‹ Glatigny; drame funambulesque en vers, mêlé de chansons et de dancesChapitre 11 sur 138 · ACTE PREMIEU · texte numérisé non relu

ACTE PREMIEU

Heureuse? sans délire! Heureuse? dans ce trou! Le bois sans nymphes n'a pas même un loup-garou. Entre la vieille église et la halle moderne Le temps, où rien n'arrive, opaque, morne, terne, Stagne et s'endort, envie un frisson de marais. Ah! vivre ici!

EMMA

Même sans toi, je m'y plairais.

Tu ne sais pas, petit, les douceurs infinies Des recommencements et des monotonies Où chaque jour après le jour semble un miroir Qui retint notre image à son clair reposoir Et nous la rend, pareille, en un cadre impassible. J'ai vu rêver. J'ai vu souffrir. Être paisible ! Ma besogne toujours la même, le facteur Qui va, revient, le jeu des enfants, la lenteur Des vieilles, les propos sur le seuil, la promesse De se prendre, demain, en allant à la messe, Le calme d'être aidée et de n'avoir pas nui. Me font une habitude aimable de l'ennui Avec son rythme sans surprise et sans secousse.

Mais c'est déjà la tombe!

EMMA

Oui. Peut-être. Elle est douce.

Je nais! J'aspire l'air de Tavenir vibrant! La nuit? je suis éclair. Le lac? je suis torrent. Je trépigne. Je monte à ces mats de cocagne, L'amour, l'orgueil!

KMMA

Hélas! on y perd

On y gagne Même si l'on glisse, l'honneur d'avoir grimpé. Le génie est un grand essor émancipé ! Tiens, ces acteurs, hier, en manches de chemise. Jouant le Cid, c'était de la gloire promise, C'était l'offre de l'idéal ! Dire des vers ! Faire des vers! La rime a conquis l'univers, Et, les cabots, ce sont les rapsodes suprêmes! Tu n'as pas vu sous les paillons des diadèmes La belle fille toute en neige et toute en or Qui, seule, fait Chimène, Urraque et Léonor, Mi nue, avec des seins qui bombent, et la touffe De ses gros cheveux roux qui se tasse et reboulfe. Et le vertige sous la courbe des bras ronds Des aisselles de braise et d'odeur! Ah! rentrons.

11 veut escalader la fenêtre.

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