‹ GlinkaChapitre 2 sur 12 · LIN · texte numérisé non relu

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de comprendre la musique des artistes méridionaux. Leur rèverie brumeuse ne trouvait pas dans ces œuvres frivoles la pâture qui lui était nécessaire : ils se mur+rent dans leurs légendes, dans leurs ballades, dans leurs rondes. »

Ces légendes, ces ballades, ces rondes attiraient cependant de plus en plus l'attention des artistes. Troutowsky, Kachine, Pratsch, Kircha Danilow en recueillent les mélodies, comme le feront plus tard les Balakirew, les Rimsky-Korsakow et les Liapounow. Les textes en fournissent des sujets d’opéras comme ceux que rédigèrent en livrets, à l'intention du compositeur vénitien Cavos établi en Russie, les poètes Krylow et Joukowsky. Gavos se plaît à introduire dans sa musique les thèmes populaires. Tous ses opéras, [la le Bogatyr, Dobrynia Nikititch, POiseau de feu, Sviétlana ont du succès ;

‘l'un, Zvan Soussanine, dont le sujet, historique, n’est autre que celui de /a Vie pour le Tsar, se joue même depuis 1815 jusqu'au moment où triomphe l’œuvre de Glinka. Le nombre des compositeurs russes à augmenté de manière considérable : certains, comme Verstowsky, acquièrent une popularité de bon aloï. D’autres symptômes encore témoignent que lhorizon s’est un peu agrandi. En 1802, se fonde la Société Philharmonique russe, qui fait connaître les grands classiques de Haendel à Beethoven; les concerts publics ou privés se multiplient, etavec eux Le goût, parmi l'élite, des chefs-d'œuvre les plus sérieux. Si l’italianisme régnant ne s'est guère amoindri, on voit que d’autres influences sont venues le

balancer du moins en partie, et ont collaboré à préparer un terrain propice à l'éclosion de musiciens vraiment nationaux .

Pourtant, n'oublions pas qu'il n'existait encorè aucune tradition de culture technique, aucune école où pussent se former les compositeurs : il n’y à pas lieu de s'étonner dès lors si beaucoup de musiciens tâtonnent sans jamais parvenir à des résultats définitifs, jusqu'au moment où le clairvoyant et spontané génie de celui qu'on à justement nommé le père de l’école russe trouve la bonne voie, y pénètre hardiment et l’ouvre tout grande à ses continuateurs.

Lorsqu'on se propose d'étudier œuvre de Glinka, il est particulièrement important de ne point perdre de vue les conditions d'époque et de milieu où vécut ce maître. On y trouvera l'explication de certaines particularités manifestes de sa musique : par exemple, de la part d’influence italienne dont on retrouve presque partout les traces, de la quiétude avec laquelle il sait s'accommoder des formes coutumières, lui si riche en idées musicales nouvelles et grosses de radicales réformes. On n’en appréciera qu'avec plus de justice le degré d’instinctive clairvoyance et la force d'inspiration qu’il lui fallut pour se dégager autant qu'il le fit, somme toute, de l'ambiance, pour arriver graduellement à une manifestation intégrale de sa pensée, et pour acquérir les remarquables, les exceptionnelles qualités de métier, souvent non moins originales que sa pensée musicale elle-même, dont il va faire preuve.

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