A LEVIS
Les vieillards se rappellent qu'eu 1855 une corvette française — la ''Capricieuse'' — fit un séjour de plus d'un mois dans le- port de Québe<î. C'était le premier vaisseau de guerre français qui jetait l'ancre devant Québec depuis la conquête. C'est à l'occasion de la visite de la ''Capricieuse" que le poète Octave Crémazie composa son poème si touchant "Le vieux soldat canadien." Il le terminait par un "envoi" à la mode du temps :
Vous partez. Et bientôt voguant vers la
patrie, Vos voiles salueront cette mère chérie ! On vous demandera, là-bas, si les Français Parmi les Canadiens ont retrouvé des
Frères ?
Dites-leur que, suivant les traces de nos
pères, Nous n'oublierons jamais leur gloire et
leurs bienfaits.
Car pendant les longs jours où la France
oublieuse
lu
Naus ïaissait à nous seuls îa tâche
glorieuse De défendre son nom contre un nouveau
destin, Nous avons conservé le brillant héritage Légué par nos aïeux, pur de tout alliage Sans jamais rien laisser aux ronces du
chemin.
On peut croire que les marins de la * 'Capricieuse" furent reçus comme des frères par tous les Canadiens-Français de Québec et des environs. On était alors pendant la guerre de Crimée et les Anglais de Québec s'unirent aux Canadiens-Français pour bien recevoir les cousins de France. Les ** vieux" parlent encore du bal qui fut donné en leur honneur, sous une immense tente aux environs de la Terra.^ se.
En deux occasions, les matelots de la * 'Capricieuse" rendirent des services signalés à la population de Lévis pendant leur séjour dans le port.
Le 23 août 1855, dans l'après-midi, le feu se déclarait dans une grange appartenant à M. Julien Chabot père. Elle contenait entre 4 ou 5000 bottes de foin. Aussitôt qu'on aperçut l'incendie de la corvette on envoya à terre une
partie de V équipage. Le© braves marins Tendirent de grands services, et parvinrent à empêcher le feu de se communiquer à d'autres bâtiments au moyen des pompes à incendie qu'ils avaient amenées.
Le lendemain, 24 août, un nouvel incendie se déclarait à Lévis, dans un hangar appartenant à M. Thomas Fraser et situé à l'endroit où est aujourd'hui la résidence de M. Rodolphe Audette, président de la banque Nationale. Cette fois encorci, soixante marins de la * ''Capricieuse" descendirent à Lévis et travaillèrent comme des Troyens pour circonscrire l'incendie. Ils étaient aidés par une escouade de voltigeurs-pompiers de Québec, qui avaient amené avec eux la pompe "Mouche-à-Feu."
L'eau étant venue à manquer dans le puits de M. Fraser, les Voltigeurs-pompiers descendirent avec beaucoup de difficulté leur pompe sur le bord du fleuve, et de là ils pompèrent avec une force et une endurance qui leur attirèrent les félicitations de tous. Pour atteindre les flammes, la "Mouche-à-feiu" lançait un jet à plus de 100 pieds de distance avec une longueur de boyau d'environ 140 pieds.
La *' Capricieuse '^ leva Tan ère le 25 août 1855, à dix iheureis du matin.
Le commandant de Belvèze et ses officiers R 'étaient fait un grand nombre d'amis pendant leur séjour dans le port de Québec.