UNE AVALANCHE A LEVIS
La famille de M. Pierre Lefrançois maire de Devis de 1884 à 1885, et père du major Alfred Lefrançois, maître de poste, décédé il y à quelques années, fut daus la nuit du 15 au IG février 1869, la victime d'une terrible aventure qui fit sensation à Lévis (,lans le temps.
M. Pierre Lefrançois qui était mesureur de Ijois occupait alors la charge importante de gérant des immenses chantiers Young, au Grand-Tronc. Il habitait une maison sur la
rue St-Laureiit, un peu à l'ouest des chantiers^ au pied de la falaise.
Dans la nuit du 15 au 10 février ISOO, i)enflant une épouvantable tourmente de neige, au luomeuf où la l'aniille Lefrançois était pion- <^ée dans le plus profond sommeil une avalanche de neige d'un volume considérable se détachait de la cime du cap et venait s'abattre sur la nmison à deux étages de M. Lefrançois. Les ipans d'arriérée et d'ouest de la maison furent })resque entièrement, abattus par la neige, et les six êtres humains plongés dans le sommeil furent entièrement eng•lou1i^^ sous la masse énorme de neige.
Mais, la Providence veillait sur cette famille. Un des fils de M. Lefrançois, jeune 'liionmie d'une vingtaine d'années, couché <lans la partie nord de la mansarde, put s'éciliiaiiper. à moitié vêtu, et aller demander le secours des Vv isins.
Vu voisin, M. Deniers et ses garçons, s'élancèrent vers le lieu de la catastrophe avec des pelles et à force de travail et d'éiiei-gie, finii-ent i)ar enlever la neige qui recouvrait le lit < la ms lequel citaient couchés M. LefraiHjois et sa fenune.
Cette clunubrc élail lil téiai* im-ni u-uiplic de ncMiie.
M. et Mme Lel'raiiçois étaient saus coiiiiaiss .nce. Ils furent immédiatement transportés chez nu voisin. M. Lefrançois avait un brîis }>resque gelé. Les deux autres infortiuiés revinrent 'peu à peu à leurs sens.
Quelques instants plus tard,» on retrouva dans la même chambre un enfant de quatre . ans. Celui-ci, malheureusement avait cessé de \ivre. L'amas de neige avait fait renverser sur lui une pesante commode, et il avait à la tête une profonde blessure.
Mais l'oeuvre des courageux sauveteurs n'était pas terminée. Deux autres membres de la famille des jeunes filles, étaient encore NOUS la neii>e.
Où les trouver ?
La chambre où elles couchaient avait été (•()mi)lètenient enfoncée et la terrible avalanche l'avait entraînée dans la rue avec tout son coii- U'iiu.
Les MM. Deniers et quelipies autres voisins s(.' remirent ardùment à l'ouvrage. Aii bout de (jueîques instants ils furent assez peureux l)our trouver les chères petites filles sous leur éi)ais linceul. Elles étaient vivantes. L'une était dans un état de stu})eur indescriptible. L'autre semblait n'avoir rien ressentie, et elle remercia ses sauveteurs par \m sourire.
Les dommages causés à la maison de M. Lefrançois, inutile de le dire^ furent considéra-, liles.
Dans la môme nuit deux autres avalanclhes tcuubèrent de la cime 'du cap, mais ne causèrent pas de i)erte de vie ni d'accident. La première tomba en arrière de la maison du gardien de la barrière de péage, près du cliautier de MM. Dunn et Samson, constructeurs de navires. L'autre avalanclie s'abattit en arrière de la nuiison de M. J.-B. Beaulieu dans le quartier Lauzon. La cuisine-rallonge de M. Beaulieu fut entièrement écrasée.
LA (^VTASTKOniE DU 11 MARS 1809
Le souvenir dé la catastrophe arrivée chez M. Pierre Lefrançois, le IG février 18(>9, était encore dans l'esprit de tous les citoyens de Lévis, lorsque le 11 mars 18(iî), moins d'un mois après l'accident en question, une nouvel- ](i avalanche de neige, faisait cette fois (juatre victimes.
Le 10 mars 1809, la neige ^ rpousisée ])af un foi't vent du nord-est, n'avait ceSvSé de tond)er toute la journée. La nuit fut é(i)ou van table. La terreur régnait partout. A chaque instant, on croyait voir les maisons s'abattre jiar la fureur du vent. Les maisons les plus solides élaient ébranlées dans leurs fondements.
Le Iciuleniain, 11 mars vers les linit heures (lu niatiu. uue m'asse éuorme de neige se" détachait (lu haut du ea]), près de la barrière
Xo 1 et venait s'aibattre sur deux uraisons,
les uiettaut eu j^ièces toutes deux, et euseve- /issaut sou« leurvs découi'bres troiis familles composées de onze ])ersounes : Alexandre Koy, âgé de (>0 ans ; son épouse, âgée d'environ GO ans ; Mme Couture et ses cinq enfants ; Mme N. Tui'cotte avec un enfant de deux mois et demi et une Délie Plante, de Québec, qui se tiouvait là occasionnellement.
" La nouvelle de cette ^terrible catii strophe se répandit comme l'éclair, nous dit le " Progrès de I^vis ", du lendemain. Aussitôt on vit M. Etienne Samson en tête de tous les lliiomimes de sa fonderie, et un grand nombre d'autres citoj'en® accourir sur le lieu du sinistre afin de porter secours aux v^ietimes de cet accident. De sourdes et déchirantes la-' Tuentatioms se faisaient entendre sous douze à (ïuinze pieds de neige, de débris de bois, de b'iiques et de ])laqu<»s de poêles. A ce moment terrible, il fallut toute l'énergie de M. Samson et de M. Saint-Laurent ])our écarter la foule qui paralysait leurs efforts en gênant l'action des travailleurs.
^' Knfin^ on i)ut retirer une premièie vicli-
me, Mlle Plaute. Elle en était quitte pour <liielqiies douleurs aux reins et aux jambes.
'^ Mnt ensuite M. Ro}^ et sa femme qu'on Irouva morts tous deux. Le mari avait la tête ensanglantée et une blessure sur la poitrine. Une ])ièce de bois avait dû le tuer du couip. Quant à la femme, elle fut trouvée le eorips plié en deux, sans blessure mais morte asi^liyxiée.
' '^ Guidés })ar d'autres Cris, les travailleurs finirent par découvrir une main de femme qui s'agitait. On n'enleva pas moinis de dix pieds de neige et de décombre sur cette pauvre femme, avant de ])ouvoir la retirer. C'était Muie Turcotte^ vivante mais x>ortant de ghives blessures à la figure, ayant les mem(l)res meurtris, et l'estomac ])resque romi)u. Son enl'ant, jolie petite fille de deux mois et demi, fut trouvée morte. Cette ])auvre ])etite créiiture avait été frappée à la figure par un corps <lur. Une marque bleuâtre était tracée d'une oreille à l'autre. Mme Turcotte était resti'^e ]uvs dt^ deux heures sous les décomlbres.
'' Deis cinq enfants de madame Couture on put en retiier quatie, sauvés siiins trop de 'blessures^ mais la uu'mc et une autre de ses petites filles âgée d'environ six ans, étaient encore sou'S le» déçoit iibr(*«. In l'ait presque
miracnleiix 'c'est que Mme Couture Tut lancée dans la rue sous plusieurs pieds de neige et de décombres et que croyant la trouver quelque part à l'endroit où elles habitait, les travailleurs sortaient de la neige de là pour la jeter dans la rue. Mme Couture sentait le poids de la neige augmenter sur elle et la multitude qui passait et repassait au-dessus d'elle, fit un dernier effort et jeta un cri à se fendre les poumons. Heureusement qu'elle se fit entendre car il y avait déjà près de deux •heures qu'elle était ensevelie. Aussi il fallait voir avec quel zèle tout le monde travaillait pour arracher la pauvre fenxme, qu'on savait être enceinte^ aux prises avec In mort la plu?; terrible.
'^ Le prêtre et le médecin étaient là atten- <iant avec anxiété cette nouvelle victime, pour lui porter tous les secours qu'elle pouvait réclamer. Quelle ne fut pas la surprise de la multitude en voyant paraître Mme Couture, saine et s'auve, n'éin-ouvant qu'une simi>le lassitude et une peu d'engourdissement à un bras. Cette femme est douée d'une force de caractère vraiment admirable I Une fois sauvée^ elle s'écria : " Et mes pauvres enfants où sontils ? Hont-ils sauvés ? Elle n'avait nullement l'air d'une perscmne revenant de la por-
te (lu tom(beaii. Elle racontait que durant les deux girancles^ heures passées sous' son épais linceul, elle ne (perdit poiiit courage une seule foi^, et qu'elle se mettait sou's la protection de Dieu.
" Kestait encore une dernière victime, la I>etite fille de Mme Couture âgée de' six ans. Ce ne fut que vers les onze heures et demie qu'on put la retrouver dams la cave de la maison. Cette cib'ère enfant ne donnait plus que quelques signes de vie. Tout de çuîte les docteurs Lacerte et Rinfret firent l'impossible .pour la rappeler à la vie ; rien ne fut épargné par ces zélés môdecinis, mais ce fut en vain, il était ti-op tard, l'enfant rendit le <lernier sou- ])ir une heure environ après avoir été retrouvée. "
Le " Progrès de Lévis " terminait son compte-rendu en offrant les remerciements de la (l)oi)ulaiion de Lévis h tous ceux qui avaient travaillé comme des liéros pour aidei- au sau vêlage. Il nommait spécialement pjiiini ceux qui étaient les ])lus dignes d'éloges, 'MM. Iv tienne Siimson Beniamin Saint-Laurent, l'abhO Chaibot, vicaire de Notre-Dame, les kIoc- Icurs Lacerte et Kinfret, etc.^ etc.
Dui-ant cette même tempête, d'autres avalanches de neice avaient ausxi (mi lieu ailleurs
dans la ville de Lévis. La inagiiilique grange de Mme veuve Ohaibot eut son toit enlevé et écrasé. Les nuaisons de MM. Louis Roberge, Louis Saint-Laurent Pierre Lefrançois (c'était le second accident qu'elle subissait d'etpuis un ])eu i)lus d'un niois), Joseph Biais, de Tanse G^iapuian ; les maisons de MM. Georges Deschénes, Joly etc., du chantier TitoTbits, reçurent auissi des dommages considéraibles. Dans le quartier Lauzon, les fenêtres de la maison de M. Beaulieu fils, furent enfoncées |rar im éboulis de neige.