LA FONDATION DU COUVENT DES SOEURS DE LA CHARITE
C 'est le 8 novembre 1852 que le curé Déziel laisse poindre pour. la première fois l'intention qu'il entretient d'élever un nouveau tem-
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pie pour riustructibn des filles dans la pai-oisse naissante de Notre-Dame de Lévis.
Ce jour-là, il écrit à rarchevêque de Québec au sujet de la fondation du couvent des Soeurs de Jésus-Marie à Saint-Joseph de Lévm. M. J. -Edmond Roy résume ainsi la lettixî du curé Déziel :
*'M. Routier lui a dit qu'il avait obtenu l'autorisation de bâtir un couvent à Saint- Josepli et qu'il voulait engager l'évêque à empêcher l'établissement d'aucun couvent dans le voisinage, avec le droit de prendre des pensionnaires que lorsqu'il serait certain que celui de sa paroisse n'en souffrirait pas considérablement. Il ne peut que louer M. Routier et ses paroissiens du projet qu'ils ont formé de bâtir un couvent, mais il ne peut croire qu'on veuille le faire à des conditions aussi dommageables à Lévi et particuliprement aux pauv1*es. Si ce privilège était accordé il serait impossible, pour longtemps, d'avoir une maison pour les filles, au milieu d'une population aussi considérable que celle de Lévi. On dira peut-être que les filles pourront aller au couvent de Saint-Joseph. Oui, mais elles n'y seront admises que comme pensionnaires. Un petit nombro soulf^mcnt. jîui'-a i-îc moyen, ot les pa-
renis aimeront mieux lea wivoyer à Québec. Si on les admet comme externes, 20 à 25 au plus pourront en profiter à cause de la distance et jl y a dans Lévi 150 filles en âge d^allsr à l'école. La population de Lévi s'accroît rapidement. Avant longtemps il faudra établir une maison dans les chantiers populeux de Tibbitts et de Patton. M. Routier offre deux religieuses pour venir faire l'école à Lévi. Co nombre n'est pas sufKsant. Que faire des enfants qui voudront prendre demi-pension en hiver ? Il ne s'oppose pas à la fondation du couvent de Saint- Joseph, mais il ne faut pas qu'elle ait lieu au* détriment de 150 à 200 enfants. ' *
Le curé^ Déziel laisse ensuite écouler quaitre années aakis parler de son projet.
Le 16 septembre 1856, il demande à Mgr Baillargeon la permission d'établir un pensionnat de filles dans le couvent qu'il se propose de bâtir dans sai paroisse.
Le 30 septembre, Mgr Baillargeon lui répond :
'^Considérant que vous n'avez aucun besoin d^un pensionnat dans votre paroisse pour l'instruction de vos filles, puisque vous en avez un excellent à quelques pa*? de chez vous et qu'un
externat remplirait très bien toutes les fins de religion et d 'édnc^'tion que vous pouvez volas proposer.
''Considérant d'ailleurs que rétablissement d^une telle maison à Notre-Dame de Lévi serait infailliblement préjudiciable au couvent de Saint-Josepb, que je dois protéger, je vous préviens qui je ne suis nullemeut disporé à permettre aux religieuses, que vour vous proposez d 'appeler dans votre paroisse, d'y tenir un pensionnat."
Les lettres suivantes, toutes écrites par Mgr Baillargeon, et que nous eroyons inédites, donneront une idée des obstacles que le curé Déziel dût renverser pour obtenir la permis* si on d'oiwrir un pensionnat au couvent de Lévis :
11 octobre 1856 : ''Après mûre délibération, je ne vois aucun inconvénient à ee que le» deux maisons que vous vous proposez de bâtir, Pune pour servir d'hôpital aux prêtres infirmes ou malades et l'autre pour les religieuses hospitalières qui doivent avoir soin de cet hôpital, soient contiguës, n'étant séparées que par un mur, avec portes de eommunieation pour le service de rhôpital. On devra cependanit prendra des préeaati4>tta pour que «et pin*-
tes restent constamment fermées, et ne s 'ouvrent que pour donner passage aux hospitalières, qui, seules, en garderont les clefs."
4 août 1858 : "Après y avoir mûrement réfléchi, avec la meilleure intention de vous obliger, je demeure encore persuadé que le temps de permettre aux Soeurs de Charité de votre couvent d'avoir un pensionnat n'est pas encore venu : et ainsi c'est une pénible nécessité pour moi d'être obligé de vous déclarer que je ne puis encore vous donner cette permission."
20 août 1858 : "Je cède aux pressantes instances que vous m'avez faites, aux fins d'obtenir, pour les Soeurs de la Charité auxquelles vous voulez confier le soin et la direction de l'asile des prêtres infirmes que vous venez de bâtir, la permission de garder, depuis le commencement de la classe du matin jusqu'à la fin de celle du soir, les enfants de leurs classes qui délireront prendre leur dîner chez elles."
19 juillet 1859 : "Après informations et mûres réflexions, je demeure convaincu que, pour le moment l'établissement d'un pensionnat chez vos Soeurs quelles que fussent les conditions qu'on y mit, compromettrait grav?-
-fil-
ment l'existence de la communauté des Soeurs de Saint- Joseph (Couvent de Jésus-Marie) que je suis obligé de, soutenir. Je ne puis donc vous permettre d'établir ce pensionnat maintenant. Veuillez croire qu'il m'est pénible de ne pouvoir me rendre à votre désir ; et que je voudrais compenser le refus que la nécessité me force de vous signifier ici, par des secours proportionnés aaix besoins de vos bonnes Soeurs, s'il m'était possible de le faire."
5 novembre 1859 — '^Durant la dernière retraite ecclésiastique, quelques-uns des directeurs de l'Hospice des prêtres infirmes (Hospice Saint-Michel) sont venus me proposer de substituer, dans le soin de cette maison, les Soeurs de Jésus-Marie aux Soeurs de la Charité, comme moyen de triompher des difficultés et des embarras oii elle se trouvait.
•*Dans la peine que me causaient ces difficultés, j'ai approuvé ce plan.
" Depuis je n'en ai plus entendu parler. Y a-t-on renoncé ? Dans ee cas, je n'ai rien à dire, car mon rôle en cette affaire devait se borner à approuver le nouvel arrangement.
**Mais si on n'a/ pas renoncé à ce projet, si on le croit propre à applanir toutes les difficultés pourquoi n'y a-t-on pas donné suite ?
''Voici de nouvelles religieuses arrivées de France. La communauté de Saint-Joseph est maintenant en état, de former de nouveaux établissements. C'est le moment de tenter l'exécution du projet -ci-dessus mentionné. Pourquoi, vous qui êtes le premier directeur de THospice des prêtres, et le plus intéressé dans les embarras qui Tassiègent, pourquoi ne prendriez-vous pas Tinitiative auprès de vos associés pour les engager à confier cette maison aux Soeurs de Jésus-Marie ?.... Pourquoi, en attendant cette décision des autres directeurs, ne feriez-vous pas les premières démarches auprès de la communauté de Jésus-Marie, pour vous assurer de ses dispositions, par rapport à ee projet ?
**En vous faisant ces suggestions, eomprenez-le bien, je n'ai d'autre but que de vou« être utile, et de vous aider à vous tirer des embarras où votre dévouement pour l« bien de vos confrères infirmes vous a plongé.... Si vous ne croyez pas devoir recourir au moyen que je vous propose, d'après vos associés dans cette oeuvre, je ne demeurerai pas moins disposé à vous favoriser et à vous aider, en tout ce qui dépendra de moi, dans la même oeuvre, et en toute autre qu» votre zèle pourra vous
aspirer pour la gloire de Dieu, et le bien de os semblables/'
5 novembre 1859 ; — '*Mon billet de ce main était déjà à la poste, lorsque j*ai reçu vore lettre écrite aussi ce matin.
*'Je ne saurais vous dire la peine que j'ai essentie en apprenant les embarras où vous ous trouvez, embarras dans lesquels il n'est as en mon pouvoir de vous secourir pour le loment. Car la certitude d 'avoir un pensionnat 'année prochaine ne vous donnerait pasi, .pour 2 moment, les sommes dont vous ave^ be-
oin Inutile donc, à mon avis, de décider
ette question aujourd'hui
**Mais pourquoi ne prendriez-vous la sompie u'un de vos braves paroissiens offre à voua rêter, pour rencontrer le paiement que vous vez à faire ? Vous n'en serez pas plus pauvre uisque vous rembourserez une pareille som* le qui vous mettra en état de rendre celle our laquelle on vous demande dix pour cent, *uis vous ferez des instances auprès des sousripteurs dans le courant de l'hiver et du prinemps, pour retirer ce qu'ils vous doivent enore. Il est à espérer que ceux du clergé du joins se feront un devoir do ç'aequitt^r.
'*Pour ce qui est du projet de vous retirer à THospiee (Saint-Michel), je vous en prie, pensez-y sérieusement avant que de vous décider. Vous ne pouvez et ne devez pas vous sacrifier à ce point. Votre paroisse en murmurerait et pourrait en souffrir. Et à quoi aboutirait cette démarche ? A économiser un peu : mais ce ipeu vous sauverait-il ! Encore une fois ne précipitez rien en cette grave démarche.'*
14 décembre 1859 : **Je suis content de la décision prise par les directeurs de l'Hospice des prêtres infirmes de renoncer au projet de substituer les soeurs de Jésus-Marie aux soeurs de la Charité dans /la direction de cet établissement : .puisque l'on est persuadé que cette substituti'pn ne pourrait faire disparaître les difficultés que l'on reneontre pour faire subsister cette maison.
"Vous croyez qu'un pensionnat sera un moyen de la soutenir. Je vous ai toujours dit que c'était mon intention de vous permettre d'en avoir un. Vous connaissez les raisons qui m'ont empêché jusqu'ici de vous donner eette permission. C'était une affaire de temps. Ce temps est-il venu ? pas encore cette année. Mais j'espère qu'il sera arrivé au commencemeut (\p l'année prochaine.
**S'il est possible, je vous permettrai donc l'année .prochaine d'avoir un pensionnat, aux conditions que je vous ai déjà exprimées de vive voix.
"En attendant je vous conseille de rester dans votre presbj^tère, et de garder vos vicaires. Le parti que vous avez proposé, de vous retirer avec un seul vicaire à l'Hospice, afin d'économiser une somme suffisante pour ;payer les intérêts des dettes de cette maison en attendant de meilleurs jours, est un parti extrême qui pourrait compromettre votre santé, et nuire au bien de la paroisse. Vous ne devez pas vous sacrifier ainsi vous-même. J'en serais affli<;é ; vos amis qui désirent votre conservation comme moi, en seraient humiliés, et en murmureraient certainement.
''Ces considérations et bien d'autres doivent donc vous engager à renoncer à ce projet."
3 décembre 1859 : "Reçu votre lettre du 29 novembre. Je suis content de tout ce qu'elle renferme.
'Me vous envoie confidentiellement la co,pie d'une lettre que je viens d'envoyer à M. Poiré. Il est bon que vous en soyez informé afin que vous priiez avec moi pour le succès de ma demande et que vous engagiez vos bonnes reli-
gieuses qui sont grandes favorites de saint Joseph à le prier de se mêler nn peu de cette affaire, et à nous donner un coup de main. Dans ce cas elle réussira certainement."
13 mai 1860 : "Je ne puis admettre le .projet que vous suggérez, dans votre lettre du 9 de ce mois, d'engager vos Soeurs de Charité à commencer un pensionnat dans votre couvent comme un essai, avec l'intention de le leur ôter, dans le cas où l'on s'apercevrait que cet établissement porterait préjudice au couvent de Saint-Joseph. Ce serait abuser de la confiance et de la bonne volonté de ces bonnes religieuses que de les charger d'une oeuvre qui est en dehors des fins de leur institut, avec une arrière-pensée de la leur enlever, si elles avaient quelque succès. Il serait injuste de les punir de ce succès en les retirant de votre maison...
"Puis donc que vous voulez absolument avoir un pensionnat dans votre couvent, il faut vous résoudre à congédier les Soeurs de Charité dévouées au soin des pauvres, et les remplacer par les Soeurs de Jésus-Marie, consacrées à l'enseignement. Cette substitution a sa raison dans la vocation et la nature même des voeux de religion qui distinguent les deux
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congrégations religieuses. Personne ne peut trouver à redire à ce que chaque ordre de religieuses soit employé selon sa vocation. Et le supérieur ecclésiastique a droit d'exiger qu'il en soit ainsi. On ne pourra donc nous blâmer avec justice, ni vous, ni moi, d'avoir ôté les Soeurs de Charité de votre couvent, pour y mettre les Soeurs de Jésus-Marie, au moment où vous avez voulu y établir un pensionnat pour l'éducation des jeunes filles.
''Depuis que je vous ai vu, je me suis assuré que les Soeurs de Jésus-Marie seront prêtes à se charger de votre couvent, après la prochaine vacance, aux mêmes conditions que les Soeurs de Charité : c'est-à-dire de vous tenir compte de tout leur revenu, et de vous remettre, pour payer les rentes et dettes de la maison, tout ce qui leur restera, après leurs dépenses payées. Elles ne peuvent faire plus, et vcus no pouvez leur demander davantage.
"Quant au programme de l'enseignement qu'elles donneraient dans le p.ensionnat, ce sera celui qu'elle vous ont fait conn'aître l'automne dernier, et que je vous ai rappelé à notre dernière entrevue.
**Si Vous consentez à demander les Soeurs de Jésus-Marie pour cet automne vous voudrez
bien m'en informer, avant mon départ pour la visite pastorale, afin que je prévienne la supérieure de vos Soeurs de Charité de cette résolution. ' *
18 mai 1860 : ''Il m'est vraiment pénible d'être obligé de vous répéter, en réponse à votre longue lettre du 16 de ce mois, que je ne puis consentir à permettre aux Soeurs de Charité de tenir un pensionnat d'éducation dans votre couvent, pour les raisons que je vous ai fait connaître de vive voix.'*
** Inutile d'ailleurs de vous dire que je ne puis non plus me charger du dit couvent, comme vous me le proposez.
''Veuillez donc bien me faire connaître tout simplement votre décision, que je vous ai déjà demandée dams ma lettre du 13 de ce mois, relativement à l'offre que je vous ai faite des Soeurs de Jésus-M'arie pour la tenue du pensionnat que vous désirez établir."
26 mai 1860 : "Dans votre lettre datée d'hier, vous me dites que "les directeurs de l'hospice (qui n'ont rien à voir au couvent) ne peuvent pas consentir à demander les Soeurs de Jésus-Marie pour les substituer aux Soeurs de Charité."
"Ji 'automne dernier, ces messieurs, comme
vous, ont consenti à les lavoir et les ont demandées. Maintenant ils ne les veulent plus. C'est fâcheux. Moi je ne vous ai pas formellement promis, mais je vous ai fait connaître, à la même époque, mon intention de vous permettre d'avoir un pensionnat dans votre couvent, et je suis encore dans les mêmes sentiments à cet égard. Mais, je vous le répète, c'est à condition que ce pensionnat sera confié aux Soeurs de Jésus-Marie : et je vous déclare bien formellement que je ne puis le permettre autrement. Quant aux engagements que les dites Sours de Jésus-Marie sont prêtes à prendre avec vous, à l'égard de ce pensionnat, je vous les ai dâj'à fait connaître dans ma lettre du 13 du courant."
14 juillet 1860 (de Saint-Fabien) : ''Dans votre lettre du 9 du courant, vous m'annoncez que ''vous ne pouvez agréer la substitution des ;Soeurs de Jésus-Marie aux Soeurs de la Charité. Vous devez vous rappeler que ce n'efc^t que pour vous obliger, et dans l'unique but de me rendre à votre désir d'avoir un pensionnat dans votre couvent, que je vous ai proposé cette substitution. J'aunais certainement beaucoup mieux aimé laisser les choses comme elles étaient.
*'Je me réjouis donc de ce que vous êtes décidé à garder les Soeurs de Charité et, par conséquent, à n'avoir point de pensionnat dans votre couvent. Nul doute pour moi que de cette manière tout ira bien, pour la plus grande gloire de Dieu."
Malgré le refus de Mgr Baillargeon, le curé Déziel n'en continua pas moins à solliciter l'ouverture d'un pensionnat dans le" couvent de Notre-Dame de Lévis.
A l'automne de 1860, une requête signée par un grand nombre de paroissiens de Léris demandaient à l'autoritç ecclésiastique l'ouverture du pensionnat tant désiré.
En 1861, 1862, 1863 et 1864, les démarches se continuèrent.
Enfin, à l'automne de 1864, Mgr Baillargeon se laissiait fléchir, et le pensionnat de Lévis était ouvert régulièrement.