‹ Glanures levisiennesChapitre 9 sur 48 · LEVIS · texte numérisé non relu

LEVIS

Combien parmi eeux qui font aujourd'hui la traversée entre Québec et Lévis dans les ba* teaux de la Cie de la Traverse, songent aux misères endurées par leurs grand-pères dans les anciens " horse-boats " ?

Le 'hovse-boat" était tout simplement un bateau portant de chaque côté des roues à palettes mises en branle par quatre ou six chevaux qui tournaient autour d'un gros poteau

vertitjil, t'ijpèce de tourniquet, qui communi- (îuait son mouvement à l'arbre de couche.

0»i se pjaint aujourd'hui de temps en temps d** nés bateaux de la traverse. On ne les trouve pas encore assez rapides. Les **horseboats". marchaient à pas de tortues si on les compare; aux bateaux actuels.

Les "horse-boats" disparurent il y a un^ soixantaine d'années. Ceux qui ont voyagé dai^s ces bateaux deviennent donc de plus en plus rares.

On nous communiquait ces jours derniers le récit de la première traversée faite en *'hors^îboat" par feu M. Norbert Duquet, éditeur de l'ancien ''Progrès de Lévis".

Ce récit vaut la peine d'être reproduit ici. On aura une idée des "peurs" qu'on éprouvait quelquefois à bord des "horse-boats".

"C'était en 1835, je faisais alors mon premier voyage de la campagne à la grande ville de Québec, ainsi que ma première traversée à bord d'un fameux "horse-boat". C'était un jour de marché, un samedi. La rade était bondée de navires, la brise était passionnée, et notre "liorse-boat" saluait de droite à gauche avec beaucoup trop d'émotion la vague Cjui le berçait sans merci, au point de tout fai-

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re rouler de tribord à bâbord.

**Ah î Je n'oublierai jamais cette terrible traversée ! et combien je serrai étroitement mon bon père qui me conduisait pour la première foi. s à la cité de Champlain. La situation devint tellement critique qu'un moment le capitaine laissa entrevoir que nous allions périr, car la force motrice du bateau (ses pauvres chevaux) était complètement paralysée, ces derniers refusant d'agir.

'* Vouloir retracer ici toutes les scènes qui se passèrent parmi les passagers, hommes, femmes et enfants, ainsi que la terreur qui s'était em,parée surtout de la plupart des femmes et des enfants, c'est chose impossible ; mais ce dont je me rappelle bien ce sont les paroles d'un vénérable vieillard, nui. n^^ rbarielet îl la main, dit avec calme et dignité :

— Allons, mes chers amis, du courage ; inutile de s'alarmer ainsi : mettons toute notre confiance en Dieu et eu notre bonne mère Marie. A genoux, et élevons nos coeurs vers la mère du Sauveur, et nous serons tous sauv.'s''.

*'0h ! qu'il était à la fois émouvant et sublime d'entendre ce beau vieillard, calme et confiant, réciter \i\ snlmtation angéliquo, à laqnollo

tout le monde répondait au milieu des vagues qui se ruoient et venaient déferler sur le-pont où notre malheureuse embarcation. Si jamais prière s'est élevée au plus haut des cieux avec ►sincérité, ce fut certes en cette circonstance.

''Enfin, une demi-heure après l'accomplissemont de cet acte religieux et après avoir été entraîné près des battures de Beauport, notre bateau venait jeter non pas l'ancre mais sa large passerelle de ce côté-ci du fleuve, à l'endroit même où se trouve aujourd'hui le ponton des chaloupiers et désigné sous le nom de 'Ua Place". C'était alors une grève magnifique, sablo]ineuse, où chevaux et voitures descendaient facilement pour aller chercher l'eau nécessaire à abreuver toute la population de la bùSî-e-villc.

"Une fois débarqués, les passagers, sur lïnvi cation du vieillard, se rendirent à^ l'église de la basse-ville pour y remercier Dieu de notre heureuse arrivée.

"Pour mieux faire comprendre à la génération qui n'a j)as connu les "horse-boats'^ il est bon de dire ici que de pareilles traversées étaient assez fréquentes, et qu'il en coûtait alors beaucoup plus pour un grand nombre de Ef'ns de traverser d'une rive à l'autre en

* /lorse-baats^^j qu'il en «otite aujourdlmi aux voyageurs de, traverser rAtlantique à bord de nos somptueux steamers.

''Malgré l'immense développement qui s'est opéré dans la navigation, par le monde entier, depuis environ un demi-siècle, la science, l'é^ lectricité, est loin d'avoir dit son dernier mot. Que de choses merveilleuses s'accompliront encore T'

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