‹ Glanes et javellesChapitre 74 sur 78 · L OIE INCRÉDULE · texte numérisé non relu

L OIE INCRÉDULE

C'est de là que, les pieds cloués Sur le Caucase d'une cave, — Saints et Martyrs, soyez loués! — Pour chaque Noël on la gave.

Et que, selon le Droit canon, Les chrétiens dignes du dictame Se régalent, truffée ou non, De son hépatoparectame.

POEME TARIGOT

Muse, je chante sur ma harpe Aux sons de la cloche de bois Le rafîût de saint Polycarpe, Patron des sans-gîte — et j'y bois.

Dans l'obscure Ville Lumière,

Pour eux trop avare d'abris,

Les pauvres, pareils aux cabris,

N'ont que le plein vent pour chaumière.

Plus gênants que les parias Refoulés sur la forêt vierge, Ils sont, en style de concierge, Ce qu'on nomme des : arias.

Roi Pipelet, si dans les combles, Puits de glace ou plombs étouffants, Tu leur tolères des enfants, On peut dire que tu les combles!

Qui peindra, sans mâcher les mots.

Une âme de propriétaire Douce à ton industrie, hétaïre, Et rude à celle des marmots!

Telle est la loi de la bâtisse.

Gueux, filez doux et marchez droit!.

Possible que ce soit du Droit, Mais est-ce bien de la Justice?

C'est pourquoi, nouvel Israël, Défile l'exode sans terme Des incrédules du dieu Terme Traînant leur petit « dufayel ».

Ils émigrent toute la vie Dans leur propre pays natal, Quelques-uns s'en vont au Natal, Et l'ordre règne... à Varsovie.

Si, comme en atteste un dicton, Le soleil luit pour tout le monde, Au foyer de la mappemonde, Muse, encore un coup de picton!

Mais le fait où ma. raison sombre, Je te le dis sous les frisons, C'est que ce soit dans les prisons Seulement qu'on ait droit à l'ombre,

Donc, par Dieu même suscité, Un homme dont le nom effare Est venu changer en fanfare Le lamento de la cité.

Dévoués à son œuvre saine,

Il leva des déménageurs

Comme on dresse des chiens nageurs

Pour sauver les noyés en Seine.

Ils mettent en voiture à bras Le pauvre en dépôt chez le riche Et des logis dorés en friche Lui font de justes alhambras.

Que l'on blâme ou non la manière Dont les moutons sont hébergés, Ceux-là seuls sont les bons bergers Dont le Christ porte la bannière.

Le Polycarpe du raffut Est le saint tel qu'on l'imagine D'après Jacques de Voragine, Un bon apôtre s'il en fût.

Par lui tombe le mur fragile Qui du Tien sépare le Mien ; Salut aux malfaiteurs du bien, Ces apaches de l'Évangile!

On retrouve ainsi sur le sol Comme sous le pas d'une mule.

La patriarcale formule :

La propriété c'est l'envol.

Jeune mère aux yeux de pervenche, Ne mets plus tes petits au tour, Tu peux aimer, c'est la revanche Du Cochon contre le Vautour.

La révolte est dans les jardins; Sur les pelouses, sous les cloches, Toutes les fleurs battent des cloches Comme un couvent de bernardins.

11 s'entrecroise des paroles.

En langue d'oc, en langue d'oil,

A dresser des bonnets à poil :

Oh! des gros mots sur des corolles!

— Est-ce un meeting? dis-je en anglais. T — Yes, me répond dame rhubarbe Sur un tel ton de femme à barbe Qu'un mot de plus je l'étranglais!

Je pique droit vers les corbeilles :

— Contre qui ce quatre-vingt-neuf?

— Mort au vieux jeu, vive le neuf!

A la lanterne les abeilles!

Affalé sous un tamaris

Polypier vert de corail rose,

— Parlez, fais-je. — Voici leur prose

■ — « Les abeilles, c'est les maris!

« Ces maris aux ardeurs sommaires, Par le seul notaire excités, Abusent de nos fixités Sous Técharpe lâche des maires. »

Et la rose maréchal Niel

Tira ce trait de sa sacoche :

— « Ces mouches nous traitent en coche

Ou n'aiment en nous que le miel. »

Puis là-dessus, toutes de rire, Car, dans leur langue, miel et dot Ne font qu'un seul et même mot; Le dernier fut : — Plus rien à frire!

C'était à perdre son latin

De voir la plus chaste fleurette

Évaporer la cigarette

Dans le brouillard bleu du matin.

— Ainsi donc vous aussi, leur dis- je, Voilà que vous vous syndiquez?

Fleurs, de vos droits revendiqués Quels sont les cahiers? Je rédige.

« — Du lac d'Enghien au lac Timour « Et de Carcassonne à Méthymne

Le sexe ne chante qu'un hymne :

« La Marseillaise de l'amour.

L'idéal c'est ce qui voltige :

Par le sabre et le goupillon, Notre mâle est le papillon Puisqu'il n'est qu'une fleur sans tige.

e II nous libère'd'un baiser « Et nous emporte dans la nue Avec une extase ingénue Que la mort peut seule apaiser.

« Tel est notre programme, sire, « À nous l'amant aérien!

o Le papillon nous prend pour rien.

L'abeille nous prend pour la cire. »

Et, cela dit, la fleur de lys Aux bras de la brise rageuse Dansa la tulipe orageuse, Ce tango des volubilis.

Alors, tout se déséquilibre Et je n'ai plus vu que pistils Ouverts aux baisers volatils Des voyageurs en amour libre.

Ébranlé jusqu'en ma vertu Par cette étrange pastorale J'ai dit, tout pâle, à ma morale Ma morale, à quoi me sers-tu?

Et, prêtre des amours aptères, Dans ma tour je me suis reclus, Mon pauvre jardin n'étant plus Qu'un Rydeck de lépidoptères.

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