IS
lorsque le verbe est réciproque, le pluriel est de rigueur.
Si l'une des personnes peut, seiilCj faire l'action du
verbe, et non toutes deux à la fois, le singulier, à son
tour, est seul admissible :
Ni Tun ni l'autre n'est venu, ne sont venus (Académie 1878). Ni lui ni moi f avons fait cela (Académies Ni Tune ni l'autre de ces dames n'est ma mère (singulier de rigueur . Ni tuteur, ni père, n'eât osé le gêner (Dufour). Ni tribun ni lieutenant n'intervint (Materne). Ni le sexe ni l'âge n'inspira aucune pitié Idem). Sans que ni l'un ni l'autre ait à se plaindre (Revue des Deux Mondes, 1878), voir Lucking, p. 414). Ecoutez-moi, vous que ne travaille ni l'ambition ni l'avarice (Frayssinous^ Ni herbe ni racine ne m'a échappé (Sommer et Desportes). Ni le vent ni h pluie ne pourra détruire ce monument (Idem). Ni l'un ni l'autre n3 soupçonnait cela t Materne). Ni mon grenier ni mon armoire ne se remplit à babiller (La Fontaine). Il n'y avait ni collège ni pension qui n'eût son poète (Ed. PaiUeron, les Poètes de Collège ; Lecture 23 septembre 1890). Ni l'un ni l'autre ne veut tenir sa promesse iDuruy, Histoire de France, 1, p. 599). Ni l'une ni l'autre (la paix et l'abondance) ne dépendait de lui (Idem, I, p. 506}. Ni l'un ni l'autre ne tomba (Ancelot 4854». L'un ni l'autre n'avait compté snr rien (Gadol, Lucette, 4880. Ni l'une ni l'autre ne remarqua ces jalousies (Chavannes, Reine et Berthe, 1882). Ni la protection du ministre ni celle de la favorite ne suffit pour désarmer les critiques (le duc de Broglie, Revue des Deux Mondes, 4887). Ni l'un ni l'autre ne veut donner suite au procès (le Temps, 1888). Ni l'un ni l'autre ne pouvait s'endormir. (Idem, même numéro). Ni le nom ni le rôle de capitale ne convient à cette ville Revue politique et littéraire). Ni l'un ni l'autre n'en savait la raison (Idem, 1887, p. 171). Ni homme ni femme n'était réputé beau (Francisque Michel). Ni l'un ni l'autre ne m'a regardé en face (Chateaubriand). Ni l'un ni l'autre n'a bssoin de llattar (Mich3let). Ni l'un ni l'autre ne pouvait donner d'inquiétude (G. Sand). Ni l'Empereur ni le chancelier n'incline pour une reprise des hostilités (G de Laveleye, Moniteur des intérêts, 25 novembre 1888). Ni l'un ni l'autre ne remarqua cette étrange familiarité (A. Delpit, Passionnément.) Ni l'un ni l'autre n'a perdu l'occasion (Brunetière). Ni l'un ni l'autre ne parle (Zola). Ni étranger ni citoyen n'a le droit de franchir cette enc3int3 (Fastel de Coolanges). Ni magistrat ni particulier n'aura ce droit. (Idem). Ni l'u n ni l'autre ne bougeait plus (Zola). Ni Salomon ni son successeur ne song e^
à le faire (Ë. Renan). Ni l'un ni l'autre ne souhaitait cette union (A. Sorel: Madame de Staôl). Ni l'un ni l'autre n'était plus jeune (le Temps, 6 septembre d890). Ni l'une ni l'autre n'était plus instruite que lui (A. Dumas, père, la Reine Margot, II, page d53). Ni l'une ni l'autre ne /î/ résistance (idem, p. -187). Ni l'une ni l'autre des deux femmes ne l'avait vu. (C'est ici partout l'opposé de Fun et Vautre^ et non de Vun [ou Vautre; autrement dit, on peut mettre tous deux, toutes deux; ils ne ni l'un n
l'autre).
Ni l'une ni l'autre ne s'étaient reconnues en se rencontrant (P. Bourget, la Terre promise, verbe réciproque).
Après ni l'un ni Vautre, qui signifie aucun des deux y le singulier se comprend mieux que le pluriel :
Ni l'un ni l'autre (aucun des deux) n'est venu.
Le pluriel ne s'explique que par :
Ni l'un ni l'autre ne sont venus; (tous deux ne sont pas venus).
Même explication pour tous les mots unis par ni :
Ni le père, ni la mère, ni le fils n'a pris la peine de venir me voir (aucun d'eux n'a pris cette peine). Ni le père, ni la mère, ni le fils n'ont pris, etc.); ils n'ont pris ni l'un ni l'autre, etc.
Quand le singulier est de rigueur (un des sujets pouvant seul faire l'action du verbe), on peut regarder comme sujet réel du verbe le substantif qui suit ;
Ni l'une ni l'autre de ces dames n'est ma mère (ma mère n'est ni l'une ni l'autre de ces dames).
Ni Vun ni Vautre a toujours, dans ce dernier cas, la signification de aucun des deux, etc.
On pourrait citer des centaines d'autres exemples du singulier après ni Vun ni Vautre pouvant se remplacer par : tous deux, — Quant au pluriel après ni l'un ni Vautre, etc., il n'est discuté par personne, à rcxceptîon de Sommer (voir plus haut).
De la répétition du pronom personnel sujet.
La répétition du pronom personnel sujet est-elle de rigueur en passant d'une proposition négative à une proposition affirmative après et, ou^ ni, mais?
La répétition est de rigueur, nous disent à peu près d'un commun accord tous nos grammairiens; mais il faut surtout admirer ici la logique de quelques-uns d'entre eux, qui se fondent, pour appuyer leur règle, sur ce demi-vers de La Fontaine : Je plie, et ne romps pas.
S'il y avait là-dedans une règle qui fût de rigueur, ce serait alors, nous semble-t-il, la nécessité de ne pas répéter le pronom en passant d'une proposition affirmative à une proposition négative; quant au passage d'une proposition négative à une proposition affirmative, nous ne trouvons pas un traître mot chez La Fontaine, et tous les exemples que j'ai cités de notre écrivain dans ma syntaxe de 1879 prouveraient à l'évidence que notre fabuliste eût été le premier à violer sa prétendue règle de grammaire. Laissons donc cette fois le bon La Fontaine de côté et citons d'autres exemples; ils pourraient être légion :
Elle ne répondit rien, mais le regarda de ses beaux yeux mouillés de ]armMS (H. Gréville, Gléopfttre). Il ne fit pas un pas vers elle, mais joignit devant lui les mains qu'il lui tendait (H. Gréville, Folle Avoine, p. 48). Il ne répondit rien et retourna à son tableau (H. Gréville, idem, p. 141). Elle ne voulut point lui dire la vérité, et se retrancha derrière d'assez bons prétextes (H. Gréville, idem, p. 465). Elle n'exigea ni une promesse ni une date et se retira (Eadem). Il n'y prit point garde et conlinoa ses études (Eadem, idem, p. 87). Elle n'en parla plus et essaya de se faire raconter la soirée (Eadem, idem, p. 130). Elle ne voulut pa
affliger Quasimodo et toute tremblante reprit sa romance (V. Hugo). El
ne dormait pas et songeait à son beau capitaine (idem). Elle ne tourna point et se fixa sur eux (Voltaire, la Guerre de Genève). Aussi il ne flatte guère, vous bâcle une ordonnance (Daudet, N. Roumestan). Il ne va pas plus loin, lève trois fois les bras (idem, idem, p. 179). Elle ne parlait pas, mais travaillait (Michelet). Pompée ne déguisa plus et montra ce qu'il voulait (Mérimée, Mélanges historiques). Elle ne lui refusa point sa fllle, mais renvoya s'enrichir aux Indes (E. Scherer, M"i« Roland). La lettre ne parvint pas à Buzet et a été perdue (idem). Il ne peut réclamer et se garde bien de le faire (Prévost-Paradol, Etudes sur les moralistes, Pascal) Il ne prêtait aucun appui aux faibles et les regardait comme néant (A Thierry, Conquête, etc.) Il ne devinait pas et s'en exaspérait (Guy de Maupassant, Pierre et Jean; nombreux exemples). Les chevaliers ne meurent guère sans avoir été pèlerins et font des legs aux œuvres pies (G. Paris de l'Institut, 1888, la Litt. fr. au moyen âge). Il ne discutait jamais, mais confirmait son enseignement (E. Burnouf). Symmaque ne fut pas reçu et dut reprendre le chemin de Rome (idem). Napoléon ne quittait plus ses deux petites chambres et se faisait transporter de l'une à l'autre (^Thiers). Il ne dictait plus, mais se faisait lire Homère et les guerres d'Annibal (idem). Elles ne pouvaient passer une heure l'une sans l'autre, mais se querellaient cependant quelquefois (G. Duruy, l'OEil de verre) Elle n'habitait pas avec son fils, vivait en paysanne dans un village (Claretie, de l'Académie française, Margot). Elle ne pensait à rien, s'assoupissait dans une torpeur de tout son être (René Maizeroy, Petite Reine). L'enfant ne s'irritait pas, continuait à sourire (idem ; nombreux exemples). Il n'avait pas cette consolation, pouvait à peine se procurer quelques nouvelles (A. Daudet, les Rois en exil). U ne parut pas surpris, l'aborda comme si rien ne s'était passé (Idem, idem; exemples très nombreux).
Tout ce qu'il y a à éviter ici, c'est la dureté. Nous ne dirons donc pas, en retournant Thémistiche de La Fontaine : Je ne plie pas, mais romps dès qu'on veut me plier. Quant aux exemples qui précèdent, à partir de ceux de M™® H. Gréville, je n'y vois rien qui blesse l'oreille ou qui puisse les faire condamner.
Le pronom LE.
Le pronom le reste invariable quand il se rapporte à un adjectif, à un participe, ou à tout un membre de phrase; il s'accorde ordinairement lorsqu'il se rapporte à un substantif :
1« Ces enfents sont-ils malades? Ils le sont. — Madame, êtes-vous mariée? ie le suis. — Désirez-vous qu'il fasse des excusesl Je le désire.
Remarque. — Nous trouvons déjà cette tournure de l'emploi du pronom, se rapportant à im adjectif, dans le latin du V® siècle.
Injusti sunt barbari, et nos hoc sumus : les barbares sont injustes, nous le sommes aussi (Salvien, du Gouvernement de Dieu, de Gubernatione Dei).
â» Messieurs, êtes-vous les ministres du roi ? Nous les sommes. — Je vous ai accordé votre grâce, et vous la méritez (vous le méritez, signifierait : que je vous l'accorde). — Si le public a eu de l'indulgence pour moi, je la dois (cette indulgence) à votre protection pour moi, je le dois à votre protection pour moï (je dois cela, c'est-à-dire que le public a eu de Tindulgence pour moi, grâce à votre protection).
3^ Lorsque le substantif précédé de l'article peut se remplacer facilement par un adjectif ou par un substantif ne faisant fonction que d'adjectif comme exprimant la qualité^ le pronom reste souvent invariable sous la forme du pronom le :
Rome voulait être la capitale du monde, et elle le devint (elle devint capitale du monde). Ces villes étaient autrefois des poru et ne le sont plus (elles ne sont plus ports, elles ne sont plus ce qu'elles étaient;. Je plains les înalheureiuv depuis que je le suis (depuis que je suis malheureux). II est des grands qui ne le sont (qui ne sont grands) que par leurs vertus. Les fourbes croient aisément que les autres le sont. Les objets de nos vœux le sont de nos plaisirs. La plupart des savants le sont à la manière des enfants (Voltaire). — Nombreux exemples chez tous les grands écrivains.
D'après ce qui précède nous pourrons donc dire aussi en passant de Tidée du substantif à celle d'adjectif :
Messieurs, êtes- vous les nUnistret du roi? Nous le sommes (nous sommes ministres du roi, nous sommes ce que vous dites).
4** Quoiqu'il soit bien difficile, sinon impossible, de changer le substantif par une idée adjective, nous trouvons cependant le pronom le invariable dans les exemples suivants :
Vous êtes déjà un peu mes amis, et vous le serez un jour tout à fait (Ludovic Halévy, de l'Académie française, l'Abbé Constantin). Je me dis votre amie et je vous prouverai que je le suis (Gui de Maupassant» Notre Coeur).
5® Nous trouvons l'accord sylleptique dans les exemples suivants et autres semblables :
Je déploierai mon pouvoir contre mes ennemis. Polyeucte /'est- il fest-il votre ennemi; Corneille)? Il est sûr que rien ne ressemble moins à une tnaison de campagne comme nous les entendons aujourd'hui (comme nous comprenons les maisons de campagne; G. Boissier, de l'Académie française).
6^ Remarquons la différence de sens dans les phrases suivantes, selon que le pronom est variable ou invariable :
rai trouvé des ouvriers comme je U désirais (je désirais trouver des ouvriers et j'ai réussi, j'en ai trouvé). J'ai trouvé des ouvriers comme je les désirais (des ouvriers ayant les qualités que je désirais). Voilà de la viande eomme vous h vouliez (vous vouliez de la viande, en voilà), comme vous la vouliez.
1^ Par les exemples qui précèdent, on voit que le français passe facilement du sens de substantif au sens d'adjectif, de l'idée du pluriel à celle du singulier et vice versa, mais il n'est plus possible aujourd'hui de passer ici de l'idée d'adjectif à celle de substantif, et il
— sien sera de même dans les cas où le pronom se rapporterait à un verbe. Nous dirons toujours :
Ceux qui sont amis de tout le monde ne le sont de personne. — Jeunes ou vieilles, les femmes font bien de se cacher; mais vieilles elles U doivent indispensablement (elles doivent se cacher; M™^ Necker).
Nous ne pouvons plus dire :
Madame de Barbesieux était prisonnière chez son mari et malade ; le mari prétendait qu'elle la faisait. Vous êtes satisfaite et je ne la suis pas. (Corneille). Monsieur, je ne veux point être liée^ je ne la serai point (Racine). J'étais née pour être sage^ et je la suis devenue (Beaumarchais). On ne peut être plus contente que je ne la suis (M°>« de Maintenon). Il faut que vous soyez contente ; quand vous la serez, je la serai {W^ de Sévigné). Je ne veux point qu'elle soit malade, encore moins qu'elle la fasse (Bossuet). Ménage se plaignant un jour d'être enrhumé. M™* de Sévigné lui dit : Je la suis aussi II me semble, reprit Taltier grammairien, que les règles de notre langue veulent : je le suis aussi. Vous direz comme il vous plaira, répliqua M™« de Sévigné ; pour moi, je croirais avoir de la barbe au menton si je disais je le suis aussi.
Aujourd'hui les femmes, sans se donner de la barbe au menton, disent, comme tout le monde :
Si vous êtes enrhumée, je le suis aussi.
Accord du verbe ÊTRE précédé de CE.
Quand le verbe être, précédé du pronom ce^ a pour sujet réel un substantif ou un pronom pluriel de la troisième personne, ce verbe doit-il être au singulier ou au pluriel?
« On peut dire, écrit Poitevin, que le verbe être^ dans ce cas, a été employé indifféremment jusqu'ici au singulier ou au pluriel. La principale chose à éviter, c'est la cacophonie. » Au verbe être on peut ajouter les^
verbes devoir et pouvoir, suivis du verbe être. Comme tous nos grammairiens, M. Darmestcter y compris, condamnent Poitevin et nous enseignent que le pluriel est de rigueur, nous citerons encore une foule d'exemples, le nombre faisant preuve (1) :
Cest de pareils livres qu'il faut s'appliquer à produire (Revue critique, IS janvier 1891). C'était ces.(|aalités que la mère avait enseignées à sa fille (H. Gréville, Folle Avc(ine, p. 8). Ce n'est pas eux que je plains (Eadem, idem, p. 79). C'était moins ses idées religieuses que ses idées politiques qui lui avaient valu cet exil (Duruy, ancien ministre de l'instruction publique, Histoire de France, II, 313). Ce n'était que buissons de fleurs (G. Ohnet, l'Ame de Pierre). C'est, en somme, les règles de la prononciation qu'ils nous exposent (Psichari, professeur à l'école des hautes études). C'était des marchands qui se dirigeaient vers l'ouest (Nouvelle Revue, l»!* juillet 1890). Ce n'était pas des Jahvéistes de i'école réformée (L. Renan, Revue des Deux Mondes, 1«' juillet 4890). Est-ce un compliment? C'en est même deux (E. Gapendu). Si ce n'est eux, quels hommes eussent osé l'entreprendre (Académie). Quand ce serait ou «eraient les Romains (Académie). Est-ce les Anglais que vous aimez (Académie). Sera-ce nos intérêts que vous prendrez ? (Larousse). Ce sera nos descendants qui nous jugeront (G. Planche). C'est cent francs que vous me devez {c'étaient cinq mille roubles qu'on me devait). Comme c'était des enfants, nous parlions librement (P. Musset). C'était chaque jour de nouvelles découvertes ^Zola, la Joie de vivre, p. 44).^E»f-ce tous les manuscrits qui donnent ce mot? (Revue critique, août 1883, p. 125). Comme c'était de bons serviteurs (Daudet^ N. Roumestan). C'était là ses jours de gala (Flaubert, M™« Bovary). Ce qui m'empêchait de vous écrire, ce n'était pas mes travaux (P.-L. Courier, Lettre à sa mère, p. îi60). Ce n'est pas les gardes nationales qu'il faut armer (Ranc, le Roman d'une conspiration). Ce n'est pas les sept années t;ui vont venir qui nous suffiront (Revue des Deux Mondes, i«' juin 1890, p. 889). C'est eux que je
(1) Avec c'est ... qiie, beaucoup de grammairies savent môme reconnaître aujourd'hui qu'on emploie beaucoup plus souvent le singulier que le pluriel : Ce sont eux ow sont vemus ; c'est eux que j'ai vus.
sens (N. R., i5 juillet 1890), p. 339). Ce n'est pas 1700 hommes que nous prenons, mais quatre fois plus (idem, p. 4iS). Ce ne sont pas seulement les patrons qu'il faut appeler à l'aide, c'est encore tous ceux qui se sentent attirés vers ce monde d'en bas (le comte d'Haussonville, idem, p. 862-863, double accord). C'étaient des pensées atroces, ce n'était pas des blessures trop graves (Paul Perret, Illustration, 12 juillet i890, double accord;. C'est exactement des causes du même ordre qui risquent d'entraver la juste appréciation de l'art japonais (Revne des Deux Mondes, V^ juillet 1890, p. 108). West-ce pas là autant de traits que les Japonais ont avec les enfants? (idem, p. 114). Est-ce peut-être les maux dont le fanatisme a été la cause dans l'histoire cBrunelière, idem, l*"^ août) C'est eux qui ont eu tort (idem, p. 674). Mais c'est eux qui succomberont (idem, p. 677). Ce n'était pas seulement leurs défaites (Valbert, idem, l^'août, p. 692). Ce ne serait point seulement les membres de l'aristocratie (Cassagnac, idem, 19 août 1890, p. 873) C'était là des pertes sérieuses (Maspero, p. 31U. Histoire des peuples de l'Orient). C'est effectivement les mêmAs émotions (Brunetiore, Revue des Deux Mondes, 15 août 1888, p. 850). C'ém/r justement les moyens qu'il a pris (id., 863). Qui des deux hommes vous a mis dans cet état? C'est tous les deux (H. Malot, le Docteur Claude, p. 43) Est-ce l'entrée, est-ce l'issue? C'est les deux (V Hugo, les Travailleurs de la mer). C'était deux ou trois heures à tuer (Daudet, l'Immortel). C'était cent francs (idem). Ce que les poètes peignent aujourd'hui, c'est toujours eux-mêmes (Petit de Julleville, Littérature française, p 248). Mais n'était-ce pas là aussi des misères? (Chateaubriand). Si l'on vous demande : combien ètes-vous ? répondez : nous sommes un; car, nos frères, c'est nous, et nous, c'est nos frères (Lamennais) C'eût été là 14 ans de perdus (A. de Vigny). Ce que nous aimons le mieux des grands écrivains, ce ne sont pas leurs ouvrages, c'est euxmêmes (Lamartine, double accord). Ce fut pendant quelques minutes des embrassements très tendres (J. Landeau). Mais c'est eux, c'est eux qui sont les coupables (P. Bourget, A. Cornélis, p. 144). C'est trois ans d'études qu'il faut encore à ce chanteur-là (G. Sand, le Château des déserts). Ce n'est pas là les cheveux blancs de la sagesse (Barbey d'Aurevilly, Lecture, févrir^r, 1889). C'^raiY ses enfants qu'il perdait (Claretie) Quatre! non, c'est six enfants qu'elle a abandonnés (Coffignon) Est-ce donc les titres de vos aïeux que j'épouse? (Revue des Deux Mondes, 1«>^ juillet 4888, p. S6). C'est précisément ces beautés qui firent la force de l'enseignement bouddhiste (Emile Burnouf, idem, it$ juillet, p. 345). C'était
des centaines de millions (D. d'Àisier, août i888). (acst quelquefois des êtres à leur passer des menottes (Claretie). (tétait des arrivages de pêcheurs (Daudet). Qi' était des écroulements (idem, les Rois en exil). Ç»' était des lettres mystérieuses (idem). G'«fr des minutes dans lesquelles le tourbillon se déchaîne (P. Bourget, Mensonges). Etait-ce les paroles d'Elysée? (Daudet). C*était de petites voitures (idem). On croyait que c^était eux (Sommer et Desportes). Oui, c'est bien eux (Louis Gonderax, Lecture, mars 1888). Ce n^est pas eux qui voudraient apprendre (Revue des Deux Mondes, p. 3â4, 15 mai 1886). Ce n'était là que des crises pas* sagëres (15 juin 1888, Ind. belge). Cest là des infiniments petits (P. Bourget, Mensonges). Tout cela, c'est de grandes vilenies (idem). C'était de^ cauchemars ^G. Droz). C'est des saluts à des camarades (P. Bourget, Madame Bressuire, 1887j. C'est eux qui m'empêchaient d'y songer (J. Richepin, Césarine). Qui me dit si c'est ceux-ci ou ceux-là? (idem) C'est eux qui payent (Robida, Lecture, décembre 1887). C'était là vingt propos parmi tant d'autres (P. Bourget, Mensonges). C'était deux loges do théâtre (idem). Ge qu'on prétend maintenir, c'est moins les lois scolaires que l'esprit qui les a inspirées (Gh de Mazade, Revue des Deux Mondes, !•' avril 1890, p 71 1). Est-ce là les épanchements d'un ami (E. Augier, la Pierre de touche, III, 7)? C'est elles qui lui ouvrirent le chemin (Revue des Deux Mondes, l®"" août 1889, p 587). C'm^ eux (les Israélites) qui ont fondé le vrai culte (Brunetiôre, Revue des Deux Mondes, !«' février 1889) C'est eux qui ont élargi les voies (idem, idem). C'est eux qui ont iporté la première grande victoire (idem, idem) C'était de joyeuses I acclamations (Revue des Deux Mondes, 1®'" janvier 1889, p. 106) Ge n'est I pas lui, c'est elles (15 septembre 1889, p 389). Geux-là, c'est tous ceux7 ^'■qOÎ n'écrivent pas (Brunetière. 15 septembre 1889, p. 910) Ges idées,/ c'é/flïY bien celles de Voltaire (!«>• septembre 1889, p 215). C'était moins des édifices grecs et romains que des constructions orientales (Georges TPerret, de l'Institut, 15 mai 1870). C'est quarante sous que vous me devez Wh. Malot, Gonscience). Ge n'était pas des malheureux qui viennent chez nous [E. Legouvé, Nés fils et nos filles) La Marg, c'est un ruisseau ; je me trompe, c'est deux ruisseaux (Amédée Achard, Souvenirs de la Forêt Noire). Ge sera les doctrinaires E Scherer). Ge qui l'attirait, c'était les luttes de la tribune (Revue politique et littéraire, 28 août I8H6). Ge n'est plus seulement les jongleurs..., c'est . les bouffbnneries, c'est .. les rapports des clercs (Revue des Deux Mondes, 15 août 1887, p 940). Le mien n'est pas un mot, c'est deux mots (Delon, la Grammaire française
Bêlon l'histoire, p. 1S9). C'est eux qui ont raison (idem, idem, p. S66). Ce sei'a d'autres hommes qui le tromperont (Paul Margueritte, iO avril 4S90, Lecture). C'est pourtant ces nuages qui flottent devant les yeux I (P. Bourget, les Lacs anglais). C'est douze hommes que nous avons jetés \ à Teau (Prosper Mérimée, Chronique du règne de Charles IX). C'est, o^abilode, des juifs émancipés qui ont dépouillé la croyance d'Israël (Leroy-Beaulien). Est-ce vraiment les juifs qui nous menacent? (idem. Revue des Deux Mondes. 45 février 4^91). Cétait presque toujours des déceptions (Barbey d'Aurevilly, Revue rétrospective, 20 avril 1891).
Nous voilà loin des quelques exceptions admises par les grammairiens, qui se copient tous comme à Tenvi. Si nos grammairiens avaient l'habitude de lire, ils nous donneraient certainement parfois d'autres règles que celles qu'ils trouvent chez leurs devanciers. « Qui a lu une grammaire, dit avec raison Léger Noël, les a lues toutes, et aucune ne vaut rien. » jx
La règle des grammairiens prétendant que le verbe j être est ici toujours au singulier quand il a pour sujet j réel plusieurs substantifs singuliers, est aussi sujette kl bien des exceptions : (
C'étaient Théodoric et Aétius qui arrivaient à la tète de leurs armées (H. Martin). Ce père et cette mère, c'étaient le prince de Galles et sa iémme (Saint-René-Taillandier). Ce furent précisément cette grâce et cette beauté morale qui éloignèrent le prince (idem). Vêtaient le père et la mère qui rentraient (Theuriet). Ce sont elle et son époux (Ed Scherer). Ce sont la finesse et la délicatesse qui... (Sainte*Beuve). C'étaient la dame et son fils (le Temps, 5 juin i888). C'étaient Thomme et la femme (A. Dumas, Herminie). Ce qui fait le bonheur, ce sont la sagesse et la modération (G. de Cherville, le Garde). C'étaient cette liaison et leur demief souper... (Lecture, novembre 1887, p. 68; même exemple, p. 79). Ce qui avait amené les défaites d'Israël, c'étaient le manque de prudence et rinfériorité de l'armement (Renan, Revue des Deux Mondes, 15 juillet 1888, p. 274). C'étaient un homme et une femme, tous deux de haute taille (J Barbey d'Aurevilly, Lecture rétrospective, 20 avril i89l). — Nombreux exemples chez tous nos écrivains.
Dans les tournures înterrogatives, le singulier s'emploie toujours, dans ces cas, de préférence au pluriel, exception à laquelle nos grammairiens n'ont pas pensé:
Ett-ç^ vos frères qui sont là ? («ron^ce est très dur, mais commence à s'introduire dans la langue). Sera-ce vos frères qui viendront? (on ne trouve pas ieront-ce). Ça été mes amis qui ont fait cela (on ne dit pas ç'ont été). Fut-ce les Romains qui remportèrent alors la victoire? furentce est impossible). Je ne veux voir personne, fût-ce même mes meilleurs amis. Qui pourrait faire cela pour vous, si ce rCest vos parents (avec si ce n'est, on emploie presque toujours le singulier).
La vieille langue faisait toujours ici l'accord avec le sujet réel :
Ce suis je (c'est moi); c'«»/e*jVous (c'est vous), etc.
La tournure est, du reste, différente dans la question et la réponse, selon que le mot qui suit le verbe être est sujet réel ou attribut :
Est-î7 votre frère (votre frère, attribut)? Il l'est. — Est-ce votre frère (votre frère, sujet réel)? C'est lui (ce, sujet apparent ; lui, sujet réel).
Voir les grammaires de MM. Delbœuf-Rœrsch et Lapaille.
Accord du^verbe après unjcollectif partitif
(indéfini).
Dans un des derniers bulletins de la Société de réforme orthographe (avril 1892), je trouve parmi les postulata proposés par M. Rousselot, celui qui demande :
c La liberté de l'accord du verbe avec le nom collectif ou avec le régime du collectif. >
M. Rousselot n'entend sans doute parler ici que du collectif partitif (indéfini), car l'accord du verbe avec
le collectif lui-même est si communément accepté lorsque le collectif est général (défini)^ qu'il n'y a, selon nous, aucune bonne raison pour chercher à établir une autre règle. Les cas d'accord avec le régime ou complément du collectif jfeh^a/ ne se présentent que bien rarement chez nos bons écrivains :
La ma$te des mécontents n'entendaient pas devenir des traîtres (H. Martin, 8® volume, p. 46 ; accord logique très rare).
Ajoutons quelques exemples comme les suivants, où le collectif, quoique partitif, se présente comme collectif défini, et peut, par conséquent, être traité comme collectif général. C'est, en effet, ce que nos auteurs font le plus souvent, en laissant, dans ces cas, le verbe au singulier. Je ne donnerai cependant que des exemples avec le verbe au pluriel pour montrer que l'emploi de ce nombre est tout à fait correct :
Le reste des Tectosages se réunirent (se réunit) aux Boïes (H. Martin). — Tout ce peuple de femmes, vêtues de noir et montées sur des chariots, défendirent (défendit) longtemps cet asile ^Idem>. — Le reste des danseurs se trémoussaient (se trémoussait) au hasard et remuaient (remuait) pour remuer Maxime du Camp; Histoire d'amour;. — Le reste des nobles préféraient leur sûreté (Materne), préférait vivre en sûreté. — Tout ce qui reste encore de fidèles hébreux lui viendront (viendra) renouveler leurs vœux (ses vœux; Racine). — Le reste, confondus (confondu) dans \^ fou\e, jouissaient (jouissait) des travaux des aïeux (J.-J. Rousseau).
Lorsque le collectif est indéfini partitif, la plupart de nos grammaires enseignent que le verbe, à quelques exceptions près, doit s'accorder avec le régime ou complément du collectif.
Une multitude d'étoiles brillent au firmament. Une partie des princes sont revenus de l'armée (,Da Costa).
Le verbe qui a pour sujet un collectif se met au singuliér, disent quelques grammairiens, quand l'action exprimée ne peut être faite que par tous les individus ensemble^ considérés comme une unité :
Une nuée d'oiseaux obscurcit l'air (chaque oiseau, un oiseau seul ne peut obcurcir l'air ; J. Fleury).
Le verbe se met au pluriel quand l'action exprimée peut être faite séparément par chacun des individus :
Une foule d'oiseaux /on< leurs nids dans les arbres (chaque oiseau fait son nid séparément; J. Fleury).
Les règles qui précèdent, concernant le collectif indéfini partitif, sont certainement arbitraires. Il suffira, pour s'en convaincre, de lire les nombreux exemples qui suivent et que l'on pourrait multiplier à l'infini :
Une foule d'oiseaux s'abattit dans la plaine ( J. Fleury, grammaire publiée par M°»® Pape-Garpentier; chaque oiseau peut cependant s'abattre seul dans la plaine). Suivait une quarantaine de prisonniers (Mérimée, Chronique du règne de Charles IX). Une multitude de curieux les regardait (G. Ohnet, l'Âme de Pierre) Un flot de cavaliers gaulois débouchait dans la plaine (H. Martin). An^ive une troupe d'enfants (La Fontaine)» Une foule de soldats /wf noyé« (Académie, Littré, Bescherelle» Une bande de Tfctosages reporta dans Toulouse les dépouilles de la Grèce (H. Mar* tin). Le plus grand nombre des inscriptions ont été trouvées ou a été trouvé dans ce village (Académie*. Une demi-douzaine d'aiguillettes ne suffit pas pour attacher un habit (Molière). Bon nombre de calvinistes -profita de cette offre et consentit k se racheter de la mort (Mérimée, Chronique du règne de Charles IX). Un grand nombre de croix (légion d'honneur) récompensa des services rendus (Lecture, Magazine littéraire, 28 mars 4890. p 576). Un nombre infini d'oiseaux faisait ou faisaient résonner ces bocages de leurs doux chants (le pluriel et le singulier, dit Littré, s'emploient indifféremment dans tous ces cas) Le petit nonîbre des païens qui avait reçu (avaient reçu) l'Evangile était tout dévoué à lai nouvelle doctrine (Bossuet). D'adorateurs zélés à peine un petit nombre ose, etc. (Racine). Le petit nombre de ceux qui courent après lui ne peut
Tattcindre (La Bruyère). Le petit nombre l'a presque toujours emporté sur le grand (Voltaire). Une bande joyeuse d'écoliers parcourt tes rives du fleuve (Tœpffer). Ignorez- vous qu'une multitude de vos frères périt ou souffre du besoin de ce que vous avez de trop (J. J. Rousseau). Un demimillion de créatures humaines avait péri ou encombrait les marchés d'esclaves des grandes cités (H. Martin). Une partie des Gaulois avait déjà répondu à sa voix : le reste montrait de l'hésitation (idem). Nestor et Philoctète furent avertis qu'une partie du camp était déjà briilée (Fénelon;. Un nombre 4e quatre cents soldats armés à la légère /ormatY l'avantgarde (Idem). Une foule de curieux grossie de tous les gens du quartier encombrait la rue (Idem). Un grand nombre d'hommes peut être nuisible à l'Etat (Montesquieu; peuvent donnerait un autre sensj. Une foule d'amis que son danger excite. Entre elle et ces soldats vole et se précipite (Voltaire; Mérope; chacun vole et se précipite). Une immense compagnie d'éléphants sortis des bois, leur aotique repaire, se précipita de la montagne vers le lac (Méry). Une troupe nombreuse de canards sauvages, tous rangés à la file, traverse en silence un ciel mélancolique (Chateaubriand). Le plus grand nombre des croisés allait à pied (Nichaudj. Une foule de gens abordait sans cesse (Montesquieu). Une troupe d'assassins entra dans la efaambre de l'amiral Goligny, le reste garda toutes les issues àe la maison (Gr. de Margot). Une troupe de nouveaux esclaves est entrée dans la maison (Montesquieu). Une foule d'Idées se présente à mon esprit (idem). Une longue tile d'équipages suivait les deux voitures impériales sur le trajet de la gare au palais. Une foule de curieux nous entoura (Yial). Une foule d'animaux se trouvait là (idem). Une foule de flatteurs les environne (Fénelon). Une foule de noirs marrons se fit voir à yfingt pas (B. de St-Pierre). La plus grande partie de ses ccmjectures a éêé adaptée par les savants qui le suivirent (Gaston Boissier). Une troupe de sauvages défit un détachement anglais (St-Lambert). Une partie des trwipes se trouvait en Arcadie (Barthélémy). Sur quatre cents hommes rtstés à bord, un bien petit nombre se sauva à la nage (Aimé Martin). Une poignée de Laoédémoniens courut avec son roi à une mort certaine, contenu en mourant d'avoir immolé à leur patrie un nombre infini de barbares (Bossuet; remarquons ici le double accord). Sur une planche était une disaine de livres poudreux (P. de Musset) Une assez grande ({naniité d'hommes suivit le chemin d*Alençon, et là ils furent pris et conduits à l'échalàud (W^^ de la Rochejaquelein; remarquons encore le double accord), (/ne phalange de secrétaires était occupée du matin au soir
-sodé cette besogne (St-René Taillandier). Un nombre prodigieux de captifs lui dut la liberté (Laurentie). D'une garde-robe voisine sort une bande joyeuse de pygmées (C. Lenient). La moitié de ces fruits est gâtée (sont gâtés). Le tiers des enfants sont morts (est mort) de cette maladie. La moitié des humains rit de Tautre moitié (Destouches). Une troupe d'oiseaux s^envola (0. Feuillet, Roman d'un jeune homme pauvre). Une centaine de bras se leva aussitôt (Revue des Deux Mondes, p 942, 15 décembre 1860). Une foule de curieux se précipitait aux barreaux des fenêtres (Dufour). Une foule de barques entourèrent (entoura) notre bateau (Vial). Une nuée de Goths s'avancèrent contre l'Italie et la Gaule (H. Maitin). Une nuée de traits volaient sur nos soldats (Materne). Une nuée de SjOLons étaient entrés en Gaule (H. Martin). Une nuée de traits o^fc»rcissent l'air (Michelet). Une nuée d'Allemands descendirent des Alpes (H. Martin). Une nuée de barbares désolèrent notre pays (idem). - Une foule de serviteurs vivait à l'ombre du Temple (Michelet, les Templiers). — Une foule d'oiseaux vint se précipiter sur le buisson (G. Sand, Teverlno, III). — Chaque fois qu'un grand nombre d'hommes est réuni (Guy de Maupassant; Lecture, 10 juin 1889). Il y aune multitude d'hommes qui a besoin de croire,d'aimer (Crouslé, professeur à la Faculté des lettres de Paris). — La plupart des philosophes ne reconnaît pas cette loi (idem).
Comme le pluriel, dans presque tous ces cas, est aussi correct, aussi grammatical et français que le singulier pour l'accord du verbe, je ne donne, quelques lignes plus haut, qu'un petit nombre d'exemples avec l'emploi du verbe au plwiel. Les exemples d'accord, tant au singulier qu'au pluriel, sont légion chez nos plus grands écrivains.
Les lignes qui précèdent prouvent à l'évidence que M. Rousselot n'avait aucun postulatum à présenter dans le Bulletin de l'institut catholique de Paris (janvier 1892). Ce qu'il demande est adopté, mis en pratique depuis longtemps ; s'il a cru qu'il y avait là porte à enfoncer, la porte est toute large ouverte. M. Rousselot n'a pu évidemment écrire son article que sous l'impression de la lecture de nos plus mauvaises grammaires.
Pour la règle du verbe après un collectif, le français est encore aujourd'hui d'accord avec la double règle latine :
Multitudo hominum convenu (convenerunt); une foule d'hommes 8*est réunie (se sont réunis).
Il est évident que la règle reste la même pour le participe passé :
Une troupe de Germains venue ou venus des bords du Rhin. — Voir tous les exemples qui précèdent.
Quant au vieux français, il employait volontiers le pluriel dans les cas même où le collectif est général ou défini 1 accord logique, sylleptiqne) :
Li pueples ^singulier), de toutes parts, devant i'ostel, sont assemblé (sans s final, nominatif pluriel). Sa maison (les gens de sa maison) le pleurent (Vie de Saint Alexis). — Au rescoure le roy (au secours du roi) sont venu sa gent.fren^ (étaient) la gent abaubie (étonnée» étonnées) —Au port sont arrivet la chevalerie. — Ils gardent les monts, ke (afin que) ne puissent trespasser la lignie d'Ysraël. — Païenne gent (1) sont arrière recitlee (reculées).
M°® de Sévigné dit encore :
La noblesse de Rennes et de Vitré Vont élu malgré lui. Tout ce que nous connaissons de courtisans nous parurent indignes de vous être comparés.
Emploi de Tindicatif ou du subjonctif
après TOUT QUE.
Après tout que, faut-il employer l'indicatif ou le subjonctif?
(i) Voir Tobler, Versmischte Beitrage, 1886 — Abaubie, reculée (sans s final, quoique les deux mots soient au féminin pluriel).
Presque toutes nos grammaires publiées en France nous disent que Yindicatif est de rigueur. Les savants allemands, qui lisent beaucoup, nous enseignent que \e subjonctif s'emploie beaucoup plus souvent que l'indicatif chez nos écrivains contemporains.
Toat Gascon qu'il soU (Bévue des Deux Mondes, I»' août 1889, p. 695, Brunetièrc). Tout envahie qu'elle fût par l'ivresse de la joie (P. Bourget, Mensonges). Tout interdite qu'elle fût (ideroj. Tout à plaindre qu'ils soient (Figaro, 20 mai i888, H. Fouquierl Tout étrange qne puisse vous sembler la chose (Un Bève à Spa, Ind. belge, iO juin 1888j. Ce dénouement, tout indiqué qu'il soit (idem, même date). Polyeucte, tout héroïque qu'il soit (G. Fréderix, idem, 48 juin 88j. Les personnages tout magnifiquement habillés qu'ils soient (idem, même jour). Tout insipides «qu'ils soient (Bévue bleue, 1888, Histoire d'un mendiant anglais) Tout discrédité que fût ce mécanisme financier (Bévue des Deux Mondes, 15 juin 1888, p. 885). Tout amoureux qu'il fût (idem, p 888). Ce procès, tout scandaleux qu'en /àt le résultat (idem, p. 889). Toute mystérieuse que soit cette clarté (Flammarion, le Mascaret). Ces enfants, tout dociles que vous les supposiez (Dictées de l'Hôtel de ville, III, 1 30). Tout odieux que fussetît les moyens (idem, I, p. 406^. Tout vieux qu'ils soient (L. Morin, les Amours de Gilles). Toute sauvage que fût v«tre humeur (Lecture 10 j. 89, Weiss). Tout mort civilement qu'il soit (P. Bourget). Cette perspective, toute limitée qu'elle fût (0. Feuillet, Bellah). Tout bien préparés que nous ayons dû les supposer (Dict. de l'Hôtel de ville, I, p. 147). Toute parisienne qu'elle fût (Catulle Mendès, Toutes les Àmou< reuses). Tout disciple qu'il soit ou qu'il se soit cru de... (Bévue des Deux Mondes, p. 235, ler juillet 1889.) Tout élève qu'elle fût des philosophes (Brunetière, 15 octobre 1889. p. 876). Tout enfant que je fusse (P. Bourget, A. Comélis). Tout accablé qu'il/âf (Duruy). Cesbiellts, tout insignifiants qu'ils soient (idem). Toute spontanée qu'elle soit (Bené de Pont-Jest). Tout viveur qu'il fût (idem, la duchesse Claude). Çhoiseul, tout promoteur qu'il fût de cette alliance (Duruy, II, p. 394.) Toute précieuse que soit Mademoiselle (Guy de Maupassant, Notre Cœur, 1890). Mon cœur, tout desséché qu'il /ûr (0. Feuillet, le Village, scène VIII). Tout disparus qu'ils /ii«ten/ (E. Legouvé, Soixante ans de souvenirs). Tout antipathique que soit ce style idem, idem). Tout incroyable que parût
celle iiîée (Revue des Deux Mondes, 15 octobre 90. p. 913). Tout impressionnable que fût ma mère (le comte d'Haussonville de l'Académie française). Tout pauvre qu'il fût, tout illustre qu'il soie (E Legouvé de l'Académie). Tout habitué que je fusse (idem) Tout conservateur que soit le ministère belge (Ch de Mazade, \^^ f. 90) L'injustice, tout effrayante qu'elle soit ^ilbert Kéville, la Litt. apocalyptique). Tout poète qu'il fût (Revue des Deux Mondes, 15 mars 91, p. !2tî2). Tout homme du monde ({u'il soit (idem, p. 245). Tout éloigné que je sois de la scène (idem, p. 474).
Remarque. — Le Dictionnaire de TAcadémie ne nous donne, après tout que, que des exemples où l'indicatif est seul employé. Le Dictionnaire de Bescherelle (1887) nous dit qu'après tout que on peut employer le subjonctif aussi bien que Vindicatif, Lé savant Maetzner enseigne que la langue moderne emploie, après tout que, plus souvent le subjonctif que llndicatif. Ploetz, Chassang, Lucking, Benecke reconnaissent qu'on emploie les deux modes.
Littré, dans son Dictionnaire, nous dit, de son côté, que Ton employait quelquefois, au XVH® siècle, le subjonctif après tout que, mais que ce n'est plus aujourd'hui l'usage.
Les nombreux exemples qui précèdent prouvent à l'évidence que M. Littré a tort dans cette question. Tout que, avec le subjonctif, s'identifie avec quelque que, si que; l'on pourrait même affirmer, sans guère craindre de se tromper, que sur cent cas on en trouve aujourd'hui, chez nos écrivains contemporains, quatre-vingtdix construits avec le subjonctif, et non avec Vindicatif, quelle que soit la pensée — (certitude, vraisemblance ou possibilité) — que Ton veuille exprimer.
Quant au Dictionnaire de l'Académie, nous admettons
volontiers que tout ce qui s'y trouve est français, mais on voudra bien reconnaître aussi que tout ce qui est français ne se trouve pas dans le dictionnaire de l'Académie.
Emploi de SON, SA, SES, LEUR, LEURS,
après CHACUN.
Le pronom chacun veut-il après lui son, sa, ses ou leur, leurs, après un sujet ou un verbe au pluriel ?
Les grammairiens avaient essayé, dit Larive, de préciser les cas dans lesquels on devait employer son, sa, ses, et ceux dans lesquels on devait employer leur, leurs. Il en était résulté un échafaudage de règles par trop subtiles et auxquelles les auteurs ne se sont jamais astreints. Il faut que l'écrivain reste libre d'employer à ia guise son, sa, ses, ou leur, leurs.
lis ont pris chacun son chapeau ou ^eur chapeau. Ils sont sortis chacun àè'Stfn côté ou de leur côté. Ils se sont retirés chacun dans «a tente ou dans leur tente. Voilà des livres qu'il faut remettre chacun à sa place, k leur place. Ils ont bâti, chacun sa maison (Sommer, Agrégé des classes supérieures). Ils s'en allèrent chacun de leur côté (Académie). Ces universités ont contribué, chacune pour sa part, à cette victoire de la science (Albert Réville, la Litt. apocalyp). Les deux savants, chacun ôé son côté, étaient arrivés au même résultat (idem). Voyez comme c'est heureux que ces deux enfants aient compris chacun sa position (G. Sand. le Château des désertes).
Les deux manières de s'exprimer sont françaises, dit Littré. Quand on emploie son, sa, ses, ces mots se rapportent à chacun, tandis que leur, leurs se rapportent au substantif ou au pronom pluriels qui précèdent. On peut assurer, sans crainte de se tromper, pour peu qu'on lise attentivement les auteurs, que ce sont les derniers
mots — (leuVj leurs) — que Ton emploie le plus souvent aujourd'hui dans tous les cas que nous venons de citer et autres semblables; Bescherelle, dans sa dernière édition (1887) est du même avis.
<c Les meilleurs écrivains, dit-il, n*ont pas ici de règle; ils préfèrent souvent l'accord sylleptique (pluriel), leur esprit étant surtout occupé de l'idée de pluralité. » — Voir aussi la grammaire de Benecke, très estimée en Allemagne.