LE TRIOMPHE DES DAMES
Qui n'a entendu parler à Lévis du trioniplie que les dames firent, il y a un peu moins da soixante-dix ans, à l'Ihonorable M. François Lemieux ? Celui-ci venait de subir une lutte électorale très forte. Mais le vieux lutteur était parvenu à battre son redoutable adversaire le docteur J.-G. Blanchet, par une majorité de 421 voix.
Ce triomphe eut lieu le 30 décembre 1851, la lendemain de l'élection.
Nous trouvons un compte-rendu de ce triom. phe dans le ''Canadien" du 11 janvier 1852.
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Que les amis de Thonorable M. Lemienî^ iisait le *' Canadien", se soient réjouis de leur i^ictoire ; qu'on lui jait fait un triomphe éclatant, cela est tout naturel ; en effet, il est si ioux de se réjouir après la victoire et de se •eposer à l'ombre des lauriers qu'on vient de 3onquérir, mais ce que nos lecteurs ne savent peut-être pas et que vos laimables lectriîes surtout apprendront avec plaisir, c'est lu 'après le magnifique triomphe fait à M. Lenieux par ses partisans, il y eut une lautre dénonstration plus pompeuse encore, préparée Dar les dames, qui voulaient aussi manifester eur joie à leur digne représentant et lui monter par là qu'elles n'avaient pas été tout à. 'ait indifférentes à la lutte électorale. Ce fut 'hommage rendu à M. Lemieux, par une cenaine de dames d'origine française et anglaise, de Notre-Dame et de Saint-Joseph, qui vin- •ent le lendemain, dans un convoi de 40 voitures, féliciter Thon. M. Lemieux, sur sa rééleeion, en lui présentant un magnifique bouquet. Madame Déry, étant la plus ancienne des danes, avait été choisie pour présenter ce bouluet au nom de toutes les autres.
**I1 convient de faire mention des belles et jches décorations préparéos pour la eircons-
tanee autour de la maison de L, Carrier^ écuyer, lesquelles consistaient en des milliers de drapeaux de tous les emblèmes, entr 'autres y figuraient le Standard anglais, le pavillon portant les emblèmes nationaux des royaumes unis de la Grande-Bretagne, ainsi que celui de notre cher Canada, lesquels étaient eutr*emêlés d'arbres et de festons élégiamment arrangés depuis la maison de M. L. Carrier jusqu'à la voie publique.
'*M. Lemieux fut très heureux dans sa réponse à l'adresse des dames, et quoiqu'ému à la vue d'un mouvement de reconnaissance si spontané, son improvisation fut admirablement bien appropriée à la circonstance, et après avoir exprimé toute la joie et le plaisir dont son coeur était rempli en ce moment il parla d'une manière admirable de la destinée de la femme et du rôle qui lui est destiné dans nos sociétés chrétiennes. Le nom des femmes célèbres de notre siècle et surtout de l'impératrice Eugénie, et de notre gracieuse souveraine Victoria, fut prononcé au milieu d'un tonnerre d'ap: plaudissements.
"M. G. Talbot, avocat de Québec, qui se trouvait par hasard présent, fut appelé à adresser la parole aux darnes^ et avec l'habile-
té et la gaîanterie qu'on lui connaîty il serait par trop inutile de dire qu'il s'est bien acquitté de sa tâche.
"Sur les entrefaites, une gracieuse invitation força les heureux vainqueurs à passer dans une pièce voisine où les attendait une excellente collation préparée par Mme L. Carrier, et une chanson composée pour la circonstance fut chantée par Mme Itogers, Mlle Breakey et quelques autres dames, sur un ton si mélodieux qu'on sembla oublier, pour un instant, la suavité des mets pour n'entendre que ces aimables cantatrices. Mais malheureusement au milieu de ces réjouissances, le temps qui compte toujours s'enfuit avec rapidité, vint nous avertir que l'heure était avancée, et à peine avons-nous goûté quelques délassements après cotte lutte électorale, que déjà il fallait songer à se séparer.
''Le eonvoi parcourut une partie de la paroisse Notre-Dame, au milieu des hourrahs des nombreux amis de M. Lemieux, et sur les cinq heures du soir chacune de ses aimables dames outrait dans ses foyers".
Le "Canadien" terminait son eompte-rendu par le souhait suivant qui dût eller au coeur de l'honorable M. Lemieux :
**Si la vie politique a ses dégoûts et ses déboires, espérons qu'après une lutte glorieuse soutenue par tous ses amis ; après un triomphe éclatant de la part de ses partisans, et surtout après un témoignage d'estime aussi distingué que celui qui vient de lui être offert par les dames de la paroisse de Notre-Dame et de St-eToseph, M. Lemieux trouvera le fardeau de la vie publique doux et léger, et qu'il continuera encore longtemps à défendre les intérêts d^un comté qui sait si bien apprécier tout ce qu'il a déjà fait pour lui.