‹ Glanes et javellesChapitre 46 sur 78 · MONOLOGUE DU SUICIDE · texte numérisé non relu

MONOLOGUE DU SUICIDE

Être ou non, le problème est là. Quoi vaut le mieux : Subir l'affront du sort et les flèches des dieux, Armer contre la mer de souffrances, maudire, Lutter? — Mourir, dormir, rien de plus. — Oh! se dire Que ce sommeil éteint tous les maux, de la chair Et de l'âme! Voilà le dénouement, si cher, Mourir, dormir. Dormir, Rêver. Reste la crainte. Quel est-il, dans la mort, ce rêve après l'étreinte De la vie? On ne sait; le doute nous résout A la calamité de vivre et voilà tout

Le secret. — Qui voudrait voir en ce monde infâm

L'opprimé sans espoir et l'oppresseur sans âme,

L'angoisse de l'amour méprisé, les délais

De la Loi, la hauteur des gens titrés, valets

Du Pouvoir, si cruels au génie en guenille,

Lorsque l'on tient la paix sur le bout d'une aiguille

Qui voudrait ahaner, gémir, ployer le dos

Sous la lassante vie aux accablants fardeaux,

S'il n'avait peur d'une autre douleur, l'inconnue,*

Dans le pays d'où nulle âme n'est revenue?

Et le courage manque; aux maux qu'on ne sait pas

On préfère les maux certains dès ici-bas,

Et c'est la conscience ainsi qui fait des lâches.^

Alors les fiers projets, alors les nobles tâches

Se dérèglent de leur cours d'action, ils vont

Jusqu'à perdre le nom de : volonté qu'ils ont

Et, pâlissant devant des terreurs insensées,

L'acte se décolore aux reflets des pensées.

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