‹ Gloires de Marie [microforme]Chapitre 14 sur 45 · MARIE, NOTRE VIE, NOTRE DOUCEUR · texte numérisé non relu

MARIE, NOTRE VIE, NOTRE DOUCEUR

Marie est notre vie, parce qu'elle nous obtient le pardon de nos péchés.

L'Eglise veut que nous nppelions Marie notre Vie. Pour bien comprendre ce titre, il faut savoir que, comme l’âme donne l2 vie au corps, ainsi la grâce de Dieu donne la vie : l’Ame ; car, sans la grâce, l'âme peut paraître vivante, mais en réalité elle est morte, selon ce qui est dit dans l’Apocalypse. Ainsi Marie rend la vie aux pécheurs, quand, par son intercession, elle leur obtint de rentrer en grâce avec Dieu.

j sont diligents à recourir à moi dès le matin, c'est-à-

ire, aussitôt qu'ils le peuvent, me trouveront certainement, Au lieu de : Me trouveront, on lit dans la version des Septante : Trouveront la grâce ; en sorte que c’est la même chose, de recourir à Marie, et de trouver la grâce de Dieu.—Un peu plus loin, il est dit : Celui qui m'aura trouvée, trouvera la vie, et recevra de Dieu le salut éternel. —Ecoutez, s'écrie là-dessus saint Bonaventure : écoutez, vous qui aspirez au royaume de Dieu : honorez Marie, et vous aurez la vie et le

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Au dire de saint Bernardin de Sienne, ce qui empécha Dieu d’anéantir l'humanité après le péché originel, ce fut son amour de prédilection pour cette Fille bénie qui devait naître d'Adam. Le saint ne doute nullement que toutes les miséricordes et toutes les grâces reçues par les pécheurs sous l’ancienne loi, ne leur aient été accordées à la seule considération de cette

bienheureuse Vierge.

Elle est donc bien fondée, cette exhortation de saint Bernard : ‘“Cherchons la grâce, et cherchons-la par l’intermédiaire de Marie.” Oui, si nous sommes assez malheureux pour avoir perdu la grâce de Dieu, cherchons-la ; et afin de la recouvrer sûrement, adressons-nous à Marie ; car si nous avons perdu cette perle précieuse, Marie l’a retrouvée ; et de là le nom d’inventrice de la grâce, que lui donne le même saint. Et n’est-ce pu là la vérité si consolante pour nous qu'exprimait l’ange Gabriel, quand il disait à

Vierge : Ne craignez point, Marie, car vous avez trouvé la grâce. Mais puisque Marie n'avait jamais été privée de la grâce, comment le saint archange pouvait-il dire qu’elle l'avait trouvée? La vierge Immaculée fut toujours unie à Dieu, toujours ornée de la grâce, ou plutôt toujours pleine de grâce, comme l’archange le fit connaître au monde quand il la salua en ces termes : Je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous. Ce n’est donc pas pour elle même que Marie a trouvé la grâce dont elle fut toujours remplie ; pour qui donc? Pour ceux qui l'avaient perdue, pour es pécheurs, répond le cardinal Hugues ; et commentant les paroles de saint Gabriel, le pieux auteur ajoute: Qu'ils courent donc à Marie, les pécheurs qui ont perdu la grâce, et ils la trouveront sans faute auprès ‘elle ; qu'ils lui disent avec assurance : Auguste Dame, une chose trouvée doit être restituée à qui l’a perdue ; vous devez donc nous rendre la grâce. Richard de Saint-Laurent développe la même pensée,

et conclut ainsi : Si donc nous désirons trouver la grâce du Seigneur, allons à Marie, ui l’a trouvée et qui la trouve toujours ; comme elle fut et sera toujours chère à Dieu, notre confiance en elle ne saurait être frustrée.

La sainte Vierge dit dans les Cantiques, que Dieu Y'a placée en ce monde pour être notre défense, et qu’il l'a établie Médiatrice de paix entre lui et les pécheurs : “Je suis un mur et mon sein est un asile assuré comme une forte tour, depuis qu’il m’a faite entremetteuse de la paix.” Saint Bernard s’appuie sur ces paroles pour relever le courage du pécheur : Va, dit-il, va, pauvre pécheur, à cette Mère de miséricorde, et montre-lui les plaies que tes fautes ont laissées dans ton âme ; elle ne manquera pas de solliciter ton pardon auprès de son divin Fils, en lui rappelant qu’elle l’a nourri de son lait ; et ce Fils, qui l’aime si tendrement, ne manquera pas de l’exaucer.—Et la sainte Eglise elle-même nous met sur les lèvres une oraison où elle prie le Seigneur de nous accorder la faveur d’être aidés par la puissance secourable des prières de Marie à sortir du péché : ‘“O Dieu miséricordieux, venez en aide à notre fragilité, afin que, célébrant la mémoire de la sainte Mère de Dieu, nous puissions avec l’appui de son intercession, nous relever de nos iniquités.”

Ainsi donc saint Laurrnt Justinien a raison d’appeler Marie l’Espérance des coupables, puisque seule elle leur obtient de Dieu le pardon de leurs fautes. Saint Bernard fait bien de lui décerner le titre d’Echelle des pécheurs, puisque cette Reine compatisgante leur tend une main secourable, les retire de Pabime où ils sont misérablement tombés, et les fait remonter à Dieu. Et saint Augustin n’a pas tort de la proclamer notre unique Espérance, puisque c’est par elle seule que nous espérons la rémission de

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tous nos péchés. Saint Jean Chrysostôme ne parle Pas autrement que l’illustre évêque d’Hippone : “Par elle, dit-il, nous obtenons le pardon de nos péchés.’

t plein de confiance en sa médiation, il lui adresse cette prière au nom de tous les pécheurs : Nous vous saluons, Ô Mère de Dieu et notre Mère, Ci:l où Dieu réside, Trône du haut duquel le Seigneur dispense toutes ses grâces ! priez sans cesse Jésus pour nous, afin que, par votre entremise, nous puissions trouver miséricorde au jour du jugement, et partager la gloire des élus dans l'éternité.

C’est avec raison, enfin, comme le remarque Innocent III, que Marie est comparée à l’aurore dans ce passage du Cantique : Quelle est celle-ci qui s’avance comme une aurore naissante? Car la naissance de Marie mit fin au règne des vices, comme l’aurore met fin aux ombres de la nuit. Ainsi parle ce pontife. Or, le changement opéré autre.ois dans le monde par cette bienheureuse naissance toute âme où naît la dévotion à Marie : elle en bannit

Mère de Dieu, votre protection nous donne l’immortalité ; votre intercession, c’est la vie.” Le même saint assure que le nom de Marie, dans la bouche de celui qui le prononce avec affertion, est le signe de la vie, ou du moins le présage d’un prompt retour a vie.

Sur les paroles du Cantique de Marie : Voici qu'à partir de ce moment toutes les nations m'appelleront la enheureuse, saint Bernard s’écrie : Oui, Ô ma Souveraine, vous serez proclamée bierheureuse par tous les hommes, parce que votre intercession assure À tous vos serviteurs la vie de la grâce et la gloire céleste. vous les pécheurs trouvent le pardon, les justes persévérance, et ensuite la vie éternelle. —Ne perds

donc pas confiance, 6 pécheur, dit le pieux Bernardin de Bustis ; ne te astres, point, quand même tu te serais souillé de toutes i

avec assurance à cette glorieuse Reine ; tu la trouveras toujours les mains pleines de miséricorde, et plus désireuse de te combler de ses dons, que toi-même de les recevoir. ,

Un titre encore qui convient à Marie, selon saint André de Crète, c’est celui de Caution ou de Gage de notre réconciliation avec Dieu. Et en effet, quan les pécheurs s'adressent à Marie, pour être réconciliés avec Dieu, non content de leur promettre leur pardon, Dieu leur en donne même un gage ; et ce gage n est autre que Marie elle-même, qu'il nous à donnée pour Avocate : tout pécheur qui se réfugie auprès d'elle, obtient par son entremise le pardon de ses fautes en vertu des mérites de Jésus-Christ. D'après la révé-

Aucun pécheur ne doit jamais craindre d’être repoussé par Marie, quand il implore sa pitié ; non, car elle est une Mère de miséricorde, et à ce titre elle désire sauver les plus misérables. Marie est pour nous une Arche de salut, dit saint Bernard ; quiconque s’y réfugie, échappera au naufrage de la damnation éternelle. Dans l'arche de Noé les brutes mêmes furent à couvert des eaux du déluge ; sous le manteau de Marie, les pécheurs mêmes trouvent le salut. Sainte Gertrude vit un jour cette clémente Reine

étaient réfugiés ; et bien loin de les chasser, Marie les retenait autour d'elle et les caressait doucement.

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Cet emblème apprit à la sainte que Marie ne repousse pas les pécheurs, si enfoncés soient-ils dans la fange du vice, mais qu’elle les accueille avec tendresse et les met à l'abri de la mort éternelle. Entrons donc dans cette Arche, courons nous réfugier sous le manteau de Marie ; elle se gardera bien de nous rejeter, elle nous sauvera infailliblement.

EXEMPLE

Le père Bovio raconte l’admirable conversion d’une femme de mauvaise vie, nommée Hélène. Etant entrée un jour sans intention dans une église, et y ayant entendu un sermon sur la dévotion du Rosaire, elle avait fait l’emplette d’un chapelet en retournant chez elle ; mais elle le tenait caché par respect humain. Elle se mit néanmoins à le réciter ; et quoique ce fût d’abord sans dévotion, la très sainte Vierge lui fit goûter tant de consolations et de douceurs dans cet exercice, qu’elle ne pouvait plus s’en détacher. Elle conçut en même temps une vive horreur de ses désordres, au point d’en perdre le repos, et elle se vit ainsi comme forcée d’aller se confesser ; ce qu’elle fit avec tant de contrition, que le confesseur en était étonné. Après sa confession, eile alla ge prosterner au pied d’un autel de Marie, pour remercier son Avocate ; elle y récita le Rosaire, et la Mère de Dieu, faisant

arler sa statue, lui dit : “Hélène, tu as assez offensé Dieu et moi ; désormais change de conduite, et tu auras une bonne part dans mes faveurs.” La pauvre pécheresse, toute confuse, répondit : ‘Ah ! Vierge sainte, il est vrai que jusqu'ici j'ai été une scélérate, mais vous qui pouvez tout, aidez-moi ; je me donne à vous, et je veux employer le reste de ma vie À faire pénitence de mes péchés.”

Avec le secours de Marie, Hélène distribua aux pau- , vres tout ce qu’elle possédait, et se livra à une pénitence rigoureuse. Kille éprouva de terribles tentations mais, sans faire autre chose que de se recommander à la Mère de Dieu, elle remportait toujours la victoire. Elle alla jusqu’à recevoir beaucoup de grâces surnaturelles, telles que visions, révélations, don de prophéties. Enfin, à sa mort, qui lui fut annoncée par Marie plusieurs jours d'avance, la bienheureuse Vierge vint la visiter elle-même avec son divin Fils ; et lorsque cette pécheresse expira, on vit son âme, sous la forme d’une -belle colombe, s'envoler aux cieux.

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Voici, 6 Mère de mon Dieu, mon unique espérance; Marie, voici à vos pieds un malheureux pécheur qui implore votre pitié. Toute l'Eglise et tous les fidèle, vous proclament le Refuge des pécheurs ; vous êtes donc mon refuge, c’est à vous de me sauver. Vous savezs vous dirai-je avec Guillaume de Paris, combien votre divin Fiis désire notre salut. Vous savez ce que J'ésus- Christ a souffert pour me sauver ; 6 ma Mère, je vous présente les souffrances de Jésus : le froid qu’il endura dans l’étable de Bethléem, les pas qu’il fit dans le voyage d'Egypte, ses fatigues, ses sueurs, le sang qu’il répandit, la douleur qui le fit expirer à vos yeux sur la croix. Montrez, en me secourant, que vous aimez ce Fils adorable, puisque c'est au nom de votre amour pour lui que je vous prie de me secourir. Tendez la main à un malgere qui est tombé, et qui vous supplie d'avoir pitié

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Si j'étais un saint, je ne vous demanderais pas miséricorde ; maïs parce que je suis un pécheur, j'ai recours à vous, qui êtes la Mère des miséricordes. Je sais que votre cœur compalissant trouve sa consolation à

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aider les misérables, quand leur obstination ne vous empêche pas de les aider ; consolez donc votre cœur compalissant el consolez-moi, aujourd’hui que vous avez occasion de sauver un malheureux condamné à l'enfer, aujourd'hui que vous pouvez m'aider, puisque je ne veux pas être obstiné. Je me remets entre vos mains : ditesmot ce que j'ai à faire, et obtenez-moi la force de l’exécuter ; je suis résolu de faire toui ce qui est en mon pouvoir, pour rentrer dans l’amitié de Dieu.

Je me réfugie sous votre manteau ; Jésus veut que j'aie recours à vous ; il veut, que pour votre gloire et pour la sienne, puisque vous êtes sa Mère, je sois redevable de mon salut, non seulement à son sang, maïs encore à vos prières. C’est lui qui m'envoie auprès de vous, pour que vous me secouriez. O Marie, me voici, je recours à vous, et je mels en vous ma confiance; vous qui priez pour tant d'autres, priez aussi, dites au moins une parole pour moi: dites à Dieu que vous voulez mon salut, et Dieu me sauvera certainement ; dites-lui que je suis à vous, je ne vous demande pas autre chose.

Marie est encore notre vie, parce qu’elle nous obtient la persévérance.

La persévérance finale est un don de Dieu, don si excellent, que, comme l’a déclaré le Concile de Trente, il est purement gratuit, nous ne saurions le mériter : néanmoins, selon l’enseignement de saint Augustin, Dieu l'accorde à tous ceux qui le lui demandent ; et suivant le père Suarez, on l’obtient infailliblement, si l’on a soin de le solliciter jusqu’à la fin de la vie 3 car, dit Bellarmin, la persévérance doit être demandée tous les jours, pour être obtenue tous les jours. Or, s’il est vrai, et je le tiens pour certain, et c’est le sen-

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