NOËL CULINAIRE
C'est FÉtable. Entre la Brebis Et la douce Vache laitière La Madone — ora pro nobis — Berce Jésus dans la litière.
Saint Jean, petit pâtre en sayon, Montre à l'Ane, bon géomètre, Le nimbe que tourne un rayon Sur le front chauve de son maître.
290 L'OIE INCREDULE
Dans l'ombre où baigne Bethléem Bat comme un brouhaha d'ailes Qui chanterait le requiem Aux mauvais dieux des Infidèles.
La Vierge est lasse, le sommeil Endort un peu sa vigilance Cependant que le ciel vermeil Commence à rosir en silence.
Par son chant, de Rome entendu, Le coq dit l'aube sans pendule, Or voici que, le col tendu, Parait au seuil FOie incrédule.
Elle a vu, comme les bergers, Marcher cette étoile inconnue Qui traîne encor sur les vergers Sa flamme que rien n'atténue;
L OIE INCREDULE
Elle entend bien aux quatre vents Le tumulte de caravanes Que font les exodes savants Des Rois Mages dans les savanes;
Mais que prouve aux esprits sensés Quelque météore? L'étole Ne fait pas le prêtre, et pensez Qu'elle a sauvé le Capitole!...
L'Oie est l'oiseau de saint Thomas, Elle se tiendra sa promesse De contrôler le fait au mas Où l'Ane dit déjà la messe.
Il convient, en tirant au clair Comment le Verbe en Chair se mue, De ne pas se livrer en l'air
A la nouvelle loi promue.
282 l'oie incrédule
Et de la Crèche, à petits pas, Elle approche en faisant la roue, Pais du bec, ouvert en compas, Elle mord l'enfant à la joue.
A ce crime de lèse-dieu,^ Présage de ceux du Calvaire.
Le Sauveur se dresse au milieu De FÉtahle, et, d'un ton sévère
— Puisque ma clarté n'a. pas lui Pour toi, symbole de l'athée, Que ton châtiment soit celui De ton ancêtre Prométhée.
« Va, ie te condamne à ton tour A nourrir l'homme de ton foie En réciproque du vautour ».
— Ainsi parla le Christ à l'Oie.