‹ Globe oculaire: Des lésions d'ébranlement et de contact du Globe oculaire dans les traumatismes de guerreChapitre 9 sur 26 · CHAPITRE Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE Il

Pathogénie des lésions d'ébranlement.

Comment expliquer ces lésions, à première vue paradoxales, qui s'établissent à distance du trauma, loin du point qu'a frappé l'agent vulnérant, alors qu'apparemment l'œil parait entièrement indemne de tout traumatisme ?

Ainsi que l'examen des faits l’autorise, deux conditions majeures président à la constitution d’une lésion d’ébranlement.

1° En premier lieu le passage du projectile au-dessous du globe oculaire sans que l'orbite ait été traversée, ni fracturée.

C'est le cas où une balle a traversé de part en part les deux pommettes.

C’est également le cas où des éclats de grenades ou d’obus ont intéressé la région sous-orbitaire, non plus transversalement mais perpendiculairement. Quand le projectile est venu heurter le massif facial de plein fouet, sans entrainer de fracture de l'orbite (Obs. I).

Dans ces conditions, on ne trouve point de lésions de contact, mais la région maculaire fortement ébranlée est lésée, ce qui occasionne les nombreux cas:de diminution ou même de perte de la vision centrale.

Si le projectile a passé transversalement, les deux maculas sont le siège de désordres graves.

Quand le traumatisme a été plus violent du côté de l’orifice de sortie, c’est sur la macula de l'œil correspondant à ce côté que la lésion est le plus accentuée.

Dans l'observation I c’est du côté où la blessure sous-orbitaire

a été le plus marquée que la lésion maculaire a été la plus

grave.

2° En second lieu, la lésion d’ébranlement se produit, quand le projectile a délerminé.une fracture de l’orbite, sans que le globe ail élé touché.

Les lésions de la macula existent distinctes. Sauf la paroi supérieure de l'orbite dont la fracture n’entraine que des retentissements sur le trou optique et la fente sphénoïdale, toutes les parois fracturées, l’externe, l’inlerne ou l'inférieure provoquent de semblables lésions.

3° Quand le projectile a traversé l'orbite en arrière de l'œil sans le toucher, il se produit de pareils désordres d’ébranlement en plus de ceux consécutifs à la déchiruré des organes de la cavité orbitaire. Le nerf optique, dont l'altache au sommet de l'orbite est solide, constitue une force antagoniste qui tire en arrière le globe, propulsé violemment par le passage brusque du projectile dans la partie postérieure de la cavité orbitaire. Il

s'ensuit, dans ce cas, un tiraillement, un arrachement de la papille, du pôle postérieur. PRE

4° Eofin il se produit des lésions d'ébranlement, mais non plus à l’état pur, de concert avec des lésions de contact, quand le globe a été touché par la paroi orbitaire enfoncée.

En résumé, deux conditions de lésions d'ébranlement pur :

1° la traversée du massif facial, de la région sous-orbitaire, en dehors de l'orbite qui n'a pas été fracturée:

2° l’enfoncement de la paroi orbitaire fracturée, sans que le globe soit touché. ;

Si le globe est touché par la paroi orbitaire fracturée, possibilité encore d'une lésion d'ébranlement, mais qui n’est pas pure, qui se produit concurremment avec une lésion de contact.

S1 la voûte orbitaire est intéressée, exclusion de toute lésion d'ébranlement.

Essayons d'entrer plus avant dans le mécanisme des désordres ainsi produits. }

Au passage du projectile dans le squelette périorbitaire, il s'effectue, élant données la vitesse et la force de propulsion des

armes modernes, un ébranlement vibraloire du tissu osseux orbitaire. Le contenu de l'orbite, le tissu cellulo-adipeux, semiliquide sur le vivant, vibre aisément de par sa nature et vient, ainsi qu'on l’a dit d'une façon imagée, « soulever et secouer l'œil comme une lame de fond le ferait d'un bateau immergé-».

Si un fragment osseux détaché par le traumatisme est venu heurter la coque oculaire, il se produit ceci : le paquet osseux propulsé rencontre la coque sclérale. Cette membrane externe est, des trois membranes de l'œil, la plus solide. Elle offre une résistance à la rupture, mais subit une pression plus ou moins forte, En vertu des lois de l’hydraulique, le contenu liquide de l'œil est soumis à son tour à une pression qui se lransmet en tous sens à l’intérieur du globe. Le tractus uvéal et la rétine sont l'objet d'une distension telle qu'ils finissent par se rompre. Se rompre où? Précisément au point où l'épaisseur, la résistance de leur trame est la plus faible, c’est-à-dire au niveau du pôle postérieur. &

La macula, par sa texture délicate, est leilieu d'élection de la lésion d’ébranlement, ainsi qu’en témoignent nos observations. Aussi bien pour les traumatismes que pour les intoxications, elle est le locus minoris resistentiæ.

La physique et l'histologie s'accordent done pour expliquer la production et la localisation des lésions d'ébranlement.

Pouvons-nous expliquer les cas dans lesquels la rétine résis- {ant à la vulnération, seule la choroïde-est déchirée ?

Il semble, dans cette occurrence, que le trauma a été relativement moins violent et que la rétine plus élastique a pu faire, sans dommage pour elle, les frais de la distension provoquée par l'hypertension intra-oculaire traumatique, alors que la choroïde, des trois membranes de l'œil la moins résistante, s'est rompue pour son propre compte. L'ébranlement est-il plus violent? Rétine et choroïde cèdent, seule la sclérotique plus forte résiste.

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