L'INNOMBRABLE FOURMI
MÉDITATION LAMARTTMENNE
L'innombrable fourmi qui dès l'aube s'en va Travailler dans la forêt d'herbe
Tient en même dédain Allah et Jéhova
Ou celui dont la chair est verbe.
Dans son village plat point de tour du milieu;
Elle n'adore ni ne prie, Et la voilà, chrétiens, la croyante sans dieu
Que la Sainte Église exproprie.
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Bête probe, l'est-elle, ou non? Prends-le pour toi, Barde d'Elvire, le problème;
Il pullule à te? pieds l'être libre de foi Qui mène son salut lui-même.
Que sait-elle? — Qu'elle a suffisamment dormi Si partout la table est servie.
Et c'est tout; elle court, l'innombrable fourmi, A cette guerre qu'est la vie.
Routière de la faim à la solde du jour,
Tout lui fait chaussée et voiture
Pour les jérusalems sans nom et sans séjour Du calvaire de la pâture.
La mort, souvent le prix coûtant de son repas, N'entre pas dans les contingences
Qui font que l'action est bonne ou ne l'est pas Pour les hautes intelligences.
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Née à, l'astre qui court pour le laps d'un circuit, Elle affronte ses lois dont l'une
Est de rendre son âme au foyer qui les cuit Sans avoir jamais vu la lune.
Point d'épargne au butin, car nulle anxiété N'en vaut pour elle l'insomnie,
Et s'il dit qu'il l'a vue au- mont-de-piété, Le fablier la calomnie.
Quand le champ jusqu'au tuf, autour d'elle tari,
Se refuse à son industrie Elle émigré et, selon le mode zingari,
Emporte aux pattes la patrie.
L'histoire de demain à celle de jadis
Se coud comme un lin sans suture
La fourmilière étant depuis le paradis L'éternelle Cité Future.
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Le premier des Sept Jours est la date où fut dit Le commandement d'équilibre :
La tente d'Abraham ou celle du bandit Seules abritent l'homme libre.
Le jour où les couvains débordent la tribu Et rompent l'ordre prolifique,
Elle se compte, prête à payer le tribut De sa pléthore magnifique.
Comme la voile naît au gouvernail penchant, Son corselet s'empenne et bombe,
Et la voilà partie en nuée au couchant
Vers la mer qu'elle sait sa tombe.
Le sable des simouns est moins dense aux déserts;
Elle s'épand en horde immense Dans les steppes glacés ou calcinés des airs
Et le suicide commence.
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Race sans dieux, sans chefs, sans rêves, dont le sort Souffle du vent qui la brouette,
:Comme de ta leçon d'État elle ressort, L'inutilité du Poète !
Voici la République où l'on n'a point d'amour,
L'éden de la vertu civile, Lamartine, et c'est toi qui la sacras un jour
Du balcon de l'Hôtel de Ville.
Chanteurs, que faisons-nous chez elle? L'avenir Passe de la fleur au légume;
Nul temple ne survit qui ne tourne au menhir. Et nul idéal à l'écume.
L'abeille, notre sœur, au rivage d'airain A suivi Dante chez Virgile,
Et, comme elle, il est temps de céder le terrain Aux butineuses de l'argile.
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L'innombrable fourmi c'est le Peuple, demain Le surhomme de Marianne,
Qui dans le labyrinthe obscur a pris en main Le fil conducteur d'Ariane.
LA SEPARATION
A Maurice Maeterlinck.
L'Ame légère a dit au Corps lourd qu'elle attelle — Je sors du brancard et m'en vais;
Dieu t'a fait périssable et je suis immortelle, Notre accouplement est mauvais.
Dans la combinaison que Ton nomme : la vie
Le théorème se résout Par la nuit dont elle est précédée et suivie.
Commencement et fin de tout.
LA SÉPARATION
rable union qui n'a de but, en somme,
nos maux, L'êfa e martyr : un homme,
Le plus raté des animaux.
mpagnon, par dernière tendresse, Toi, les et moi le trait.
La m rds du Maître, est la loi qui redresse
Les faui d >igt distrait.
A chacu: r solitaire
Dr son destin essentiel; Fruit terrest] orne au giron de la terre,
Mon ê] iffle, est le ciel.
— Adieu donc, gémit-il, pour moi seul l'heure est du Mais où vas-tu d'où tu t'en vas?
comme une verdure
T:- vas.
LA SÉPARATION 143
On n'en voit que l'envers. Ta céleste patrie M'apparaît être un trou béant
Où le pendule d'or rythme avec symétrie L'oscillation du néant.
Oh! dans ton paradis peuplé d'oiseaux sans ailes Qui sont des âmes comme toi,
Les amours sans baisers d'impalpables oiselles Te consoleront-ils de moi?
Reviendras-tu le dire, infidèle compagne, Au brin d'herbe que je serai?
■ — Sur cette folle erreur, ne. bats pas la campagne, Sourit l'Ame au désespéré
Mais voici le soûlas de ta peine insensée, J'emporte, en rompant le lien,
Le plus affreux de nos maux unis, — la pensée. — Alors, dit le Corps, tout est bien.
A Sacha Guitry.
Voici que ma maison déborde d'hirondelles Comme un navire d'émigrants;
Encore cette année elles lui sont fidèles
Mais déjà leurs petits sont grands.
Elles s'en vont. — Tout fuit vers l'Orient, tout rentre Au pays d'où tout vient, — nous seuls,
Hommes, nous nous usons à coudre dans notre antre Nos langes avec nos linceuls! —
C'est toujours entre mille au foyer d'un poète Qu'elles élisent rendez- vous,
A moins qu'aux alentours crisse la girouette D'un asile rival de fous.
Nous tenons, au rebours de saint François d'Assise,
Ce don ironique de Dieu D'être les oiseleurs dont le chant leur précise
L'heure du départ et son lieu.
Oh! je vous reconnais, vous êtes les bohèmes Qui venez savoir tous les ans
Si je dure, oublié dans ma niche à poèmes
Par les croque-morts complaisants.
C'est moi. Devant la mer qu'encadrent mes troènes, J'attends, l'archet sur le rebec,
La maîtresse qui, sourde aux amours comme aux haim Ferme le livre et clôt le bec. —
>onc vous vous en allez, peureuses de l'automne,
Avant le gel et le verglas, ous filez sans ouïr le rappel monotone
Dont la cité tinte le glas;
'our suivre le soleil dont vous êtes les filles, Vous coupez Fair de vos ciseaux,
fc son filet de feu draine dans ses résilles
Vos bancs innombrables d'oiseaux;
Want, comme le vieil Homère, sept patries, Trois d'été, quatre de printemps,
Vous ignorez les blés fauchés, les fleurs flétries Et les brouillards sur les étangs;
[ls ne vous mordent point, les maux dont sont minées Les âmes des amants vaincus;
Vous délaissez vos nids froids dans les cheminées Vides d'oeufs et d'amours vécus;
Et veuves, vous courez aimer, aimer encore,
Bayadères au cœur peu sûr, Toujours plus loin, jusqu'aux sphères oùTerpsichor
Borne la valse dans l'azur.
Mais si de tout remords, comme de tout délire,
Vous évincez le double émoi Et ne posez qu'aux toits d'où monte un bruit de lyre
Hirondelles, répondez-moi :
N'est-il point un pays, paradis de l'aronde, Où les baisers sont les meilleurs?
— Si, m'ont-elles sifflé! — Lequel? — La terre est roi Cherche!... — Son nom au moins? — Aill