ACTE PREMlEll
EMMA
La dame de la poste et le fils du gendarme !
N'importe ! Quels qu'on soit, l'amour a même charme Et n'exige pour être auguste, heureux, vainqueur, Qu'un double souffle au battement d'un double cœur. Sache, Emma, que, rustaud, nigaud de vaudeville, Je n'ignore plus rien, pour avoir lu Banville ! L'autre hiver, à l'auberge, un va-nu-pieds laissa Une malle, en paiement, pas plus grande que ça, Mais si grande ! car elle était pleine de livres. 0 malle de Pandore ! 0 jours fous ! 0 nuits ivres ! 0 mon âme, masure illustrée en palais ! C'était tout l'idéal qu'en criant j'épelais, Et j'en sais assez, cancre à l'école primaire. Pour adorer la vie et pour comprendre Homère ! Vers et baisers ! Mais toi, câline avec maintien, ïu n'as pas de bonheur dans mes bras?
EMMA
très douce et très grave
J'ai le tien.
Mon petit, c'eût été ma juste destinée D'être ta jeune mère...
li GL.VTIGNY
11 veut se rccrior.
Ou votre sœur aînée.
En lai caressant les cheveux :
J'étais en deuil, tu sais, quand je vins de Paris Pour mon emploi. Mon père, un doux apôtre épris,
— Tu dois avoir de ses poèmes dans la malle — Usa sa vie au rêve, et (c'est la fin normale)
Vieux, en pleurs d'une femme errante on ne sait où, Mourut sans gloire, et, vëiif, me laissa sans le sou. Cher mort! je revoyais dans mes taches viriles Le remords apaisé de ses deux mains stériles,^ Et je pleurais. Mais toi, vif, maigre, presque laid,
— Non! joli! — grand déjà, toujours plua grandelet, Très long, si long, Tceil fou, la figure ahurie,
Tu jouais de la Poste à la Gendarmerie Avec le chien, avec la chatte, tu prenais Des papillons au vent qui s'amuse, aux bonnets Des fillettes, et quand de l'orée ou des sentes Tu revenais vêtu de gerbes fleurissantes, Maigre et long, on eût dit d'un vivant échalas Où grimperaient des liserons et des lilâsî Je riais. Inquiète un peu. Toujours ton rhume. Ce n'était rien. Si tu m'ôtais des doigts la plume, Je t'embrassais, longtemps, le cœur moins soucieux A cause des douceurs qui nageaient dans tes yeux Et du très pur instinct d'aimer qui nous affame. Mais tu devenais homme, et je fus une femme Pour toi. Sans résister j'ai fait comme il t'a plu. De ne Le pas vouloir, tu m'en aurais voulu! Oh! je ne suis pas une efl'rénéc amoureuse... Es-tu content? je suis très gravement heureuse.