‹ Glanures levisiennesChapitre 4 sur 48 · LE PREMIER FEU D'ARTIFICE A LEVIS · texte numérisé non relu

LE PREMIER FEU D'ARTIFICE A LEVIS

Savez-vous quand a été tiré le premier feu d'artifice à Lévis ? Ne fatiguez pas votre mémoire pour vous rappeler si vous avez vu ce feu d'artifice. Ni vous, ni votre père, ni votre graiid-pèrC; ni votre arrière grand-père, n'avez assisté à ce feu d'artifice.

Ce fut le 11 septembre 1730 qu'eut lieu cette réjouissance.

Et voici pourquoi.

Le 4 septembre 1729, Marie Leczinska, époui^Q du roi Louis XV, donnait naissance à un f:ls, le dauphin. La nouvelle n'en parvint à Québec que le 1er avril 1730. On décida de célébrer cet heureux événement par des fêtes grandioses. Le feu d'artifice tiré de Lévis le 11 septembre 1730 faisait partie du programme de ces fêtes.

La chronique nous apprend qu'il se dressais en face du château St-Louis. On peut conjecturer qu'il se fit sur la ''butte à Martineau" eu peut-être même dans le canton Labadie, l'UV ïe (îbâtenu St-Louis «'(^levait U <>ti e^t Iç

château Frontenac de nos joarfe,

C^est à rissue d'un dîner donné par le gouverneur que se fit le feu d'artifice du 11 septembre 1730. Après le dîner, le gouverneur de Beauharnois invita toute la société à contempler le feu d'artifice des fenêtres et de la galerie du château Saint-Louis.

On à conservé une relation officielle du feu d'r.rtifico et de Tillumination du 11 septembre 1730. Extrayons-en les lignes suivantes qui nous permettront d'en avoir une idée :

** Après le chant du *'Te Deum'', le gouverneur général, l'intendant et le lieutenant de roi se rendirent au feu de joie. Toutes les trovipes et les milices étaient en bataille. Ils allumèrent le feu qui avait été préparé, et crièrent à haute voix : ''Vive le roi !^' On y r<*-pondit d'une manière si naturelle qu'il était aiso de voir que le coeur avait la première part à ces acclamations. Elles ne finirent que par le bruit des boettes et de toute rartillerie de la place et des vaisseaux de la rade.

*•' Aussitôt toute la ville panit illuminée ; et M. le gouverneur général étant rendu au château, avec M. l'intendant et tous les officiers, il donna le signal pour tirer le feu d'artifice, qu'on avait dreasé de l'antre côté de la rîvièi

re, II faisait face au château. II parut de son centre une flèche, de laquelle partit nombre de fusées de différents goûts, avec un soleil qui monta du bas en baut^ et d'autres à tous les coins* Dans les flancs il y avait un **Vive le Roi ' \ formé par des lumières artificielles, qu'on distinguait d'une demi-lieue",

La relation officielle décrit ensuite avec force détails l'arc de triomphe élevé à la grande porte du château Saint-Louis.

C^t arc de triomphe était garni d'un sî grand nombre de lampions que^ avec les lumières dont toates les croisées du château étaient remplies, il donnait l'illusion du jour. Et la relation ajoute que tout le monde en fut si content que, malgré qu'on eût illuminé trois jours consécutifs, on demanda par des cris de **Vive le roi** qu'on donnât encore cette sa* tisfattion : ce que M. le gouverneur-général accorda,*'

Le dauphin, dont les Québécois célébraient la naissance en 1730, ne monta jamais sur le trône. Il mourut en 17 G5, neuf ans avant son père, le roi Louis XV. Il fut le père de Louia XVI, de) Louis XVIU et de Charles X.

uM^'m Ai^JBÏÏS SaN DBFART DIS LA NOUVELUÏÏ-FBANCB

Les Lévisiens ont trop la passion des souvenirs du passé pour ne pas suivre avec intérêt la carrière du brave général de Lévis, dont I<;ur ville a pris le nom, après son départ de la Nouvelle-France.

C'est à l'automne de 1760, quelques mois îir.rès sa glorieuse mais inutile victoire de Sainte-Foy, que le chevalier de Lévis se reniibarqua. pour la France. Il mit pied à LaRochelle le 26 novembre.

On se rappelle que d'après la capitulation conclue entre le gouverneur de Vaudreuil et le général Amherst, les officiers français ne devaient pas servir du reste de la guerre entre la France et l'Angleterre. Le chevalier de Lévis avait la légitime ambition d'avancer et pareille condition lui était très dommageable.

Il S'adressa directement au célèbre premier ministre d'Angleterre William Pitt, pour en obtenir une exception en sa faveur.

Pitt la lui obtint tout de suite maïs il avait la liberté de combattre en Europe seulement.

P'^f lui fit écrire par le vicomte Ligonier :

"Vous êtes donc en liberté de servir, mais eu Europe seulement. Si le roi excepte TAméîique, c'est votre faute, vous y avez servi avec trop de distinction."

Le chevalier de Lévis prit le service dès l'été de 1761.

L'année suivante, il se signalait par sa bravoure à Johannisberg.

En 1763, il gagnait son bâton de maréchal de France.

En 1769, à la mort du duc de Chaulnes, le marquis de Lévis fut nommé au gouvernement d'Artois. Comme partout où il avait passé, il sut se concilier l'affection des troupes et celle des habitants.

Quelques années plus tard, lorsque Ton forma la maison militaire de Monsieur, plus tard Louis XVIII, le marquis de Lévis reçut le commandeanent de la Compagnie de ses Gardes.

Le 5 avril 1780, le marquis de Lévis succédait au comte de Chabot dans l'importante charge de gouverneur d'Arras. On lui fit une superbe réception à Arras.

En 1785, le roi de France a<îcordait tm derwer hontïfsnr ji\i xnsirqui^ï d« Lèvîsi. V prî^/iît

etn sa faveur la terre d'Avcsiaes m ûnthê héréditaire.

Le due de Lévîs habitait ordinairement Paris. En 1787, il quittait sa résidence de Paris, malgré Tavis de ses médecins, qui le trou> vaient assez sérieusement malade, pour aller présider à Arras les Etats d'Artois. Arrivé à Arras le 22 novembre 1787, il prit immédiatement le lit et mourut le 26 novembre, précisément la journée fixée pour l'ouverture des Etats. Le héros de Sainte-Foy était âgé de 68 ans et 3 mois.

Le corps du maréchal de Lévis repose dans la cathédrale d 'Arras.

Le duc de Lévis se donnait les titres de lieutenant-général des armées du roi, chevalier des ordres royaux de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem, grand bailli d'épée dei Villiers la Montagne, premier gentilhomme de la chambre du roi Stanislas, chapitre des Gardes du corps de Monsieur, gouverneur-général de la province d'Artois, et gouverneur d'Artois.

A son décès, les députés d'Artois décidèrent que sa fille, Marîei-Gabrielle-Artoîs, tenue sur les fonts baptismaux par les Etats, en avril 377^. serait dotée par la proviace.

Feu M, Léon Ledieu, traducteur au Parlement de Québec, qui était originaire d'Arras, aimait à parler du duc de Lévis dont le souvenir était loin d*être oublié dans sa ville natale. La caserne où M. Ledieu avait fait sou service à Arras portait le nom de ''Quartier Lévis", en Thonneur de la plus belle gloire militaire de la Nouvelle-France.

GUILLAUME IV, BOr D 'ANGLETERRE, A LEVIS

Les lévisîens seront probablement fort étonnés d^apprendre qu'un roi, pas un Roy comme nous en avons tant ici, mais un roi parfaitement authentique, a visité nos parages. Que les curieux se consolent cependant de ne l'avoir pas vu. Avec la meilleure volonté du monde ils n'auraient pu même jeter un coup d'oeil sur lui car il y a plu» d'un siècle qu'il a passé ici.

Dans rété de 1787, k frégate la ''Pegasus", de 28 eaxio&S; mammàêt p»r U prînct WH-

liaMï-Heury, trciKième iils du roi Georges 111, fit un arrêt de près de deux mois dans le port de Québec. C'est au cours de cet arrêt que le prince William-Henry traversa à Lévie. Mais laisson» la parole au notaire Boisseau, un contemporain.

"Le 6 octobre 1787, dit-il, le prince débarqua à Lévis avec plusieurs de ses officiers, dans le dessein d'aller visiter par curiosité quelques maisons d'habitants, sans y être connu, ce qui était facile) à faire parmi eux qui s'occupent plutôt à leurs travaux champêtres qu'à savoir distinguer un prince d'avec une personne de qualité inférieure.

*'Le prince entra dans une maison où il ne trouva qu'une femme, mais une de celles qui sont vigoureuses et qui ne craignent rien, et qui feront volontiers le coup de poing ave^c plusieurs hommes si l'occasion s'en présentait. 11 demanda à cette femme une terrinei de lait à boire. Elle lui répondit d'un air farouche, qu'elle lui en donnerait s'il voulait la payer et ne pas faire comme quantité d'autres jeunes étourdis d'officiers qui venaient tous les jours chez elle lui demander du lait à acheter, et qui, quand ils l'avaient bu ou mangé, s'en retournaient sans payer.

Lei priuce lui dit qu il û 'tn agirai ti paai ainsi, et après l'avoir assurée qu'elle ne perdrait rien avec lui, elle fut enfin chercher une terrine de lait.

*'Son Altejise Royale,, après l'avoir bu avec ses officiers, tira de sa pochd une portugaise, et la présenta à la femme qui la voyant, lui dit avec colère : — On voit bien que vous ne valez pas mieux que les autres ! Ils me présentent des portugaises à changer pour un demi-schelîing ; C'est bien me dire qu'ils ne veulent pas payer, car le moyen, poursuivit-elle, qu'une pauvre femme comme moi puisse changer une? portugaise, moi qui ai à peine de quoi acheter du pain. Les officiers ayant averti la bonne femme qu 'elle parlait au prince : — Quand ce serait la roi, répondit- elle, ce serait tout la même chose, il ne doit pas prendre ce qui m ''appartient sans le payer. Le prince, que l'aventure amusait beaucoup, dit à la bonne femme : — Eh ! bien ne vous fâchez pas, la bonne mère, prenez cette portugaise, c'est pour vous récompenser de ceux qui ne vous ont pas payée."

William-Henry avait alors 22 ans. Ce fut près d'un demi-siècle plus tard qu'il montsi

sur le trône sous le nom de Guillaume IV. 11 fut remplacé en 1837 par sa nièce, Victoria 1ère.

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