MAY
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Formation des mots dans la langue
française.
Dans les mots simples d'une langue, il faut distinguer : 1® le radical; 2® la terminaison ou suffixe.
1® Le radical est, dans les mots simples et primitifs, la partie qui précède la terminaison (suflSxe) et qui donne aux mots la signification générale qu'ils gardent dans tous les mots de la même famille : cri, rich-c, grand.
2<* Le sufpjce (terminaison) est la partie qui vient après le radical : cri-ER, cri-ARD, cri-AiLLERiE; rich-E, rich-ESSE, rich-ARD, en-rich-iR, etc. Ces terminaisons ou suffixes donnent des significations différentes aux divers mots de la même famille.
Avec poser, dont la racine française est : pos, et le suffixe ou terminaison : er, on peut, à l'aide de préfixes et de suffixes, former plusieurs mots : AP-poser, composer, Dis-poser (1), m-Dis-poser, iM-poser, PRÉ-poser,
(\) Dis-pos-er et dis-PON-ible, qu'il serait bien difficile de séparer aujourd'hui, dans l'état actuel de notre langue, n'appartiennent cependant pas k la même racine. Poser vient du bas-latin pausare et dispoN-ible a pour racine le him ponere, — pondre, dont la racine française est pond (d intercalé), vient aussi de ponere (sous-entendu : ova;^ d«s ceufs) ; le patois de Charleroi dit : punre (u non intercalé).
RE-poser, SLP-poser, etc.; ttd \'pi¥fixes différents); pos-E,
pOS-EUR, pOS-ITIF, poS4tïOS, fetip-pOS-ABLE, etC, etC.
(terminaisons ou suffixes différents).
La racine ou le radical des mots n'est nullement invariable en français dans les mots de la même famille; on ne peut admettre cette invariabilité du radical ou racine que dans la subdivision des familles (1).
C'est que la langue française ne possède pas par ellemême ses propres radicaux ou racines, mais les tient, pour la plupart, de la langue latine. Des mots latins, le français a souvent créé deux sortes de vocables tout à fait différents les uns des autres : les uns, les mots populaires, ne s'attachant qu'à conserver la syllabe qui porte l'accent tonique : FRAgilis, frêle; les autres, les mots savants, de création généralement postérieure, s'appliquant à conserver la lettre du mot latin, en se contentant de lui donner une terminaison française : fragilis, fragile. La langue française n'est pas une, il faut le remarquer, elle est double; elle a eu, ne l'oublions pas, une double création de mots — (mots populaires, mots savants). — Ajoutons à cela la différence
(1) Jl est naturellement impossible d'admettre une régularité quelconque dans la dérivation des mots d'une famille, quand, en comparant c«s mots entre eux, ceux-ci ne conservent pas les mêmes lettres au radical, et, à plus forte raison, quand il ne reste, entre ces mots, qu'une seule lettre commune et même quelquefois aucune lettre : Li-re, je l-us, ou Lu-s ; METT-re, je in-s ; voir ^pour vÉ-oir), je m-s, je pour-v-us ou pour-vu-s; coudre (con-suERE), suture; pos-er, dis-PON-ible.
La racine ou le radical d'un mot ne peut pas se composer d'une seule lettre. Le radical d'un mot, c'est Vensemble des lettres qui donnent à ce mot la signification générale qu'il possède en commun avec tous les autres mots de la même famille.
des dialectes ou des différentes langues néo-latines, qui a quelquefois amené aussi des différences dans la formation des mots français : caballiis, cheval et cavale (par un féminin caballtty venant de Titalien); MORD-re, MORS-ure (s), MORC-eau, amorce, amorcer (c), fable (fabula, fariy parler) et habler (espagnol hablar^ du latin fabulari), campus y camp et champ, et la différence d'orthographe qui s'est parfois établie dans les mots à différentes époques de notre langue : corp-us, corp-s (corp-orel), d'où : corpset, corpsage (XVI® siècle), redevenus : coR-set, coR-sage, par la disparition du p, — (le p ne s'écrivait pas dans le mot corps dans l'ancien français) — signe, des-sein, des-sin, le seing, en-seign-er, toc-sin; sens, for-cené (Aor5 de sens); cil, des-siller; VAiNC-re, in-vincible, per-venche; ven-ger, vin-dicatif, re-vanche; poids, panser, penser, peser; craindre, trembler; a-streindre, é-treindre, re-streindre, con-traindre; mois, mens-uel, tri-mestre, se-mestre, etc. ; et nous aurons à peu près les diverses raisons qui ne nous permettent pas d'admettre que nos radicaux ou racines soient invai^iables dans les mots français d'une même famille, mais seulement dans les subdivisions des mots d'une même famille.
Ainsi camp et champ, de la même famille, n'ont pas encore un radical invariable, mais camp donne cAMP-er, CAMP-ement (radical invariable); champ donne champ-Iou, CHAMP-ignon, etc. i radical invariable); etc., etc. Pour la différence entre les mots populaires et les mots dits savants, tirés directement du latin, contentons-nous d'en citer quelques-uns :
Ile (île\ insulaire; coudre, suture; mûr, maturité Je
mot mûreté a disparu); sur, sécurité ("sûreté, dérivé populaire de sûr); poivre, pipéracé; concombre, cucuméracé; pavot, papavéracé; chien, canicule, chenet, chenille; CHAIRE, cathédrale; féal, fidélité; sembler, simuler; JOUR, diurne; roide, raide, rigide; ordure (de ord, horridus), horride; blâmer, blasphémer; porche, portique, etc., etc.
Ces mots sont quelquefois tellement différents les uns des autres qu'il est impossible à ceux qui ne connaissent pas rhistoire de notre langue de les reconnaître pour des mots appartenant à la même famille.
Une autre cause qui est encore venue troubler assez souvent Vinvariabilité du radical, c'est Vaccent tonique. L'ancien français changeait fort souvent la voyelle portant cet accent tonique, et ces changements se sont maintenus dans la plupart des cas :
PÈre, PAternel; MÈre, MAternel; VEnir, je viens; TENir, je tiens; re-CEV-oir, je re-çoi-s; lièvre, levraut, lèvreteau, levrette; fièvre, fébrile; clair, clarté; sel, saler; MER, marin; nez, nasal; pied, pédestre, péage; meule, moudre, meunier, moulin; boeuf, bouvier, la race bovine; main, menotte; grain, grange, grenier, etc., etc.
Ajoutons encore à tout cela l'irrégularité des dérivés latins et de ceux que nous avons tirés, soit du bon latin, soit du latin populaire :
FEND-re, FENT-e, Fis-sure; TEND-re, tent-c, tens-îou, pré-TENT-ion, etc., etc.; cause, accuser; celer, clandestin; prendre, prison; faire, per-fection, con- fire, confiture; choir, chute, ac-cid-ent, etc.; prix, précieux; mar-Di [jour de mars), jour, diurne; maison, manoir.
ménage; trois, tiers, tertiaire, trinité; im-MENSE, mesure (1), etc., etc.
Les mots drivés indiquent souvent ïa dernière lettre des mots primitifs :
Tapis-ser, nous donne tapis s final), récit-er, récit (t final); début-er, début (t), repos-er, repos (s); sanglant, «awgf (q); AF-FA-Mé, faim (m); chemin-er, chemin (IN); ACCROCH-er, accroc (h final disparu), etc., etc.
Cette règle est cependant sujette à une foule d'exceptions :
ABRITER donne abri et non abiit; cloutier, clou; favorite, FAVORISER, favori; coite, coi; siroter, sirop; velouté, velours; faisande, faisan; relayer, relais; intéresser, intérêt; couRT-isan, cour, etc., etc. Pédestre, piéton; péon^ péage répondent à pied. A coté de mercanT-ile avec un t, nous avons marchand, ancien français marchant (anglais m&ixhant), marchandise (anglais merchandise). Nous avons morsure (s), mais morceau, morceler, amorce, amorcer (c); nous avons verser, version, versatile, etc. (s), mais : divorce, divorcer (c); corps, corporel, mais corset; ornement, ornemaniste ; prin- TEMPS, printanier, etc.; sens dessus dessous est pour : c'en dessus dessous (ce qui devrait être au dessus est mis en DESSOUS.)
Nous retrouverons encore ici dans une foule de cas : \^ les dérivés savants à côté des dérivés populaires;
(i) L'n latin tombe souvent devant s : nesis (mensis), mois; tesa (tensa), toise; pesum (pensmn), pois, devenu à tortpo/cb, par erreur, comme venant de pondus (poids); mesura (mensura), mesure; immense rend le mot latin immensum.
i^ des mots de formation régulière et de formation irrégulière; 3** des mots à orthographe ancienne à côté de ceux à orthographe plus récente.
Témoin, coin, groin^ loin, soin^ besoin, gain, bain, dédain, clin, vin perdent le g de : témoicNer, coGNéc (encoignure), groGNer, éloiGNer ou le t de : (lointain), soiGNer, besoGNe (besoigneux), gaGNer, baiGNer, dédaicNcr, cli- GNer, viGNE; mais : poin-G, coin-c, oin-G, conservent le G de poiGNée, coGNassier, onGuent ; — ret-s, RÉs-eau ; puiT-s (anciennement : puis), puis-er, etc., etc.
Mœurs, chœur, cœur, nœud, œuvre, manœuvre, isÈsœuvrement, désœuvré, bœuf, œil, œuf, vœu, sont les seuls mots qui conservent To de moral, choral, nouei\ cordial, opérer, bouvier, oculiste, ovale, vouer. — Aveu, heure, labeur, douceur, odeur, verdeur, {leur, rigueur, vigueur, antérieur, et une foule d'autres ne conservent pas To des mots de la même famille, et cette formation constitue la règle générale ; la conservation de To n'est que Yexception, comme dans les mots qui précèdent, où la conservation du g ne forme aussi que Vexception dans poing, coing et oing. — La règle pour tous ces mots est donc de s'écrire par eu et non par oeu. Il en est de même dans seul (solitude), meule (moulin^ cueillir (collection\ meuble, mobile, mobilier, mouvoir; deuil (dolent), feu (foyer), feuille (in-folio), jeu (latin : jocus), lieu (local), nett/* (nouveau), neufinonsnite), preuve (prouver), je veu>x (volonté, vouloir), je peux (potentat), neveu (népotisme), pleurer (éploré), etc., etc. — Ces mots ne gardent pas l'o du primitif latin.
Accord du participe LAISSÉ suivi d'un infinitif.
Le participe laissé suivi d'un infinitif doit-il suivre la règle générale des autres verbes suivis d'un infinitif ou peut-il rester invariable comme fait suivi d'un infinitif?
Les grammairiens sont à peu près tous d'accord pour nous dire que nous avons ici à suivre la règle générale :
Ces enfants, je les ai laissés partir; ces poires, je les ai laissé manger.
Chassang, dans son excellente grammaire (dernière édition 1890), nous dit même dans une note, p. 306, que, dès 4704, l'Académie condamnait le manque d'accord dans l'exemple suivant de Racine :
Je rai (Junie) laissé passer dans son appartement.
Les écrivains n'ont cependant jamais complètement accepté la décision de l'Académie, si décision il y a eu. Voici des exemples très récents ou relativement récents que nous trouvons dans leurs ouvrages :
La pomme que j'ai laissé tomber (Aubertinj. Ces deux malheureuses fautes, comment le correcteur les avait-il laissé échapper Francisque Sarcey, Souvenirs de jeunesse. Lecture 10 septembre 1888). J'avais une bonne occasion, je l'ai laissé échapper (Beaumarchais). Elle était InGrme,
une fois on l'a laissé tomber (G. Sand). Immortels oiseaux qu'il a
laissé envoler (A. Karr). Un charretier m'a laissé (une jeune fille parle) asseoir sur l'arrière de sa charrette (F. Coppée). Que d'hommes le petit homme de fer a laissé tomber dans l'éternité (Revue des Deux Mondes, 45 avril 1890, p. 858). L'Italie l'a laissé (la Savoie) se donner librement à la France (Idem, 15 juilet 1889, p. 292). Je vous ai laissé^ Madame, développer vos griefs (G. Ohnet, le Docteur Rameau). (La tète), il l'a laissé tomber de découragement (Ch. Legrand, Illustration, 12 juillet 1889, l'Assassin). J'espère, Mesdames, qu e nous vous avons laissé causer suffisamment (A. Dumas, fils, de l'Académie; la Question d'argent). Son
visage était encadi'é par la barbe brune qu'il avait laissé pousser (G. Ohnet, TAme de Pierre). Les paroles qu'elle a laissé échapper Traduction de lUippolyte d'Euripide, argument analytique). La capeline qu'elle avait laissé glisser (Revue des Deux Mondes, 20 janvier 1891, p. 210). Les quelques mots qu'il a laissé échapper (Sainte-Beuve, Lecture rétrospective, 20 janvier 1891, p. 120). Sa carabine, il l'a laissé se rouiller (R. Saint-Hilaire, Lecture, 20 mars 1891).
Les exemples sont nombreux; s'ils ne sont pas probants, ils nous montrent du moins, que les écrivains, voire même des académiciens, sont loin d*étre d'accord avec nos grammairiens.
Le seul cas où il soit difficile d'admettre l'invariabilité là où le participe peut s'accorder, c'est quand laisser a son complément, ainsi que l'infinitif qui le suit :
(Les enfants), je les ai laissés manger mes fruits et les ai laissés boire mon vin.
Dans ce cas au lieu de te, la, les, nous employons presque toujours maintenant lui et tewr.
Je leur ai laissé manger mes fruits, je leur ai laissé boire mon vin.
Vaugelas, au XVII® siècle, engageait à suivre, pour le participe passé du verbe laisser, suivi d'un infinitif, la même règle que pour /aire, suivi d'un infinitif participe toujours invariable).
Ces enfants je les ai fait courir, et je les ai laissé- jouer aussi longtemps qu'ils l'ont voulu.
Les écrivains contemporains qui laissent encore, dans ce cas, le participe invariable, préfèrent donc la règle de Vaugelas à celle que donnent aujourd'hui presque toutes nos grammaires.
opinion des bons grammairiens sur la question du participe passé précédé d'un ADVERBE DE QUANTITÉ et du pronom EN.
« L'Académie, dit Eyssette (Dictées françaises, 14® édition, 1888), en voulant ici Vinvariabilité du participe, est par là d'accord, comme l'avouent ses contradicteurs, avec la plupart des auteurs du dernier siècle et un grand nombre de grammairiens. Ajoutons, dit-il, que l'orthographe exigée dans les concours publics, dans les lycées, dans les ministères, est celle de l'Académi.. »
« La tendance actuelle des grammairiens et des écrivains, dit Larousse, est de ne tenir aucun compte des distinctions subtiles que l'on fait ici et de laisser toujours le participe invariable après en, pris dans un sens partitif. »
L'excellente grammaire de M. Crouslé, professeur à la Faculté des lettres de Paris, enseigne aussi ici Vinvariabilité comme règle générale : ce Quand, après l'adverbe de quantité combien, la préposition de et son régime sont remplacés par le pronom en, le participe doit en règle générale, demeurer invariable (Crouslé, p. 273, 1888). »
« Rien ne justifie les exceptions à la règle, écrit Ayer; il vaut mieux, dans tous les cas, laisser ici le participe toujours invariable. »
La grammaire de Chassang (1890) dit qu'on peut admettre dans tous les cas Vinvariabilité du participe.
Lûcking, recteur de la 3^ école supérieure de la ville de Berlin, admet aussi maintenant comme règle Vinva-
riabilité du participe; il a changé d'opinion dans sa dernière édition. Lûcking admettait auparavant la variabilité comme règle, Y invariabilité comme exception.
Une autre grammaire, non moins estimée en Allemagne que celle de M. Lûcking, donne ici Vinvariabilité comme règle, en reconnaissant qu'on trouve aussi des exemples de variabilité :
Puis il a rencontré de difficultés, plus il en a surmonté (Bernhard Scbmitz, franzoesiscbe Grammatik, Berlin, 1880, p. 256).
L'excellente grammaire de M. Plattner dit aussi que Vinvariabilité vaut mieux ici que la variabilité (franzoesiscbe Scbulgrammatik, p. 236; Carisrube, 1887).
« Si en est précédé d'un collectif, l'usage est indécis. En parlant par exemple de jeunes filles, je puis dire : Combien j'en ai vues, ou : combien j'en ai vu. — La dernière orthograpbe (invariabilité du participe, est la plus usitée (MM. Delbœuf et Rœrsch, professeurs à l'Université de Liège, Éléments de grammaire française). »
M. Plœtz, pour appuyer sa règle de variabilité, se contente de nous citer des vers de La Fontaine, oubliant par là que les règles du XVII* siècle ne valent plus rien pour nous, et que la poésie a des libertés que la prose ne reconnaît pas toujours.
Quant à l'opinion de M. Eyssette, que nous citons quelques lignes plus haut, elle nous paraît trop absolue. — Les écrivains et les grammairiens, ne sont pas ici d'accord sur la question de en, précédé, dans la proposition où il se trouve, d'un adverbe de quantité, maïs je n'ai jamais trouvé nulle part que l'Académie se soit jamais prononcée sur cette question de grammaire.
Tous les exemples de variabilité (aux XVII® et XVIII® siècles) que nous trouvons ici dans nos grammaires ne prouvent absolument rien; car alors le participe passé pouvait encore varier même lorsqu'il se rapportait à en, seul complément du verbe accompagné de son participe :
Avez-vous reçu des livres? j'en ai reçus (en, seul complément du verbe).
Accord du verbe après l'un et l'autre.
Après l'un et Vautre le verbe doit-il se mettre au singulier ou au pluriel ?
« Après Vun et Vautre, dit l'Académie, on peut employer indifféremment le singulier ou le pluriel »; mais nous devons reconnaître que le pluriel est plus fréquemment employé que le singulier.
L'un et Fautre est venu ou sont venus (Académie, 1878). L'une et l'autre est bonne ou sont bonnes (Lucking, admis en Belgique comme autorité). L'un et l'autre y a manqué (Académie, 1878). L'un et l'autre parti se demandait toujours, etc. (Guizot, voir Lucking, p. 416). L'une et l'autre opinion peut se soutenir (Paul Meyer, Romania). L'un et l'autre fut embarrassé (Mérimée). L'une et l'autre ville obéissait (Duruy, ancien ministre de l'instruction publique). L'une et l'autre n'a que lui pour maître (Michelet). L'une et l'autre résolution doit être examinée avec soin (B. Constant). L'un et l'autre quitta la ville (Florian). L'un et l'autre bientôt voit son heure dernière (Voltaire). L'une et l'autre aujourd'hui serait trop" condamnable (Idem). Rêver et lire, l'un et l'autre est un monde (P. Bourget, les Lacs anglais). Qu'il s'occupe ou qu'il s'amuse, l'un et l'autre est égal pour lui (Ayer, qui dit que le pluriel est impossible dans cet exemple).
Nous ne donnons ici, pour ainsi dire, que des exemples avec le verbe au singulier (la légitimité du
pluriel n'est mise en doute par personne). — « L'emploi du verbe au singulier après l'un et l'autre, dit l'excellente petite grammaire de M. Gucrard, n'est pas plus une faute qu'après ni l'un ni l'autre. » — C'est aussi l'avis de l'Académie, de Bescherelle, de Chassang, de Lucking, de Crouslé, de Da Costa, d'Aycr, de Larousse, ce sont là des autorités.
L'un et Vautre signifiant tous deux, on comprend facilement que l'on trouve plus souvent après cette expression le verhe au pluriel qu'au singulier.
L'un et l'autre (tous deux, tous les deux) sont venus.
Si le singulier s'emploie encore souvent, ce n'est qu'à l'instar du latin, qui, après uterqu£ (l'un et l'autre (emploie plus volontiers le singulier que le pluriel :
Uterque venit (venerunt) : Tun et l'autre est venu (sont venus), vint ou vinrent.
Accord du verbe après ni Tun ni l'autre.
Après ni l'un ni l'autre faut-il mettre le verbe au singulier ou au pluriel ?
Après ni l'un ni l'autre, l'Académie est encore la première à nous dire (1878) que nous pouvons employer indifféremment le singulier ou le pluriel; l'excellente grammaire de M. Sommer nous dit même qu'on ne peut employer que le singulier. — Après les autres mots unis par ni, les deux nombres pour le verbe sont aussi également permis, mais il faut encore reconnaître que c'est le pluriel qui se rencontre le plus fréquemment. — Lorsque les sujets sont de différentes personnes, ou