soldat, après tout, avait une âme! Non, non. Jésus-Christ, ce jour-là, n'a donc pas offert l'autre joue, quoiqu'il eût dit que, dans certains cas, on doive l'offrir avec l'espérance, qui sait? que l'autre réfléchira. — Non seulement il n'a pas offert l'autre joue; il eût pu s'en abstenir, tout en gardant le silence.
Mais il a parlé et... il s'est défendu. Il ne l'a pas fait par des moyens matériels e| extérieurs. D'ailleurs, la qualité ou le vice d'une défense n'est pas dans les moyens qu'on emploie, mais dans l'esprit qui vous anime. Ce ne sont pas les moyens qui déterminent la qualité de l'esprit, c'est l'esprit qui détermine la qualité des moyens. Jésus donc se défendit en disant : Si j'ai mal parlé, prouve-le moi. Si j'ai bien parlé pourquoi me frappes-tu? Essayez d'v mettre le ton, la manière, dont Notre Seigneur, dans son émouvante simplicité de cœur, dans son grand amour des hommes, dans sa sincérité, a dû parler à cet homme, et vous augmenterez encore la force de cette réponse.
Et ces paroles étaient tellement justes qu'elles ont porté. Le soldat n'a pas frappé une seconde fois. Cependant, il n'avait rien à risquer; personne ne lui avait fait une observation pour le premier coup de poing; il aurait pu en ajouter un autre et un troisième. Il aurait peut-être
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accompli le secret désir de ceux qui étaient assis, là-bas, au tribunal, et ne pouvant frapper eux-mêmes, eussent intérieurement approuvé le coup. Il n'a pas frappé de nouveau. Pourquoi? Parce que quelque chose a parlé en lui; il s'est dit sans doute : /ai eu tort.
Jésus, ce jour-là, a rendu le bien pour le mal. A un homme qui lui donnait un coup de poing brutal, il a offert une des plus hautes leçons qui aient jamais été données dans l'humanité, et c'est en se défendant qu'il l'a donnée. /
Est-ce que, en d'autres occasions présentes à toutes les mémoires, Notre Seigneur a offert l'autre joue? — Au.x Pharisiens par exemple? Est-ce offrir l'autre joue que d'interpeller des ennemis très puissants et très influents, en leur lançant la terrible apostrophe : «Malheur à vous! hypocrites' ! » Ce n'est même plus de la défense, c'est de l'offensive, de l'attaque... c'est de l'as-