LE PREMIER CONSEIL MUNICIPAL DE LEVIS ET LE GOUVERNEUR HEAD
Le 8 octobre 1855, le gouverneur Sir Ednund-Walker Head laissait Québec, après ivoir reçu unei adresse très flatteuse du maire et du conseil de ville, pour aller résider à Foronto, qui devait être le siège du gouverlement pour les quatre années à venir.
Quatre jours plus tard, le 12 octobre, les îitoyens de Hamilton donnaient un banquet à iir Edmund-Walkeir Head. Au cours de ce dîler, le gouverneur-général, répondant à sa janté, prononça les paroles suivantes :
''As we look to the east to see the sun rise :o persue its daily journey so, in Canada, we ©olc w«stw»rd, to observa the grettest pr«-
jjress in wealtîi and population. There are ûia ny circumstances, as you are aware, to whici the superiority of our western country ma: be attributed. It is owing to the superiority o: the race from which most of you have-sprunig , owing to the fertility of the soil, and the mo deration and salubrity of the climate ; owinj to the advantages of position and of interna communication. ' '
'*De même que nous regardons vers l'esl pour voir le soleil se lever et poursuivre sj course journalière, de même, en Canada, nou« regardons du côté de l'ouest pour observer \ei plus grands progrès en richesse et en population. Il est, comme vous le savez, diverses cir constances auxquelles on peut attribuer cette 'prééminence de notre contrée de l^uest. Ell< est due à la supériorité de la racei dont la plupart de vous descendez ; due à la fertilité di sol, à la douceur et à la salubrité du climat due aux avantages de votre position et de voî communications intérieures."
Le discours du gouverneur Head publié dans les journaux du Haut-Canada souleva une véritable tempête dans le Bas-Canada.
Le gouverneur Head, s 'apercevant mais un
peu tard qu'il avait fait uue bévue, essaya de la réparer.
Le 2 novembre, parlant à Toronto, il tenta d'expliquer ses paroles de Hamilton, mais son explication était plutôt boiteuse.
Le sentiment bas-canadien était tellement monté contre lui que riionorable M. Sicotte, orateur de la Chambrei d'Assemblée, refusa nettement d'assister à un dîner auquel il Tinvitait.
La municipalité de Notrc-Diame de la Victoire avait alors pour maire le docteur Joseph- Goderic Blanchet qui devait bientôt représenter le comté de: Lévis au Parlement. Les conseillers étaient M'M. Thomas Fraser, Pierre Couture, Jo-seph Carrier et Ma gloire Carrier. Le notaire Léon Roy agissait comme secrétaire-trésorier. Tous étaient d'ardents patriotes, fiers de leur race et de leur origine. Aussi ressentirent-ils vivement l'injure faite à la race canadienne-française par le représentant de Sa Majesté la reine Victoria en Canada.
Le 3 décembre 1855, le conseil municipal de Notre-Dame de la Victoire adoptait unanimement la résolution suivante :
"Proposé par M. Magloir»/ Rt'gin, ^oeondé P'i^r M. Thomas Frfif^cr •
— IftO —
''Que ce conseil a appris avec chagrin qu« Sou Excellence le gouverneur-général, dans son discours public prononcé à Hamilton, avait attribué les progrès du Haut-Canada à la supériorité de la race qui l'habite, la race anglaise, et que l'explication qu'elle en a donnée à Toronto n'est pas satisfaisante, en ce qu'elle maintient l'infériorité politique des Canadiens-français qui habitent le Bas-Canada ; que ce. conseil proteste contre cette opinion et déclare, que la racei canadienne- française n'est inférieure à aucune autre, soit sous le rapport militaire, et que la section canadienne^française de l'administration devrait aussi proteste^r contre une insulte aussi peu judicieuse lancée à ses compatriotes." -
L'HOJM^ICE ST ^riCHEL
Le couvent des Soeurs de la Charité de cette ville fu^t à l'origine affecté en partie à un liospioe destiné à l'ecevoir les prêtresi malade» ou infirmes. Cet hôpital ou maison de repos fut connu sous le nom d'Hospice Saint-Michel.
Les initiateurs ou fondateurs de l'Hospice
SaJint-Michel furent M. le cwvé Déziel et MM. lest abbés Béland, curé de Saint- Antoine de Tilly, Villeneuve, curé <le Saint^Charles de Bdllechasse, C. N. Fortier, curé de Saint-Michel de Bellechasse, Pascal Ponliot, curé de Saint-Gervais, et J. B. OiMBnier curé de Saint- Henri de Lauzon.
Le 24 mai 185G, les pi'êti^s sn'smentionnés adresisaient le prospectus suivant à toufj les prêtres du diocèse de Québec :
"Messieurs et vénérés confrèi'es,
'^Kous croyons êti^ les interprêtes des jgientiments de ch/acun de vous en venant suggérer pespectueusement au clergé de ce diocèse, d'ouvrir un lieu de refuge aux prêti'es âgés, infirmes ou malades, de leur procurer une demeui^ ou ils puissent se reposer à la fin de leurs travaux, se i)reparer dans le recueillement au voyage de l'éternité, ou bien réparer leurs forces épuisées. Il n'est pas un seul ecclésiastique qui ne regi-ette d'apei\!evoir cette lacune dahs nos institutions, et qui ne soit affligé en voyant les vénérables vétérans du sacerdoce confiés à des maiu's mercenaires et souvent peu inteUigieutes. Dernièrement encore, deux curés atteints, l'un d'intirliiitwB qui Tout conduit depui» au tombeau, et
l'auti'^ d'une niala<lie très grave qui l'equémit les soin-s les plus asidus, ont éprouvé beaucoup de difficultés à se les procurer, malgré les moyens pécunaires qu'ils avaient à leur disposition. Ce n'était cependant que la réit^ ration de circon>stan<!es également ou même pluiH pénibles, dans lesquelles s'étaient trouvés par le passé plusieur» de leurs confrères. Combien d'autres, dans leur dernière maladie, nous ont déclaré qu'un pareil hospice aurait été pour eux une admirable providence.
"Les raisons suivantes seront appréciées de tous ceux qui se sont occupés de ce sujet ; et nous sommes p^ersuadés qu'il suffira de les placer sous les yeux des autres pour obtenir leur assentiment.
" 1. Le clergé du diocèse est maintenant assez nombreux pour que la fondation de cet établissement ne soit pas trop onéreuse, en prenant la simplicité et l'économie pouT base de l'entreprise.
"2. Les secours réunis ont plus d'efficacité et reçoivent par l'association une garantie de durée ; les résultats obtenus par notre caisse le prouve amplement.
"3. L'on a l'offre d'un site admirable et d'un terrain spacieux, voisin d'une église,tout près du fleuve, à deux pas de la ville^ dan«
Î^otre-Dace de la Victoire. C^est un terrain 'aisant partie de l'emplacement appelé le "donaine'', obtenu gratuitement de la libéralité lu gouvernement.
"4. Une communauté de religieuses occu- >ée8 des oeuvres de charité, est sur le point l'être appelée, dans oete localité; la proximié de leur couvent, en voie de construction, permettrait aux prêtres malades d'obtenir eurs soins inappréciables. Cette condition importante qui avait fait l'objet de la pré).''!!!- ►ation de notre vénérable archevêque, se trouera ainsi réalisé dans ce plan confié à des k>eurs de Charité, l'hospice Téunira aux aures conditions celle qui vient d^être mentionlée et qu'un si petit nombre de paroisses peuent présenter.
**5. Le local présente à la fois les avantaes de la ville et ceux de la campagne ; il est entrai x>our tout le diocèse; les médecins de 1 ville peuvent y être appelés aussi facilement ue dans aucune autix^ paroisse voisine; lea ateaux traversiers les mettent durant l'été n relation quotidienne avec leurs confrères es pai"oisses de Québec et des environs; il« euvent y recevoir de temps en tempo la visi- 9 de leur premier pa«teur avantage dont jte
seraient privés ailleurs qu^auprès de la rille Du reste, la beauté et la magnificence du sit sont connus et n'ont d'égal dans aucune parti du Bas-Canada.
"On ne peut parvenir à la réalisation de ce plan dans les circonistances actuelles, que pa une souscription des membres du clergé; e comme aucune exhortation n'est comparabl à l'exemple,, nous prenons tout de suite l'iui tiative.
"Par nos contributions nous voulons prou ver combien vivement lous désirons l'exéca tion d'une entreprise d'une si haute importan ce pour le corps sacerdotal.
^La isomme requise pour parfaire l'édifice^ tant à l'extérieur qu'à Fintérieur, a été estimée approximativement à 2,500 louis. Pour former ce montant, il est nécessaire de compter sur toutes les ressources dont le clergé peut disposer, même sur celles de Messieui*s les vicaii^es^ dont les moyens sont naturellement très modiques, mais qui ne doivent pa's craindre de s'unir à leurs confrères, quelque faible que soit leur contribution. L'appel fait aujourçl^hui à la libéralité de tous sans exception, a pour mobile, on le comprend aisément, "les intérêts et l'honneur" de tout le clergé.
Il tsera entendu et accueilli avec bienveillance, nous en avoms la ferme aissuranoe.
'Vous êtes prié de transmettre à M. Déziel, curé de Kotre-Dame de la Victoire et d'ici à un mois de cette date, les réponses dont vous voudirez bien nous "honorer. Toute observation ou suggestion sera reçue avec reconnai-ssance. Ausisitôt que le terme sera arrivé, nous vous adiresserons la liste des souscripteurs, en priant ceux-ci de choisir quatre d'entre eux pour former ,avec M. le curé de Notre^ Dame de la Victoire, un comité chargé de faire les plans, de demander des soumisisions, de passer des marchés, de surveiller les constinic- "^ions^ etc. Ou comprend que le cu?é doit néeessairement faire partie du comité, jwur assurer les transactions avec la fabrique.
''Nous croyons qu'un mode de faciliter la souscription serait de répartir le montant souscrit sur trois années, au moyen de ces engagements, les ouvrages pourraient être entrepris très facilement, sans trop fatiguer les souscripteurs et sans le moindre désavantage pour les ouvriers. Le premier paiement sera exigible au commencement d'août prochain.
Mgr l'administrateur, auquel le plan cijoint a été communiqué, a bien voulu en re-
connaître Turgence et en approuver le but avec empressement.
**Dans l'espérance que ce plan recevra votr« concours nous attendrons votre réponse et demeurons, vénérables confrères,
Vos très humbles et respectueux confrères,
"P. Béland, Ptre, curé de Saint-Ajitoine ; P. Villeneuve, Ptre, curé de Saint-Gharles ; C. N. Fortier, Ptre, curé de Saint-Michel ; P. Pouliot, Ptre, curé de Saint-Gervais ; J. B. Grenier, Ptre, curé de Saint-Henri ; J. D. Déziel, Ptre, curé de Notre-Dame de la Victoire.
''Notre-Dame de la Victoire, 24 mai 1856."
Le plan mentionné dans le prospectus que nous venons de reproduire se lisait comme suit :
"1. Il sera bâti par souscription un asile destiné à recevoir les prêtres âgés, infirmes ou attaqués d'une maladie dans le diocèse de Québec.
"2. Tout prêtre souscripteur, autorisé par l'archevêque ou l'évêque de son diocèse à se retirer du saint ministère, aura droit de fixer son séjour dans l'hospice et d'y demeurer jusqu'à ce qu'une fonction ecclésiastique lui soit confiée, suivant les conditions du règlement ^ui sera ^ait plus tard par les souscripteurs.
"3. Aussitôt que les bâtisses seront terminées, le terrain et l'édifice seront remis en pleine propriété à la Caisse de Saint-Michel, si elle veut l'accepter, ou à une autre corporation ecclésiastique.
"4. Les règlements de l'Hospice ne deviendront obligatoires que quand ils auront été iprouvés par Monseigneur l'archevêque' ou par Monseigneur l'administrateur.
**5. Quatre prêtres choisis par les souscripteurs formeront un comité chargé de surveiller les constructions conjointement avec Monsieur le curé de Notre-Dame de la Victoire.''
Ce plan avait été approuvé 'par Mgr Baillargeon, évêque de Tloa, le 6 avril 1856, dans les termes suivants :
** J'approuve bien cordialement le projet mentionné dans ce prospectus, et je serai heureux de le voir encouragé par MM. les curés et autres membres du clergé de ce diocèse.
Les premières souscriptions reçues en faveur de l'Hospice Saint-Michel furent celdes de Mgr Baillargeon, 50 louis ; de M. l'abbé Béland, 100 louis ; de M. l'abbé P. Villeneuve, 100 louis ; de M. l'ahbé C.-N. Fortier, 100 louis ;
de M. l'abbé P. Pouliot, 100 louis ; de M. le curé Déziel, 100 louis ; et de M. l'abbé J.-B. Grenier, 40 louis.