A LA GLOIRE DU PAGANISME
(d'après Claudius Rutilius, Ve siècle.)
Barbares qui mangez encor le pain d'Homère, Tout n'est pas dit pour la vénérable chimère Panthéiste des dieux détrônés, les ex-dieux, Hôtes altiers des quatre éléments radieux Et dont on voit errer les lointaines lumières Sur les autels éteints des croyances premières. Gardiens de la matière immortelle, sauveurs Des formes, des couleurs, des parfums, des saveurs Et des sons, magistrats de la loi de pâture, Où se réduit le dogme amer de la nature,
Ils ne nous leurrent point de l'erreur du progrès; A nos destins bornés ils bornent nos regrets Et, maîtres du secret des horreurs souterraines, Ils font cortège au char dont Phœbus tient les rênes. S'ils se mêlent d'aider d'un peu près leurs dévots A l'œuvre que Morphée encadre de pavots, C'est pour entretenir dans sa grâce hellénique La beauté qui triomphe où tombe la tunique. — Non, ils ne sont pas morts, les chers Olympiens, Pondérateurs cléments des maux avec les biens, Et dont l'enfer, si probe, accorde son supplice Au crime partagé dont le juge est complice. Chez eux nul n'est puni, pour être convaincu tPar ceux mêmes qui l'ont créé, d'avoir vécu, Et l'empyrée où vont les sages est encore Un terrestre jardin que Cybèle décore.
Dieu des poètes, dieux humains, au mythe clair, Qui limitez la foudre elle-même à l'éclair, Et laissez, fraternels à vos pires athées, Chanter TOcéanide autour des Prométhées, Quels problèmes le Juif a-t-il élucidés? Oui, barbares, voici des pierres, décidez.