‹ Glanes d'archives. Les Grimaldi chez eux et en voyageChapitre 1 sur 9 · APRÈS LE TRAITÉ DE PÉRONNE · texte numérisé non relu

APRÈS LE TRAITÉ DE PÉRONNE

Une heureuse fortune a, depuis quelques années, fait rentrer dans les archives du Palais de Monaco près do deux cents lettres adressées à Honoré II et provenant de sa chancellerie, d'où elles étaient sorties depuis le milieu du xviiie siècle.

Presque toutes se rapportent à la fin du règne de Louis XIII et à la régence d'Anne d'Autriche, c'est-àdire aux événements qui marquèrent les premières années du protectorat français à Monaco ; et nous avons été frappé non seulement de leur nombre et de leur intérêt, mais surtout de leur style très ditférent du protocole ordinaire des correspondances officielles; elles dénotent de la part du roi, de Richelieu, des principaux

ministres, du comte d'Alaia. gouverneur de Provence, etc., le désir de donner à leurs relations un ton de courtoisie particulièrement altectueux et empressé.

Ces lettres nous ont paru di^^nes d'être mises au jour, pour la partie qui va du traité de Péronne au début de la régence d'Anne d'Autriche, et nous avons tenu â leur conserver toute leur saveur en les reproduisant presque in extenso, nous conttMitant do les rattacher les uiies aux autres par quelques mots de liaison et d'explications, accomplissant ainsi un simple travail de marquetterie.

La série de ces correspondances nouvellement recouvrées s'ouvre par une lettre d'une réelle valeur historique : le 14 septembre 1041, le jour même où il venait de signer à Péronne le traité secret par lequel il prenait sous sa protection le prince de Monaco et la principauté, aussitôt que l'expulsion des Kspagnols serait un fait accompli, Louis XIII accompagnait l'envoi de cet instrument diplomatique d'une lettre par laquelle il donnait, dans des termes d'une vértiable grandeur, les assurances de son bon vouloir et exprimait sa satisfaction de l'événement qui se préparait.

En fait de pièces se rapportant à cet événement, nous ne possédions, et n'avions pu insérer au troisième volume de nos Documents historiques, en même temps que le texte du traité, que la lettre, très précieuse aussi, adressée à Honoré II par Richelieu (1) en même temps que celle

(l) Documents historiques y^clatif's à la Principauté de Monaco depuis le quinsicme siècle, tome III, page ^520.

du Roi qui faisait défaut; nous sommes heureux de combler ici cette lacune.

« Mon cousin, ce m*est un contentement très grand « quand il se présenro occasion de départir ma protec-

< tion à ceux qui souffrent de Toppression ; mes armées « n*ont autre but que d'en garantir un chascun, de main-

< tenir la liberté piiblicqno et de procurer un repos « général à la chrestienté. Mais particulièrement je suis « très aise d'avoir moyen de venir vous faire sentir les « effects do mon assistance, de laquelle il est bien « raisonnable que vous ayez part., estant si proche voisin « de mes états que vous estes. Vous en recueillerez tout « le fruict que vous pouvez espérer, et je vous assure « que vous trouverez en moy une bonne volonté si € sincère en vostre endroict, et vous et toutte vosire * maison, que vous n'aurez jamais regret d'avoir pris la « résolution que vous m*avez témoignée par votre letlie

< du xii^' du mois passé. Le sieur de Courhou vous fera <t entendre mon intention sur ce que vous avez désiré

< estre encore ajusté en cette affaire. A quoy me remet- « tant, je prie Dieii qu'il vous ait, mon cousin, en sa

< sainte et dip:ne garde. Escrit à Peronne le xiiii* sep- 4f tembre 1041.

« LOUIS

« BOUTPIILLIER. »

Honoré était définitivement engagé : il lui fallait maintenant tenir ses promesses et assurer l'exécution du traité par l'expulsion des Espagnols. On sait cependant les hésitations que, pendant deux mois après la conclusion et la réception de cette lettre, il manifestait encore, hésitations qui persistèrent jusqu'au dernier moment.

C'est que le prince allait se jeter dans une voie politique et dans des relations absolument étrangères

et à sou éducation toute italienne et à ses rapports de famille. Il ne faut pas oublier que son oncle maternel, le prince do Valdetare, son ancien tuteur, était encore l'un des plus puissants seigneurs do la Haute-Italie et l'un des hommes les plus en crédit auprès des gouverneurs du Milanais; il faut surtout se rappeler que son beau-frère, qui avait reçu le chapeau depuis la mort de Jeanne Grimaldi, le cardinal Trivulce, avait une influence prédominante dans les conseils du gouvernement espagnol.

En échange de relations de famille du rang le plus élevé qu'il allait rompre, Honoré II trouvait, il est vrai, du côté de la France, des parents d'un degré fort rapproché et occupant en Provence un rang distingué, mais avec lesquels, depuis près d'un siècle et demi, tout rapport avait cessé.

Honoré II abordait donc une situation presquMnconnue pour lui, et le seniiment qu'il en éprouvait avait dû être pour beaucoup dans les hésitations auxquelles il avait cédé une première fois au moment de l'exécution en iO.'35, et auxquelles il faillit encore obéir en novembre 10 il.

Ce fut pourtant l'intervention de l'un des membres de la famille des Grimaldi d'Antibes qui décida Hunoré II à modifier sa puliliquo et ses alliances.

Jean Henri Grimaldi, marquis de Covbons, avait pris dès ir)3'i la direction des négociations déjà entamées; et il n'est pas téméraire de penser que, sans son acli-

vite, sa ténacité et surtout la confiance qu'il inspira à Honoré II par h communauté du sang qui les unissait, le prince, timide et hésitant, n*eùt pas affronté les difficultés redoutables qu'il avait à surmonter, quoique les procédés intolérables dont il était victime dussent grandement entraîner ses décisions.

Gomment le marquis de Corbons fut-il amené à prendre dans les affaires de son parent le rôle prépondérant dont nous le voyons investi depuis 1034, il n*est pas difficile de l'expliquer.

Du jour où Richelieu et ses agents virent, à la suite des premières ouvertures faites par les officiers d'Honoré H au commandant d'Antibes, quelque possibilité do se rendre maîtres de Monaco, il était tout naturel que le choix, pour mener cette affaire, tombât sur un gentilhomme qui. par lui-môme, par ses parents et ses alliés, tous hommes de guerre expérimentés et hommes d'action, pouvait être à la fois un négociateur habile et le chef de partisans déterminés, résolus à participer à un coup de main mûrement préparé.

Nous avons dit ailleurs comment le souvenir du rôle actif que son père avait joué pendant la Ligue, en soutenant activement l'intervention du duc de Savoie en Provence, avait rendu Corbons sympathique au cardinal de Savoie, maître de Nice et entièrement acquis aux Espagnols. Ses allées et venues à Monaco, alors qu'il passait pour mécontent de la cour de France et disgracié inspiraient donc peu de défiance et ces circonstances

favorisèrent le coup do main qui aurait pu facilement réussir en, 1G35, alors que les atermoîments d'Honoré II, puis la surprise des Iles de Lérins par les Espagnols anéantirent cette entreprise.

Quand les négociations furent reprises en 1G41, de grands changements s'étaient faits dans le gouvernement de Provence; au cassant et maladioit> maréchal de Vitry, moins accessible aux influences des gentilshommes du pays, avait succédé, en 1638, Louis de Valois, comte d^Alais, le fils du duc d'Angoulème, bâtard de Charles IX et de Marie Touchet, esprit »à la fois très pondéré et très souple, et tout à fait enclin par nature à suivre une négociation où il fallait à la fois beaucoup de délicatesse et de mesure. Stimulé par les instructions de la cour, il mit personnellement la plus grande activité à seconder l'action de Gorbons, en sorte qu'il acquit du caractère d'Honoré II une connaissance parfaite.

La courte apparition que, dix jours après Tévénement, le prince de Monaco vint faire à Amibes, scella entre Honoré et le gouverneur de Provence un rapprochement qui devait très vite se convertir en une véritable amitié. Ces sentiments se reflètent dans les nombreuses lettres de sa correspondance.

Dès la nouvelle du succès de l'entreprise, le comte s'était empressé d'écrire au prince, et sa lettre est toute empreinte de la satisfaction d'un événement dont trois jours auparavant les hésitations d'Honoré II ne semblaient plus permettre d'espérer la solution.

€ Je ne puis dire à Votre Excellence », écrit-il â Honoré, le 23 novembre, * la joie que j*ai eu d'avoir

< appris par sa lettre du 17 de ce mois qu'elle a € généreusement chassé les Espagnols hors de sa place

< et que monsieur le marquis de Campagne, son fils, a fait

< en cette occasion ce que Ton pouvoit attendre de sa € naissance et du glorieus exemple que Votre Excellence 4c luy a donné. J'en ay fait porter Tavis ou Roy par un

< courrier exprès et je me suis approché d*Elle pour luy € offrir tout ce qui despent de moy. >

Cette lettre arriva le 24 à Monaco avec le premier convoi des troupes françaises destinées à garder la place; nous avons dit comment, ne comptant plus sur les décisions d'Honoré H, les préparatifs faits pour le coup de main assigné au 11 novembre avaient été décommandées par le gouverneur. Il avait donc fallu tout improviser, et une semaine s'était écoulée pendant laquelle la place avait été laissée aux seules forces du prince, consistant surtout dans les hommes amenés de Menton par le capitaine Jérôme de Monléon, qui commanda à Monaco pendant ce temps.

Si donc, à ce moment, le cardinal de Savoie, qui détenait Nice contre la régente Christine de France, mère de Charles Emmanuel, et qui s'appuyait sur les Espagnols, eût fait quelque démonstration, la situation d'Honoré H pouvait être périlleuse ; il était d'autre part exposé, du côté de la mer, à quelqu'arrivée subite de galères espagnoles. Pour parer à ce danger, le prince avait demandé au comte d'Alais d'envoyer, s'il était possible, quelques vaisseaux français dans les eaux de

Monaco. Quoique la saison ne fût pas propice, Louis de Valois y avait obtempéré.

4c Ayant été informé ^t, écrivait-il le 25 novembre,* que « Votre Excellence désiroit de voir les galères du Roy, « j'ai fait en sorte que Ton a forcé la saison pour lui

* donner satisfaction. Cette escadre est commandée par

* M. le baron de Baume, M. de Cabris et le sieur, cheva- < lier de Village ; ce sont personnes de condition et de « mérite. >

Convoyé par ces galères, Honoré II fit au comte d'Alais, à Antibes, le 20 novembre, la visite dont nous avons parlé.

La nouvelle des événements de Monaco avait nécessairement causé la plus vive irritation à Milan aussi bien qu'à Nice ; mais ce fut surtout à Gênes que l'exaspération fut extrême.

Les partisans génois de l'Espagne allèrent jusqu'à demander la mise à prix de la tète d'Honoré II. Une lettre péremptoire de Louis XIII, du 14 décembre 1041, devait les faire rértécbir ; mais on pouvait s'attendre, de ce côté, à toutes les surprises.

. Un incident avait porté au comble la colère des Espagnols et de leurs amis; une galère partie de Naples avant les événements était entrée au port de Monaco et avait été prise par les monégasques et les soldats franf;ais.

De tous les côtés les avis venaient; on armait pour venir tMilever la galère, la brûler dans le port, insulter

la place par mer et Tattaquer du côté de terre avec la connivence du cardinal de Savoie, qui faisait du port de Villefranche la relâche des navires espagnols; le commandant des galères d'Espagne, Melchior de Borgia, avait ordre d'assurer la sécurité de ce port et de Nice ; à côté de lui, le maréchal de camp de Totevilie voulait passer à Taction et préconisait une attaque immédiate du côté de La Turbie.

Le comte d'Alais croyait peu à ces menaces :

< Les avis que l'on donne», écrivait-il à Honoré II, le 24 décembre, « tant des rodomontades hespagnolQS que « de leurs desseins sur sa place sont tout-à-fait frivoles, « il ne faut rien craindre de ce costé là et, quelque orage « qui arrive, vous avez un bon manteau pour le soutenir « et en ma personne un ami inviolable et qui est du € cœur. »

En renvoyant au prince une dépêche inquiétante de Bidaut, agent diplomatique et consul français à Gênes, Alais écrivait :

« J'adjouie encores cette lettre à la première que le <L sieur de Beaumont est chargé de rendre à Votre € Excellence, pour lui renvoier celle du sieur Bidaut, que « j'aileue et considérée; elle me semble escrite dans le 4c premier feu d i désespoir du bon succès de Monaco, « qui a jeté nos ennemis dans des pensées vastes et < qu'ils ne peuvent exécuter à cause de leur faiblesse et « du puissant appui duquel Votre Excellence s'est cou- « vert. Le retour du comte de la Rivière, le naufrage « des galères et le mauvais estât où est réduit le Rous- € sillon les mettent hors de mesure.

« Je ne vois pas qu'ils puissent fortifier le Mona- « guet (1), où il n*y a ni terre pour se couvrir et fortifier, « ni eau pour y faire subsister les soldats.

< Je ne doute pas que les Hespagnols ne confisquent « les biens que Votre Excellence a au royaume de * Naples. Elle y a pourvu par son traité avec le Roy.

€ Et pour ce qui regarde ses subjets et sa place, Sa « Majesté hasardera plustosl ses estats, et moi ma propre 4c vie, que de soufi*rir son oppression ! »

Les mois de décembre et de janvier se passèrent au milieu de ces alertes. La lettre comminatoire du roi adressée à Gênes était envoyée et allait être rçmise par Bidaut au doge.

Le gouverneur de Provence ne sortait pas de son optimisme à Tégard des dangers que pouvait courir Monaco. Il comptait sur Teffet de la lettre du roi à Gênes; il était persuadé, d'autre part, que le cardinal de Savoie aurait la prudence de ne pas s'attirer de représailles.

« Il ne se peut opposer rien de meilleur à tous les

« avis que l'on donne à Vostre Excellence, que ce qu'elle

< mesrae dit fort prudemment dans sa lettre, qu'étant

< sous la protection d'un grand Roy, elle n'a rien à € craindre; l'on peut adjouter encores le misérable « estât des affaires de nos ennemis et que jamais le <L Grand Duc ni la République de Gennes ne donneront € adjonction directe ni indirecte à une nation à laquelle

(1) Le Moneghetto ou les Moneghctti est un plateau qui domine le port de Monaco, formant premier échelon du côté des escarpements de La Turbie.

« ils ne se sont jamais joints en leur plus grande pros- « périté. La Turbie, et tous ces autres postes dont on 4c nous menasse, ont plus à craindre de tomber entre les

< mains de Monaco que Monaco aux leurs. Je ne doute <L pas que le maistre de camp Tuttavilla, qui a esté mon <L prisonnier autrefois, ne fût bien aise d*aler saccager 4c Menton; mais les ministres d*Hespagne sont trop

< avisés pour commencer Tincendie en des lieus qui ne

< leur peuvent qu'attirer de plus grands maux. II s'agit € de faire tenir la lettre du Roy à la République de « Gennes et de faire comprendre au cardinal de Savoye € ce que je vous aj escrit. J'espère que dans peu nous « serons en estât de nous faire craindre et non pas € d'apprébender. Je périray plustost que d'abandonner 4c les intérés de Vostre Excellence, qui sont ceux du Roy. « Je fairay une despesche pressante sur cet affaire. >

€ Je renvoie à Votre Excellence », écrivait encore Alais, le 4 Janvier, € par le sieur de Ghanferré le paquet « dont elle estoit en peine; il faut que je lui advoue

< franchement que je le suis bien fort de la galère qui « est dans son port, et que je la tiens en péril si, par sa « prudence, elle n'y remédie. Mon avis serait que, si la « dite galère peut aller à la mer, que Vostre Excellence, « prenant un temps favorable, l'envoyât à Marseille, ou <L bien, si elle ne le peut, escrire à monsieur le bailli de « Fourbin d'en envoler quelques unes de celles du Roy « qui la remorqueront.

€ Il est arrivé trois vaisseaux des ennemis qui portent <L quelque infanterie, dont je ne scay pas le nombre. « Votre Excellence s'en informera et m'en avertira s'il « luy plait. Ils pourroient avoir dessein sur ceste galère, « car pour la Turbie il ne s'en peut rien faire de bon.

« Monsieur le prince cardinal de Savoye aura bien € tost advis, par personne confidente, que le terroir de * Nice recevra le mesme traittement que celuy de

< Menton et de Roquebrune. La lettre du Roy pour la

« République de Gennes et ce que Vostre Excellence « pourra encores faire dire sous main au dit sieur prince « cardinal liiy donnera bien à penser. Il n*y a rien a « craindre sur ce subjet (1). >

Pendant cette période, les avis les plus sérieux et les plus précis venaient de Tagent français à Gênes, Bidaut.

Quelques-unes des lettres qu'il écrivit à Honoré II, aux mois de janvier et de février 1642, lorsque les menaces espagnoles et les préparatifs semblaient imminents, méritent d'être reproduites.

Elles sont comme wi journal des événements qui semblaient se préparer dans la Rivière et que détournèrent la campagne entreprise au printemps par Louis XIII pour la conquête du Roussillon.

Bidaut à Honoré II, du 1" janvier 1642 :

€ Je puis assurer Vostre Excellence que monsieur le € cardinal de Savoye est de la mesme opinion que mon-

< sieur de Toteville; mais les galiôres qui sont arrivées « sont en sy mauvais estât que ses instances, ny celles € dudit Toteville, ne peuvent rien opérer si tost, quoyque

< Melchior de Borgia ait ordre, ainsi qu*il en a assuré

< ledit prince cardinal, de demeurer, avec toutes lesdites

(1) Cette dernière phrase et l'optimisme du comte d'AIais en ce qui concernait l'attitude du cardinal de Savoie feraient penser qui! était au courant des négociations secrètes suivies par ce prince depuis plusieurs mois déjà et qui devaient aboutir six mois plus tard à son accommodement avec la duchesse régente de Savoie et avec la France.

gallôres dans Villefranche, pour en assurer ceste place et Nisse ; il n'en serait point party sy la nécessité des vivres et racommoder et réarmer les dictes gallères ne Tavoit obligé à venir icy pour cella.

<L Le viceroy de Napîes y va cependant envoyer quattre vaisseaux avec six cens hommes et vingt mille turaules de blé ; il le promet par ses responces à * ses ministres d'Espagne, et on continue à m'advertir « tousjours plus qu'ils ont desseing de fortifier le poste « sur Monaco et de brûler Menton, en passant, soit les < vaisseaux soit les gallères. Il en est arrivé une neu- « vième â Ligourne, qui est aussy maltraitée que celles « cy; et enfin, à ce que je vois, ils n'oublieront rien pour acquérir et conserver le passage libre de Nisse à Final et en ceste ville par mer et par terre, pour pouvoir, en toutes ocourences, pourvoir à temps et commodément aux choses qui y seront nécessaires; je suis adverty de sy bonne part que j'ose donner pour certains les advis que je donne à Vostre Excellence. »

Bidaut à Honoré II, du 12 janvier 1642 :

4c J'ay rendu à la République la lettre du Roy que Vostre Excellence m'a envoyée, et Iny ay renouvelé l'office que je luy avois desja ifait, par ordre de Sa Majesté sur le raesme subjet, sur lequel le doge, qui est bien intentionné, me respondit de nouveau qu'il me « prioit d'asseurer le Roy, en attendant qne la Républi- « que fit respondre à Sa Majesté, qu'elle remercioit Sa « Majesté des tesmoignages qu'il lui plaisoit donner à la

< République de sa bienveillance, qu'elle se réjouissoil « fort du voysinage de ses armes, et qu'elle se compor- € teroit en telle façon avec elles et Vostre Excellence « que Sa Majesté en demeurera satisfaicf. Elle escripra 4c asseurément la même chose au Roy; mais,' pour tout

< cella, il ne fault pas avoir une entière confiance en € eulx, car tous les bons Républiquistes ayant esté

« escartés ceste année de tous les conseils, qui sont « composés des seuls partiaux et partisans d'Espagne, « ijui ne peuvent souffrir les progrès des armes de Sa 4c Majesté et qui sont ennemis et jaloux au dernier point 4c du bonheur de Votre Excellence. Il ne fault pas € doubter que les Espagnols ne se servent de leurs

< ports, de leurs advis et des subjets mesmes de la dicte « République, pour entreprendre contre Vostre Excel-

< lence et ses états.

* Six des gallères de Naples et de Sicille, qui sont en 4c ce port, et celle qui est à Ligourne,vont en leurs postes « ordinaires pour se remettre en estât de servir, eslant € sy fracassées et sy niynées, oultre qu elles n'ont pas « ung sols, qu'elles ne peulvent se raccomoder icy. Les € autres deux y attendront celles qui seront eschappées « de la tempeste et serviront cependant à faire les allées « et les venues d'icy à Nisse; et les deux de l'esquadre 4c de Sardaigne vont asseurément en Espagne et n'atten- € dent que des soldats, pour les garder, du Milanois, « pour partir. Ainsy voillà Menton asseuré ceste fois « contre les desseins desennemys; mais je vi'^ns d'estre € averti qu'ils préparent icy huit felousques pour aller € de nuist enlever ou brusler, s'ils ne peulvent aultre- € ment, la gallère qui est dans vostre port, estimant « qu'à leur arrivée, comme gennoises et soubs ce nom-là, « on ne soupçonnera point leur desseing. Je m'infor- « meray mieulx de l'affaire pour en rendre compte exac- « tement à Vostre Excellence et, s'il m'est possible, de « leur départ. >

Bidaut à Honoré II, du 24 janvier 1642 :

< Je diray à Vostre Excellence que depuis quelques « jours je suis adverty de plusieurs bons lieux que les

< ennemys ont pris intelligence avec de vos domestiques « contre vostre personne; et un canonnier napolitain, qui « a demeuré à Morgues et y a un parent nommé Jourdan,

€ et qui s'appelle monsieur Donat, l'ayant confié à un

« patron de Marseille, le bruict en est par toutte la ville.

« Pour moy, comme le plus humble de vos serviteurs,

€ j'ose dire à Vostre Excellence que sy elle a des Gennois

€ à son service, elle ne s'y doit pas beaucoup fier, car je

« crains qu'ils ne se laissent guagner aux promesses du

« duc Doria et marquis Spinola, et de quelques autres.

« Je feray mon possible pour les découvrir. >

Les avis de Bldaut étaient basés sur des renseignements sûrs ; on en voit' la preuve dans le conseil qu'il donnait â Honoré II, par cette lettre du 24 janvier, de se défier de son entourage ; un mémoire postérieur fait connaître que pendant les négociations de Gorbons à Paris, c'est-àdire à l'époque môme où écrivait Bidaut, le prince fut l'objet d'une tentative d'assassinat de la part de l'un de ses pages. Gorbons en prit occasion pour obtenir du roi, sans que ses instructions en fissent mention, et de sa propre initiative, qu'il fût ajouté sur l'état de la garnison un corps de douze gardes avec capitaine, lieutenant et enseigne pour la sécurité personnelle du prince (1).

Les négociations de Gorbons se terminèrent dans le cours du mois de février. Toutes les questions relatives à la place et aux compensations territoriales se trouvèrent décidées à la plus grande satisfaction d'Honoré II : l'attribution du Valentinois.avec titre de duché pairie, le

(1) Archives du Palais de Monaco, série C, carton 3, dossier Corbons.

marquisat des Baux accordé au marquis de Campagna en indemnité de ce qu'il perdait personnellement d'avantages et .revenus en lîlspagne. Seule la donation d*un dernier domaine, qui devait être le comté de Carladez, n'était pas encore conclue par suite de quelques questions de détails.

Les bonnes dispositions de Louis XIII et du cardinal se reflètent dans les lettres adressées au prince à cette occasion et Ton remarquera que ces lettres sont conçues dans des termes d'une chaleur et d'une sympathie empressée très différentes du style ordinaire de chancellerie.

La cour était déjà en route pour se rendre à l'armée du Roussillon ; de Lyon, Louis XIII écrit à Honore II :

« Mon cousin, j'ay esté très aise de voir icy le sieur € de Courbons de vostre part, comme une personne qui « a contribué avec grand soing, affection et fidélité au € succès de l'affaire que vous avez exécutée avec beau- <L coup de prudence et de courage. Il s'en retourne « maintenant vous trouver et a ordre de vous tesnioi- « gner bien expressément la bonne volonté très parti- « culière que j'ay pour vous, selon que vous m'y avez « convié par la confiance que vous avez eue en ma pro- « tection, et que je ne désire rien davantage que de « vous en départir tous les effects qui vous ont été « promis et tous autres que vous en scauriez attendre. € Sur quoy, me remettant à lui de vous faire savoir * Tordre que j'ay donné, je ne feray la présente plus € longue que pour vous assurer que j'auray un très € grand contentement de vous voir icy, et de vous con-

* firmer de vive voix tout ce que ledit sieur de Cour- € boQS VOUS dira de ma part, priant sur ce Dieu qu'il « vous ait. mon cousin, en sa sainte et digne garde. « Escrit à Ljon, le xxii* février 1642.

* LOUIS

Page 1