UN HOPITAL DE FIEVREUX A LEVIS
M. le docteur Gatellier, médecin du bureau de santé de la cité de Québec, se plaignant, il y a quelques année*, des personmea atteintes
de maladies contagieuses que nos médecins en* voient de temps en temps à l'hôpital civique de Québec, se demandait pourquoi noua n'établissions pas, ici un hôpital pour les contagieux. Nous nous demandons si notre ville est bien obligée de soigner les malades qui lui arrivent de toutes p^arts par les bateaux et les eheiuins de fer et qui, pour la plupart, ont leur billet pour Québec. Ce devoir ne retombet-il pa3 plutôt sur le gouvernement ? Sur dix malades envoyés à l'hôpital civique de Québec neuf sont des étrangers à notre ville. Il est vrai que nous avons ici de temps en temps des cas de variole, de diphtérie, etc., etc., mais pas assez souvent pour forcer k ville à établir un hôpital civique qui nous coûterait une jolie so'nme chaque année.
A propos d'hôpital civique nous surprendrons probablement bon nombre de nos lecteurs en leur disant que nous avons eu ici, il y a trois quarts de siècle, un hôpital pour les fiévreux.
L'hôpital en question était situé au pied de la Côte de la Cabane des Pères, un peu au-dessous du magasin de feu M. Sutcliff. Nous croyons qu'il ne reste aujourd'hui aucune trace de cet ^^'>nital.
"Au commencement de l'été de 1830, sur la suggesticii du docteur Jean Blanchet, un comi* té de la Chambre d'Assemblée décida d'élever à la Pointe de Lévy un hôpital temporaire où l'on pourrait recueillir et soigner tous les émigrrés atteints de maladies contagieuses comme le typhus et la petite-vérole. L'endroit choisi i'ut sur ie bord du fleuve St-Laurent, là même où s'élevait jadis la Cabane des Pères Jésuites. Le docteur Xavier Tessier, officier de santé et médecin, fut chargé de la direction.
"Le nombre total des malades reçus et traités dans rilôpital temporaire des Fébricitants à la Pointe de Lévy, pendant l'année 1830, s'éleva à 100, sur lesquels il y eut 26 cas de petite-vérole. Sur les 26 cas de petite-vérole, deux jeunes enfants, Tun âgé de 7 mois, et Tautrô de 6 mois;, moururent avant le troisième jour après leur entrée dans rilôpital. Le nombre total des inalades fût donc réduit à 98, dont deux: moururent donnant pour la mortalité une jiroportion de 1 mort sur 49 malades. L'fxamen post mortem des deux cas qui se îerminèn^Mt par la mort, démontra que la maladie éta.L incurable. On concluait de là que, clans les circonstances, et dans les institutions: I>lus favorablement situées que ne Tétait mV
eessainmfetit Thôpital des fébricitants, d'après la nature de sa destination, la proportion des morts «urnit dû à peine excéder un sur 60 ou
'^Pour juger du succès qu'eut le traitement des fébricitants, il suffit de comparer les ré- .sultats ru 'il donna 'avec les autres institutions du pays. En consultant les rapports publiés dans le temps par les journaux de Québec, on voit qu'eu 1830, le nombre des morts dans rhôpitai des émigrés de cette ville fut d'environ un sur 11.
*'1jo docteur Tessier, officier de santé, expliquait les raisons d'une si grande disproportion du nombre des victimes dans deux établissements placés en apparence dans des conditions et des circonstances semblables en disant qu'on en devait chercher la principale cause dans la salubreté particulière du lieu choisi pour 1'. hôpital.
**En vérité, disait-il, on croirait que toute la Pointe Lévis a été destinée par la nature à cette fin, la surface du terrain dans toute son étendue n'est guère qu'un roc nu recouvert d'ui»': si légère couche de terre, qu'en plusieurs endroits on ne peut le cultiver. Son exj>osition aux vents du nord-est et du sud-est, ^qui rè-
gnent presque continuellement dans eette partie, fournit un air frais constamment renouvelé, chose si désirable et si salutaire pour des personnes qui sont attaquées de fièvres brûlantes, surtout dans l'été.
*'En 1831, plus de 158 malades atteints de la picote ou de la rougeole furent encore admis à cet hôpital.
** Cependant les gens de la Pointe de Lévy, comme ceux du faubourg Saint-Jean de Québec, commencèrent à s'effrayer de ce sinistre voisinage et demandèrent à la Chambre de les en débarrasser au plus vite.
**Une longue enquête fut tenue (15 mars 1831). Il fut prouvé qu'en 1830 il n'était mort que deux personnes à llhôpital. Le Dr Frémont, à qui l'on demanda si l'hôpital avait eu quelque effet pernicieux sur la santé des habitants de Ja Pointe de Lévy, répondit qu^il ne s'était pas aperçu qu'il eut fait le moindre tort dans la paroisse.
**Les docteurs Frémont et Blanehet, John Davidson et l'abbé Patrick MacMahon, prêtre irlandais, déclarèrent de plus qu'ils croyaient | l 'hôpital de la Pointe de Lévy nécessaire, que Ton ne pouvait trouver uu établissement mieux
teun^ ni un site plut convenable pour le rôta* bliesement des malades.
^'Aii pvintemps de 1832, le bureau de santé décida d'abord que l'hôpital des fiévreux de 1» Pointe de Lévy ne serait pas mis en opération, vu que Ton trouvait sa ,position éloignée et désavantageuse sous plusieurs rapports et que les dépenses exigées pour son soutien étaient trop considérables, mais le gouvernement vota de nouveau 750 louis, afin qu'il fut continue.