‹ Glaives à deux tranchantsChapitre 9 sur 23 · HAÏR PÈRE ET MÈRE · texte numérisé non relu

HAÏR PÈRE ET MÈRE

« Si quelqu'un vient à moi, et ne hait pas son père, sa niere, sa femme, son enfant, ses frères, ses sœurs, bien plus, s'il ne hait pas sa propre vie. il ne peut être mon disciple.... «

Llc XIV. 26.

Mes frères!

Vous Tentendez, cela sonne franc, et s'énonce avec autorité.

On ne peut pas dire que ce soit là une façon de parler. La personne même de celui qui parle exclut l'exagération oratoire. Nul jamais ne Ht corps avec ses convictions et ses paroles comme Notre Seigneur Jésus-Christ, il avait à tel point le sentiment de leur grandeur qu'il disait : « Je

ne parle pas par moi-même, mais au nom de Celui qui m'a envoyé. » 11 est allé jusqu'à déclarer avec un calme où se marque la certitude intérieure : Le ciel et la terre passeront, tnes paroles ne passeront pas. Lorsque donc, avec une insistance voulue, en faisant une énumération dont chaque terme aggrave le précédent, 11 prononce des paroles comme celles que nous venons de lire, certainement, Il ne sacrifie pas à la phrase, Il n'énonce pas une formule. La façon dont il s'exprime indique le sérieux définitif : Le verbe est un glaive qui pénètre jusquà la moelle des os.

Il ne faut pas jouer avec les armes, ni toucher à des paroles pareilles, sans un saint tremblement. Si déjà la sagesse de l'Ancien Testament recommande de tourner sa langue sept fois avant de se prononcer, il convient de peser sept fois ces paroles avant d'en tirer une conclusion; autrement ce serait les prendre à la légère, et, en somme, les profaner.

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Ces paroles seraient-elles le désaveu du lien familial? A première vue, elles paraissent se révéler ainsi, et c'est dans ce sens que beaucoup les ont interprétées, les uns pour les suivre, les autres pour les réprouver. Oui. cette religion où il n'y a plus personne, où ni père, ni mère, ni frères, ni sœurs ne doivent plus compter, cette religion au cœur sec. à la tête dure, cette religion de fanatiques, on nous l'a recommandée, imposée. Elle a célébré dans le monde des triomphes terribles et suspendu comme trophées à ses autels des cœurs mutilés de parents et d'enfants. Quelques-uns ont cru de leur devoir d'endurer ses tortures, les prenant pour voulues de Dieu.

Heureusement que l'e.xcès même et le caractère contre nature des exigences, a provoqué de légitimes révoltes. En ce, qu'elle a d'essentiel, l'humanité est sacrée. Nous, qui sommes tout pénétrés de vénération pour les sentiments de famille, nous pensons qu'ils viennent de Dieu.

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dont ils nous parlent le plus directement. Nous nous sentons autorisés à l'insurrection contre des doctrines laïques ou religieuses qui seraient ennemies de la famille. Les sentiments de famille dérangent certains absolutismes et leur portent ombrage. Ces tyrannies se sont réclamées faussement des enseignements de Jésus, pris au pied de la lettre et dans un sens mauvais, qui jamais n'est venu à l'esprit de Notre Seigneur. II y. paraît déjà par la façon d'appuyer sur l'expression : Moi qui ne saurait avoir de sens exclusif, étroit, lorsqu'il s'agit d'un être aussi impersonnel que Jésus. Il y a une corruption de la vie dont le centre est le Moi, et qui représente l'exagération, l'exaltation, je dirais presque la déification de ce qu"il y a de plus aigu dans l'égoïsme individuel. A cette absorption de tous les intérêts dans le culte du Ak)i, répond une certaine forme de religion. Cette religion, floraison luxuriante de l'égoïsme collectif, vient à nous et nous dit : « Tu veux

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être mon disciple, donne-moi ton cœur, ton cerveau; donne-moi tes yeux, tes mains, tes entrailles. Quand tu n"auras plus rien, quand tu m'auras tout donné, alors, tu m'appartiendras. » Il V a une religion qui vide l'homme de tout son contenu humain et divin, pour qu'il appartienne d'une façon plus entière, plus absolue à cet autocratisme spirituel qui est bien la pire forme de l'imposture sur la terre. Prétendre qu'elle est la tidèle interprétation de l'esprit de l'Evangile, c'est une monstruosité!

Le monstre a fait beaucoup de victimes : en voici des exemples.

Je me rappellerai toujours une visite que je fis autrefois près d'un lit de mourant, dans une de nos familles protestantes. J'arrive auprès d'une jeune femme à toute extrémité, mais parfaitement lucide; je l'avais connue belle, bien portante, charmante, mais nullement superficielle ni mondaine, au contraire femme d'intérieur en toute fidèle simplicité. Elle me dit sur

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un ton navrant : « Pasteur, je sais que je vais mourir, et je suis bien malheureuse, non pas tant de mourir, mais parce que je ne m'en-vais pas tranquille : j'ai trop aimé mon mari, j'ai trop aimé mes enfants. » Sûr d'être auprès de cette pauvre âme angoissée, le messager du Père céleste, je lui pris la tête dans mes mains et je lui dis : « Au nom de l'Eternel Dieu qui a fait le cœur de l'homme, je vous jure que vous avez bien fait. On ne peut trop aimer son mari, ni ses enfants, à moins qu'on ne les aime mal; qu'on ne les aime criminellement; qu'on oublie ses devoirs, la justice, la vérité, la tendresse qu'on doit aux autres, à cause des siens. » Elle ajouta : « J'ai trop aimé mon mari, je n'ai pas assez aimé Dieu. » J'ai dit alors : « On ne saurait aimer Dieu, ni trop, ni même assez. Mais Dieu, vous ne le voyez pas, tandis qu'il a mis près de vous un certain nombre d'êtres qui sont ses représentants.» Vous vous rappelez ces paroles: « Au jugement dernier, il sera dit : « J'ai eu soif,

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j'ai eu faim, vous m'avez donné à boire et à manger. » Dieu dit à l'homme : « Ton prochain, c'est moi: ton père, c'est moi; ta mère, c'est moi ; tes petits-enfants, c'est moi. Aime-moi dans ton mari, dans ta femme, dans ton vieux grand-père, dans tes enfants et dans tes petitsenfants, dans les têtes chenues et les têtes bouclées. Aime-moi dans la pauvre humanité tremblante, parce que c'est là que je suis pauvre, que j"ai faim et que j'ai soif. »

J'ai essayé de dire en quelques paroles ce qu'est le cœur de Dieu, et de réchauffer contre lui cette pauvre femme qui allait fermer les yeux à la lumière de la terre. Elle est morte tranquille. La grande paix lui a ouvert ses ailes blanches.

Ah ! mes amis, dire qu'au nom de la religion, qui doit nous soutenir, nous encourager, il peut être mis dans nos esprits d'aussi déconcertantes notions! Lorsque nous avons besoin d'être ravitaillés aux jours des combats suprêmes, les provisions d'idées fausses qu'on nous a faites,

au lieu de nous soulager, nous intoxiquent l'esprit! Des paroles évocatrices d'angoisse se placent comme des écrans entre Dieu et nous! Quelle horrible chose que la religion sans entrailles! En voici un autre exemple pris sur le vif.

Entre jeunes gens qui s'aimaient, se dressait la barrière religieuse. La jeune fille était juive et le jeune homme protestant. En cherchant à faire bénir leur mariage, ils avaient été repoussés et rebutés un peu partout et finalement, étaient venus à moi, depuis la Hollande.

La mère de la petite juive me contait ses peines; son chef religieux lui avait déclaré : « Vous n'avez plus de fille, Madame, parce qu'elle épouse un Goï. » Elle avait répondu : « Si vous saviez ce que c'est que d'être mère, vous ne pourriez pas parler ainsi. Quand on est mère, vos enfants restent vos enfants, n'importe ce qui arrive. »

Celle-là savait qu'il y a une loi non écrite et

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plus grande que toutes les lois écrites, fussentelles sacro-saintes dans un rituel et gravées sur des tables au nom de Dieu lui-même! Elle savait que quelqu'un de plus grand que tous les législateurs, tous les chefs religieux, a inscrit et buriné au fond du cœur des mères une loi que rien ne peut en arracher : c'est d'aimer leurs enfants. On est mère comme Dieu est Dieu! Il ne peut y avoir à cela aucun changement.

La religion mal inspirée a encore fait ceci : elle a dit à l'homme : Dieu est jaloux. Etant Dieu, on a cru devoir en déduire que sa jalousie dépassait en intensité tout ce que peuvent imaginer les hommes. 11 est jaloux de nos bonheurs, jaloux de notre tranquillité, jaloux de nos -sourires, de nos tendresses, de notre affection; il est jaloux de tout. Il faut tout lui jeter en pâture, pour l'apaiser. Autant vaudrait avoir pour Dieu une bête furieuse.

Il est encore arrivé que des esprits fanatisés et

obnubilés, ont affirmé que Dieu n'admettait pas qu'il y eût de l'amitié entre ceux qui n'ont pas les mêmes doctrines. Toute fraternité humaine cesse où cesse la communauté de croyances. Concitoyens, voisins, parents doivent fuir le contact de ceux qui ne partagent pas leurs idées et s'en séparer avec intransigeance. Il n'est pire faute que celle de penser mal. Or. mal penser cela ne consiste pas à être méchant, malveillant, dépourvu de probité et de sincérité, cela consiste à posséder d'autres convictions que les nôtres, que celles officiellement reconnues dans certains milieux bien pensants.

Mettez un de ces zélateurs égarés, de ces convertisseurs, dans un milieu où l'on s'entend, où tout va bien, parmi de braves gens, et si ceux-ci n'y prennent garde il trouvera moyen de les brouiller. Il mettra le feu aux quatre coins de la maison. Hier on était bien, aujourd'hui on se suspecte, demain ce sera la guerre, la guerre sainte où l'on s'anathématise au nom de Dieu.

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Si quelque simple brave homme, qui n'a pas tant de prétentions religieuses, mais qui est un homme — ou une femme — de droiture, de justice, respectant au fond de soi-même la loi divine qui s'y trouve inscrite, contre laquelle rien ne doit prévaloir — aucun commandement d'homme, ni de religion. — si quelqu'un de semblable prend le courage de s'insurger, de se défendre contre l'énergumène, celui-ci est capable de se poser en victime et de se considérer comme martyr pour la cause de Notre Seigneur Jésus-Christ ! N'est-il pas évident plutôt que de semblables procédés déshonorent la religion et perpétuent le supplice du crucifié! La vérité, la voici : la religion chrétienne, c'est le sentiment familial étendu jusqu'à l'infini et jusqu'à l'Eternel. Les vieilles religions de l'Orient croyaient rehausser l'honneur de leurs divinités en remplaçant le doux nom de Père que l'instinct humain, par-ci par-là, leur donnait, par les titres des potentats, des rois, des

i^'rands seigneurs. Le Christ n"a retenu que le premier; il a cueilli le nom de Dieu sur les lèvres des petits enfants. Et voilà, dans notre faiblesse, la plus belle glorification de l'Inconnu sublime qui est notre espérance, et aussi le plus bel hommage aux pères et mères de tous les temps.

11 faut que le bon renom de la paternité et de la maternité soit gravé bien profondément dans la mémoire des hommes et dans leur gratitude pour que, lorsqu'ils ont cherché dans le cœur du meilleur d"entre eux un nom à donner à Dieu, ils n'aient rien trouvé de plus beau que ce nom de Père. Et encore, peut-on voir un raffinement de tendresse dans cette expression Ab, Abba dont se sert Jésus, en la vieille langue de son peuple, et qui rappelle les premiers bégaiements des enfants. Comme si l'homme se rendait compte que pour nommer l'Ineffable, le plus humble cri, dépassait en éloquence les expressions les plus fortement pen-

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sées ! — Ainsi le Nouveau et l'Ancien Testament se rencontrent lorsqu'il s'agit d'honorer Dieu dans les formes mêmes de la tendresse familiale. Quelle leçon donnée parla à ces dévotions égarées, à cette sainteté factice qui rougit de son humanité; à tous ceux qui n'ont pas compris la beauté divine qui se manifeste à travers les rapports de parenté!

Non, la famille n'est pas et ne sera jamais un obstacle à la religion. La vraie famille, c'est le milieu d'élection dans lequel se cultive et s'enfante, dans la douleur et dans le sacrifice, le royaume de Dieu. On ne mesurera jamais le mal causé par ceux qui nous ont enseigné à considérer comme une chose basse les liens de la chair et du sang, l'amour pur et véritable! Ils ont brouillé et parfois même sali, par je ne sais quelle doctrine, où l'on voulait faire l'ange, mais où on arrivait souvent à faire la bête, cette source sacrée dont Dieu lui-même a voulu que sortît l'humanité et au nom de laquelle nous

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nous devons la vie les uns aux autres. Ils ont méconnu le caractère providentiel de ces titres de père, de mère et d'enfant, dont la noblesse est telle qu'aucune couronne,, aucune descendance ancienne, aucune proclamation de gloire, ne pourra jamais en égaler le lustre et la majesté.

iMais, alors, pourquoi Jésus a-t-Il parlé ainsi? Oh, pour les plus fortes raisons, et dans une intention qui rehausse encore le but élevé et l'idéal de la famille. Nous le dirons. Mais savez-vous quel est le désespoir de ceux qui ont à parler? C'est l'inattention de ceux qui écoutent. Cette inattention opère quelquefois, lors même qu'ils sont tranquilles comme un mur, — ce qui est, d'ordinaire, un signe de l'attention la plus parfaite. Le désespoir de tous ceux qui ont à parler à l'humanité, à lui ensei-

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gner quelque chose, à lui ouvrir des vues nouvelles, est d'être obligés de se dire : Serai-je compris, ou bien ont-ils des oreilles pour ne pas entendre? Alors, celui qui parle a recours à des moyens énergiques pour forcer l'attention. Notre Seigneur a usé de ce moyen dans la circonstance qui nous occupe. Cependant, il n'a pas toujours parlé de la même façon, lorsqu'il traitait le même sujet. Matthieu lui fait dire : Celui qui aime son père et sa mère plus que moi.... Dans Luc il dit ; Celui qui fie hait pas son père et sa mère.... Il y a une gradation, et surtout, il y a un danger plus grand de mal prendre ces paroles dans lesquelles semble être prêchée la haine de sa propre famille. Mais, nous qui connaissons les sentiments de Notre Seigneur, nous qui savons que le Saint des Saints de sa religion c'est précisément le sentiment familial, le sentiment paternel, l'attachement des enfants pour les parents, nous qui savons que déjà dans l'Ancien

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Testament, il est dit : « Quand viendra le Serviteur de Dieu, il convertira le cœur des pères vers les enfants, et le cœur des enfants vers les pères, » nous avons tout ce qu'il faut pour nous rendre compte de ce qu'il a voulu dire. Il a voulu dire que le sentiment familial, dans sa noblesse, dans sa pureté, sa légitimité, peut être exposé à certains dangers, de même que tous les autres beaux sentiments; il peut être rabougri, étriqué, emprisonné. Or, de même que de l'air confiné devient du poison, un sentiment confiné devient un toxique excessivement puissant. Un père qui dirait à ses fils ou à sa fille, ou un mari qui dirait à sa femme : « Tu es mon trésor: il n'y a rien au-dessus; je donnerais tout pour toi, je ferais n'importe quoi pour toi. » ce père, ce mari serait un égaré. Il se tromperait complètement. 11 n'a pas le droit d'aimer ainsi quelqu'un. Il commet une injustice à l'égard de tous les autres et il fait du tort à celui même qu'il idolâtre à ce point.

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Pour vraiment être utile à quelqu'un qu'on aime, il faut l'aimer avec un amour de bonne qualité. Or. c'est un amour de mauvaise qualité que celui qui s'enferme dans une créature, sans plus avoir le courage de lui résister, annihilant complètement sa propre personnalité et, pour ainsi dire, renversant l'ordre qui doit e.xister partout dans une vie droite et utile, et qui consiste à faire marcher nos sentiments de telle sorte que les plus grands cèdent le pas aux autres.

Jamais un père n'a le droit d'aimer son enfant, par exemple, à tel point qu'il n'a plus le courage de le réprimander, ou de le [iunir. ou de lui faire de la peine. Lors. même qu'il risquerait de s'entendre dire : « Tu ne m'aimes plus, tu es dur pour moi ; » il faut qu'il aime assez son fils ou sa Hlle pour pratiquer vis-'à-vis d'eux cette fermeté paternelle et salutaire qui est de la sévérité et qui est une des formes de l'amour. La sévérité et la résistance sont même des formes très

sûres de l'amour, aussi précieuses qu'elles sont rares et difficiles à pratiquer. On aime trop souvent avec une certaine mollesse, et c'est pour cela que le milieu familial, sain entre tous, qui devrait forger les caractères, les tremper comme de l'acier et leur faire donner le maximum de ce qu'ils peuvent atteindre, devient dans certaines conditions de laisser aller une véritable pourrissoire.

Pour demeurer bienfaisant, l'amour familial doit obéir à la loi universelle qui est que chacun cède le pas à ce qui le dépasse. La famille est encadrée dans un ensemble plus' grand qu'elle : ainsi, d'abord, dans la patrie. Vous n'avez pas le droit d'aimer votre famille d'une façon tellement exclusive que vous en oubliiez vos devoirs envers la patrie. Or, la patrie, vous le savez bien en ce moment, peut dire aux pères et aux mères : « Donne-moi ton rils ! » Et ce n'est pas un ministre de la guerre qui dit cela, ce ne sont pas des politiciens, le

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Parlement, c'est la nécessité elle-même qui dicte à chacun sa conduite; c'est l'urgence de l'effort à faire pour défendre la patrie. Si vous voulez éviter ce devoir, croyez-vous que c'est un signe que vous aimez de la bonne façon ceux de votre famille, ceux peut-être que vous voulez retenir prés de vous? Triste amour que celui d'une femme qui voudrait empêcher son mari de faire son devoir pour la patrie! Triste affection que celle d'une mère qui ne pourrait pas encourager son fils, — malgré tout l'amour qu'elle a pour lui — à bien remplir le rôle, même le plus dangereux, pour la patrie! Si le conflit s'aggrave entre celui qui veut faire son devoir et celui qui essaye de l'en empêcher, on voit quelquefois surgir des arguments comme celui-ci : « Pour nous quitter alors, il faut que tu ne nous aimes plus! Nous as-tu jamais aimés?... Tu nous hais.... »

Si, faire son devoir, expose à de semblables reproches, ne doit-on pas savoir les supporter?

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Vous voyez, chers amis, qu'il y a des moments où la parole de .lésus saccomplit sous nos veux. .Mais ce qui s'appelle ainsi haïr, c'est aimer davantage, plus haut et mieux. Ce n'est pas exécuter la consigne horrible qui met en conflit Dieu et les sentiments de famille : c'est au contraire les accorder, c'est sanctifier le sentiment de la famille. La famille ne peut rester salutaire, bonne et respectable que si elle exhorte tous ceux qui en font partie à être des serviteurs de la véritable justice, de la bonté, des citoyens dévoués à leur patrie. Autrement, la famille enseigne le contraire de ce qu'elle est faite pour enseigner.

La famille peut devenir un corps étranger dans la société à un autre point de vue. Je veux dire par cette manière trop exclusivement casanière de comprendre l'existence et qui fait qu'on s'enferme chez soi. La famille serait-elle ce nid calfeutré, où l'on s'arrange de façon à ne pas entendre les bruits, les soupirs du

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dehors, à ne pas être trop frappé par les malheurs publics, les misères sociales? Celui-là est un mauvais père et celle-là une mauvaise mère, qui fait le nid familial tellement clos, tellement confortable qu'on n'y sent pas les douleurs des autres, et qu'on ne s'y intéresse plus à ce qu'on souffre au dehors. Celui-là n'est qu'un empoisonneur des siens, qui transforme le toit familial en une solitude égoïste. Il fait de son foyer un tombeau dans lequel on étouffe. Donc, attention! L'amour lui-même peut dégénérer : c'est là ce que savait Notre Seigneur Jésus-Christ. Il savait qu'il y a des jours et qu'il y a des moments où la mesure ordinaire dans les sentiments ne suffît pas, où il faut les pousser plus loin, où il faut les pousser plus haut, où, pour être un bon père et un bon fils, il faut avoir le courage d'encourir le reproche d'être un mauvais père ou un mauvais fils. Là est le point douloureux : Grâce à cette confusion d'idées, cette rapidité singulière de juger,

que tous les jours on voit à l'œuvre, il arrive qu'un homme qui se sacrifie noblement à son devoir est traité d'homme sans entrailles. Que de gens braquent Tindex accusateur sur celui qui résiste aux siens au nom de la vérité, de l'équité et de la justice, et qui ne veut pas couvrir de son autorité paternelle une injustice ou une calomnie!

Ah ! c'est là la tristesse, le secret tourment de ceux qui font bien, que d'être confondus avec ceux qui font mal. Alors qu'être appelé : « mauvais père, » « mauvais fils, » « mauvaise mère » sont les signes d'infamie les plus évidents pour stigmatiser une figure inhumaine, être ainsi traité parce qu'on aime suftisamment les siens pour vouloir qu'ils soient bons, intègres, courageux, qu'ils soient parfaits et qu'ils pratiquent cette loi du renoncement à leur propre bien, est vraiment la plus austère, mais aussi la plus belle de toutes les souffrances. C'est proprement celle du Juste, par laquelle le monde est sauvé.

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' Voilà, mes frères, le sens, le noble sens d'une parole qui n'a pour but que d'élever à sa plus grande hauteur la qualité du sentiment familial. C'est le moment de la méditer. Jamais on n'a été mis en demeure d'une manière plus complète, devant les grands devoirs qui font que l'époux quitte l'épouse, le père ses enfants, que les fils sont obligés de s'arracher des bras de leurs mères, et que de gentils bons petits naissent et ne voient même pas leurs pères. Jamais l'austère sacrifice familial ne nous est apparu ainsi dans toute sa beauté, dans toute sa grandeur. Le sacrifice de sa propre chair, pour l'individu considéré en son isolement, est peu de chose auprès du sacrifice pratiqué ainsi, dans la personne de ceux que nous appelons chair de notre chair, et que nous aimons mieux que nous-mêmes.

Est-ce que nous en aimons moins la famille, pour être capables de pareils renoncements? Dieu est notre témoin, que non.

Notre amour, maintenant, se ravive plutôt et s'étend sur toutes les peines qu'il endure pieusement. Il s'étend non seulement sur les contemporains, sur ceux qui, comme nous, sont attachés à leurs enfants et souffrent dans les libres les plus sensibles de leurs cœurs, mais notre tendresse familiale augmente et va rechercher jusqu'à la poussière de nos ancêtres et s'intéresse jusqu'au lointain réveil de notre descendance.

C'est pour cela que chaque fois que l'on aime la famille au-dessus d'elle-même, on lui assure une assise plus large, une base plus solide. Certainement les cœurs étroits s'imaginent que c'est diminuer la chance de souffrir que de rétrécir la limite de ses sentiments, que de rapetisser son horizon : ils diminuent en même temps leur faculté d'être heureux. Ceux qui ont le courage de souffrir le plus, d'élargir leur âme aux grands devoirs et aux grandes douleurs, sont aussi les seuls qui soient ca-

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pables des vraies, des ijrandes joies, vaillantes et immortelles, contre lesquelles les démonstrations du néant et de la décrépitude ne peuvent pas prévaloir.

\o\\h. la leçon qu'a voulu nous donner Jésus, homme de paix et de tendresse profonde, mais qui savait très bien que quiconque est pour la vérité, rien qu'à la dire, certains jours est obligé de soulever des tempêtes. Mais les tempêtes qu'il soulève sont salutaires et balaient l'atmosphère. C'est pour cela que jamais, nous qui l'aimons, nous qui le connaissons, nous ne laisserons dire qu'il est l'ennemi du genre humain. Il a été parfois défiguré, mal compris, par les uns et les autres; par les individus aussi bien que par les corporations. Mais en lui-même et en son fond, il est bien l'humanité idéale, en ses sentiments essentiels qui ont pour berceau la famille. Il résume ce qu'il y a de plus beau, de plus digne d'être adoré et aussi, ce qui doit renaître toujours. Il vaut

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qu'on lui dédie toutes les plus belles affections et qu'on le mette au-dessus, afin qu'elles soient, en lui, fortifiées, sanctifiées, immortalisées.

Amen.

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