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Glinka

La Russie ne connut longtemps d'autre musiqué que le riche trésor de ses mélodies populaires et le chant religieux dont elle reçut de l’église byzantine la tradiion. Il y exista certainement, au moyen âge, des formes le musique instruméntale distinctes des formes popuaires proprement dites; on le suppose du moins, non sans vraisemblance, en se basant sur certains documents

conographiques * : mais de ces formes mêmes on ne sait absolument rien. Et si l’on veut connaître l’origine le tout ce qui est distinctif dans Part des compositeurs -usses modernes, c’est la musique liturgique profondénent assimilée, c’est surtout la musique populaire, où e génie de la race avait trouvé son expression Intégrale + spontanée, qu’il faut étudier tout d’abord.

Lorsque naîtront en Russie des musiciens assez insirés, assez indépendants pour se forger leur style propre,

1 Dans la cathédrale de Sainte-Sophie, à Kiew, une fresque du ue siècle représente des joueurs de flûtes, de trompettes et d'instruments

, cordes des types harpe et théorbe. (Kachkine, Précis d'histoire de la nusique russe.)

ils utiliseront tout les éléments matériels de cette musique : ses modes divers avec les harmonisations qu’ils comportent, ses rythmes libres, ses inflexions mélodiques très particulières. Et ce sera beaucoup moins qu'on ne le croit d'ordinaire par caleul, par imgéniosité d'artisans : leur pensée artistique trouvera dans l’idiome qui répondait le mieux aux instincts artistiques du peuple dont ils sortent son véhicule le plus naturel et le plus approprié. Parlant de la Vie pour le Tsar de Glinka, le prince Odoïewsky fait justement observer que, même là où Le compositeur emprunte le moins aux chants populaires, il « refait en soi le procédé par lequel, dans le courant des siècles, toute la musique populaire aétécrééeparsesauteurs inconnus ». On ne saurait mieux formuler cette vérité, que le même esprit anime et les maîtres russes du xIx° siècle, et les anonymes musiciens du vieux peuple russe : les uns et les autres témoignent de la mème sensibilité excessive, de la même aptitude à rencontrer lexpression typique, se montrent de la même manière tantôt fantaisistes et lyriques, tantôt réalistes et précis dans la notation humoristique. Et c'est pourquoi les œuvres d’un Glinka porteront non point seulement sur une élite, mais sur le peuple tout entier. Ce que la musique russe contient de meilleur naîtra lorsque l’âme russe prendra pleine conscience de sa force propre, et les grands musiciens de la Russie sont presque les contemporains des grands littérateurs dont la venue marque l’éclosion de cette conscience nalionale.

Mais toutes les formes artistiques, plus ou moins avantes, de la musique furent importées en Russie, où :s influences occidentales se firent sentir de bonne eure — à partir, semble-t-il, de la fin du xv° siècle, Le ays ne fut pas long à prendre goût aux divertissements affinés qu'on lui enseigna, et pour lesquels il resta fort ongtemps tributaire de l'étranger — surtout de l'Italie. ourtant, 11 semble que l’on chercha d'assez bonne eure à donner aux « comédies musicales » qui devinent de mode à la cour quelque peu tout au moins du aractère national. C’est ainsi qu'en 1671 les boïars et oïarines de Moscou représentèrent devant la cour une faga-Baba (Sorcière) avec chants et danses, évidemment nspirée de la tradition populaire — dans quelle mesure, l est difficile de le dire. On peut citer aussi Tour (c’est e nom d’une divinité slave), « comédie-conte avec hants slaves, ouraliens, danses polonaises et jeux livers » ; La Roussdlka ou la nymphe slave, également vec chants et danses, et dont le texte fut écrit par limératrice Sophie Alexéievna (1675).

Au xvr' siècle, l'opéra italien triomphe avec les œuvres lAraja, Galuppi, Sarti, Martini, Traetta, Paisiello, jimarosa. Mais au milieu de tout cet italianisme, quelques sympathies vont à l’art russe, que s'efforcent d’enourager l'impératrice Elizabeth et son favori Alexis tazoumowsky. L'impératrice aimait à chanter les airs ationaux, et composa même une chanson qui devint opulaire. Le violoniste Madonis écrit des suites et des «symphonies » sur des thèmes russes ; Araja fait entrer

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de ces thèmes dans ses œuvres. En 1756 est joué le premier opéra russe composé par un Russe, Tanioucha où l'heurèuse rencontre, de Volkow. Un peu plus tard, /e Bazar de Saint-Pétersbourg, dont Matinsky compose paroles et musique, est accueilli avec faveur ; Fomine produit une trentaine d’opéras « russes » dont les plus célèbres sont Aniouta et le Meunier sorcier, pipeur et courtier en mariages. Mais qu’on ne s’y trompe pas : toutes ces œuvres restaient plus italiennes que nationäles, ‘et il faudra bien longtemps encore avant que ne s’atténuent les influences étrangères. La tendance pourtant est à retenir : elle ne fera désormais que s’accentuer à mesure que le goût des spectacles musicaux ou concerts se répandra en Russie.

En effet, comme le remarque M. F. de Wassiliew !, «les préférences de la masse, quoi qu'on fit, restèrent pour les chants nationaux, plus en rapport avec l'âme russe, âme orientale, que les miévreries et les vocalises italiennes. L’impératrice Catherine IF et sa cour composée de raffinés et d’intellectuels pouvaient, certes, prendre plaisir à la musique dés Paisiello, des Sarti et des Martini, mais /a foule ne manifestait qu'un enthousiasme relatif, un enthousiasme de commande, respectueux du bon plaisir de la souveraine. De fait les Russes, gouvernés par des volontés d'acier, trouvaient fort naturel que les grands prissent plaisir aux opéras italiens, légers et spirituels, mais il leur était impossible

* Revue Inlernalionale de musique, 1% novembre 1898. Comparer un passage des Mémoires de Glinka, cité plus loin, p. 23.

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