‹ Gloires de Marie [microforme]Chapitre 25 sur 45 · IT · texte numérisé non relu

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Combien Marie est puissante à défendre ceux qui l’invoquent contre les attaques du démon.

La très sainte Vierge Marie n’est pas seulement Reine du ciel et des saints ; son pouvoir s'étend encore sur l’enfer et sur les démons, dont elle a triomphé par l’héroïsme de ses vertus. Déjà à l’origine du monde, Dieu prédit au serpent infernal cette glorieuse victoire de notre Reine, et l’empire que par suite elle devait exercer sur lui : car dès lors il lui annonça la venue en ce monde d’une Femme qui ruinerait sa puissance : Je mettrai, lui dit-il, des inimatiés entre loi et la femme ; elle te brisera la tête.

Quelle fut en effet, cette Femme, cette ennemie du serpent, si ce n’est Marie, qui, par son admirable humilité et sa sainte vie, le vainquit toujours et anéantit ses forces? C’est ce qu’enseigne saint Cyprien, et après lui un autre ancien auteur, lequel fait observer en outre que Dieu ne dit pas, au présent : Je mets mais au futur : Je mettrai, pour indiquer que cette Femme victorieuse de Satan, ne serait pas Eve, alors

vivante, mais une autre Femme qui descendrait d’elle, et apporterait À nos premiers parents, selon la pensée de saint Vincent Ferrer, plus de biens qu’ils n’en avaient perdu par leur faute. Marie est donc cette Femme par excellence, qui a vaincu le démon, et lui a brisé la tête, selon la divine prédiction, en réprimant son orgueil. Quelques-uns doutent à la vérité, si cette prophétie ne concerne pas plutôt Jésus- Christ que Marie, parce que la version des Septante porte : Il te brisera la tête ; mais dans notre Vulgate, seule version approuvée comme règle de foi par le Concile de Trente, nous lisons : Elle, et non : Il te brisera la tête. Ainsi d’ailleurs ont lu et compris saint Ambroise, saint Jérôme, saint Augustin, saint Jean Chrysostôme, et beaucoup d’autres. Quoi qu’il en soit, il demeure certain, ou que le Fils a défait Lucifer par le moyen de sa Mère, ou que la Mère en a triomphé par la puissance de son Fils ; en sorte que l'esprit superbe s’est vu, à son grand dépit, abattu et foulé aux pieds de cette Vierge bénie, dit saint Bernard ; et comme un prisonnier de guerre est de droit l’esclave de son vainqueur, Satan se voit pour toujours forcé d’obéir aux injonctions de notre Reine. En se laissant vaincre par le serpent, Eve nous apporta la mort et les ténèbres, remarque saint Bruno ; mais en domptant, en enchaînant le démon, Marie nous apports la vie et la lumière. Oui, elle l’a er shaîné, et de telle sorte que cet ennemi est hors d’etat de nuire en rien à ceux qui la servent avec amour.

Bien beau est le commentaire de Richard sur les paroles des Proverbes : Le cœur de son époux se confie en elle, et il ne manquera point de dépouilles. Jésus est l’Epoux de toutes les âmes saintes, et avant tout de celle de Marie. Or, dit cet auteur, il ne saurait manquer de dépouilles, parce que, tous les esclaves du démon que Marie délivre par ses | rières, ses mérites

et ses exemples, elle les soumet au domaine de cet Epoux divin. Toute semblable est l'interprétation de Cornelius : Dieu, dit-il, a remis entre les mains de Marie le Cœur de Jésus, afin qu’elle prenne soin de le faire aimer des hommes. Comment donc manquerait-il de dépouilles? Marie lui apporte un nombre infini d’âmes, dépouilles opimes que sa puissance secourable enlève à Satan.

On sait que la palme est le symbole de la victoire ; e’est pourquoi notre Reine a été placée sur un trône élevée, en face de tous les potentats, comme un palmier, pour signifier la victoire que peuvent se promettre en toute assurance ceux qui se mettent sous sa protection. Ainsi peuvent s'entendre ces paroles dans sa bouche : J'ai été élevée comme un palmier en Cadès, —et cela, pour vous défendre, ajoute le bierheureux Albert-le-Grand. Mes enfants, semble-t-elle nous dire par '}, quand l’ennemi vous attaque, recourez à moi ; regardez-moi, et prenez courage ; car vous verrez en moi votre défense et votre victoire tout à la fois.—Le recours à Marie est donc un moyen très sûr de vaincre tous les assauts de l'enfer. -Et en effet, selon saint Bernardin de Sienne, elle étend son empire jusque dans l’enfer ; elle règne en souveraine sur les démons eux-mêmes ; c’est elle qui les dompte et les terrasse. Aussi est-il écrit de Marie qu’elle est terrible pour les puissances de l’enfer, comme une armée en bon ordre, tant elle sait bien disposer son pouvoir, sa miséricorde et ses prières, pour la confusion de ses ennemis, et pour le plus grand bien de ses serviteurs qui, dans les tentations, invoquent son tout-puissant secours.

Semblable à la vigne, lui fait dire l'Esprit saint, j'ai produit des fleurs d’une odeur agréable. —Or, remarque saint Bernard sur ce passage, lorsque la vigne fleurit, on assure que tous les reptiles venimeux s’en

éloignent ; de même les démons fuient loin de ces âmes heureuses dans lesquelles ils sentent l'odeur dela dévotion envers Marie.—Elle est aussi comparée au cèdre : Je me suis élevée comme le cèdre sur le Liban; parce que, si le cèdre est incorruptible, Marie fut exempte du péché ; et . encore parce que, selon la remarque du cardinal Hugues, comme l'odeur du cèdre met en fuite les serpents, la sainteté de Marie met en fuite les démons.

L’arche d’alliance assurait la victoire aux Israélites. C’est sur son secours que comptait Moïse pour voir les ennemis en déroute : Quand on élevait l'arche, Moïse disait : Levez-vous Seigneur, et que vos ennemis se dispersent. Ainsi tombèrent les murs de Jéricho ; ainsi furent vaincus les Philistins ; Car l'arche de Dieu était là, dit l’Ecriture, rendant compte de ces glorieux triomphes. Or, on le sait, l’arche était la figure de Marie. Dans l'arche se trouvait la manne, dit le père Cornelius, et en Marie se trouve Jésus, préfiguré par la manne ; et c’est par le moyen de cette Arche qu’il nous rend victorieux des ennemis que la terre et l’enfer arment contre nous. De là cette pensée de saint Bernardin de Sienne, que quand Marie, cette Arche du nouveau Testament, fut élevé au ciel pour en être la Reine, le pouvoir de l'enfer sur l’humanité fut affaibli et ruiné.

“Oh ! s’écrie saint Bonaventure, comme les démons redoutent Marie, comme son grand nom les fait trembler !” Le même saint compare ces ennemis des âmes aux larrons dont il est écrit au livre de Job : A la faveur des ténèbres, ils vont piller les maisons, où ils pénètrent en perçant le mur ;mais quand l'aurore vient à paraître, ils s’enfuient comme s'ils voyaient À l'ombre de la mort. Ainsi font les démons, dit saint (A Bonaventure ; ils entrent dans nos âmes à la faveur des ténèbres de l'ignorance ; mais aussitôt qu’appa-

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raissent dans une âme la grâce et la miséricorde de Marie, les ténèbres se dissipent devant cette belle Aurore, et les mauvais esprits s’enfuient comme pour éviter la mort. Heureux donc celui qui, dans ses luttes contre l'enfer, invoque le beau nom de Marie !

Cette doctrine fut confirmée par une révélation faite à sainte Brigitte. Dieu, apprit-elle, a donné à Marie un tel pouvoir sur tous les démons, que quand un de ses serviteurs assailli par eux réclame son secours, d’un signe elle les épouvante et les met en fuite ; ils aimeraient mieux voir redoubler leurs supplices, æ de sentir peser plus longtemps sur eux le joug

e la puissance de la Vierge.

Faisant l'éloge de cette Epouse bien-aimée, l’'Epoux divin la compare au lis, et dit qu’elle est entre les autres vierges ce que le lis est entre les épines. Sur quoi Cornelius fait la réflexion suivante : “Le lis est un spécifique contre le venin des serpents et les autres poisons; et l’invocation de Marie est un remède souverain contre toutes les tentations, spécialement celles d’impureté ; c’est ce dont peuvent rendre témoignage tous ceux qui en ont fait l'expérience.”

Saint Jean Damascène disait à Marie, et quiconque a le bonheur d’être attaché au service de cette grande Reine, peut lui dire pareillement : “O Mère de Dieu, si j'espère en vous, bien certainement je ne succomberai point ; soutenu par vous, je poursuivrai mes ennemis ; à leurs traits j'opposerai le bouclier de votre protection et de votre puissance tutélaire, et je me tiens sûr de les vaincre.” Le savant moine Jacques, compté parmi les Pères grecs, a donc pu s’exprimer ainsi en s’adressant au Seigneur : En nous donnant cette sainte Mère, vous nous avez remisentreles “ins l’arme la plus puissante contre tous nos ennem. et le gage le plus assuré de la victoire.

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Selon le récit des Livres saints, quand le peuple juif fut sorti de l'Egypte, le Seigneur le guida depuis ce pays jusqu’à la Terre promise, le jour par une colonne de nuée, et la nuit par une colonne de feu. Cette merveilleuse colonne, tantôt nuée et tantôt feu, préfigurait Marie, remarque Richard, et le double office de charité qu’elle exerce continuellement en notre faveur : comme nuée, elle nous met à couvert des ardeurs vengeresses de la divine justice ; et comme feu, elle nous protège contre les démons. Car, à l'égard des démons, cette glorieuse Créature est un feu dévorant : la cire approchée d’un brasier se fond et s'écoule ; de même, assure saint Bonaventure, les esprits impurs sentent leurs forces brisées en présence des âmes qui se rappellent fréquemment le nom de Marie et l’invoquent avec dévotion, surtout si elles s’étudient à l’imiter.

Oh ! comme les démons tremblent, dès que retentit à leurs oreilles le nom de Marie ! “Non seulement les rebelles craignent la Vierge, dit saint Bernard ; mais de plus, s’ils viennent seulement à entendre son nom de Marie, les voilà quitremblent de frayeur.” Thomas A-Kempis en parle de même : “Les esprits malins redoutent la Reine du ciel ; Son nom seul est pour eux comme un feu aux atteintes duquel ils se dérobent par la fuite. Et si les hommes se laissent tomber de frayeur quand la foudre éclate à leurs pieds, les démons ne sont pas moins épouvantés, abattus par le nom de Marie.”

Et combien de glorieuses victoires sur ces ennemis du salut les serviteurs de Maire ont dues à la vertu de son saint nom ! Ainsi les a vaincus saint Antoine de Padoue, ainsi le bienheureux Henri Suson, ainsi tant d’autres amants de Marie. On sait par les relations des missionnaires du Japon, qu’un jour, dans te pays, une troupe de démons apparurent à un chré-

tien sous la forme d'animaux féroces ; comme ils cherchaient à l’épouvanter par leurs menaces, il leur répondit : ‘Je w’ai point d'armes qui puissent vous nuire ; si le Très-Haut vous le permet, faites de moi tout ce que vous voudrez ; seulement ,j'emploierai ur ma défense les doux noms de Jésus et de Marie.’’ 1 avait À peine dit, et voilà qu’au son de ces noms redoutables, la terre s'ouvre, et ces esprits superbes s’y précipitent. Saint Anselme atteste que beaucoup e personnes qu'il a lui-même vues et entendues, ont soudainement écha pé, pour avoir prononcé le nom de Marie, aux périls qui les menagaient.

Que ‘otre nom est glorieux et admirable, ô Marie !

O Vierge puissante, dit saint Germain, la seule invocation de votre nom met vos serviteurs en sûreté contre tous les efforts de leurs ennemis.

Ah ! plût au ciel que dans les tentations, les chrétiens fussent attentifs à invoquer avec confiance le nom de Marie ! il est certain qu’ils ne tomberaient jamais. Non, jamais, dit Alain de la Roche, car, dès que le tonnerre de ce grand nom vient à éclater, les démons fuient, et l'enfer tremble. Et selon une révélation de notre céleste Reine à sainte Brigitte, il n’est pas de pécheur tellement désespéré, tellement éloigné de Dieu et livré au pouvoir des démons, que ces ennemis ne l’abandonnent tout d’abord, pourvu qu'avec un sincère propos de s’amender, il ait recours au tout-puissant nom de Marie. Seulement, ajouta-

t-elle, si l’Âme pécheresse ne se corrige, et ne se purifie du péché par le repentir, les démons reviennent bientôt à elle, et continuent de la tenir sous leur joug.

EXEMPLE

Au monastère de Reichersperg, en Bavière, vivait un chanoine régulier, nommé Arnould, très dévot à sainte Vierge. Se trouvant à l’article de la mort, il reçut les Sacrements, puis il fit venir ses confrères auprès de son lit, et les pria de ne pas l’abandonner dans ce dernier passage. Il avait à peine dit, qu'ils le virent trembler de tous ses membres, rouler des yeux hagards et se couvrir d’une froide sueur : ‘Ne voyez-vous pas, leur dit-il d’une voix nn ces démons qui veulent m'’entraîner en enfer ;”’ Ensuite il s’écria : “Mes frères, implorez pour moi le secours de Marie ; j’ai la confiance qu’elle me donnera la victoire.” A ces mots, les assistants récitèrent les Litanies de la sainte Vierge ; et lorsqu'ils dirent : Sancta Maria, ora pro eo ; le moribond reprit: ‘‘Répétez, répétez le nom de Marie ; Car je suis déjà au tribunal de Dieu.” Il s’arrêta quelques instants, et puis il ajouta : “Il est vrai que je l’ai fait ; mais j’en ai fait pénitence.”’ Et s’adressant alors à la divine Mère, il s’écria : “O Marie, je serai délivré, si vous venez à mon aide.” Après cela, les démons lui donnèrent encore un assaut ; mais il se déferdait avec le crucifix et en invoquant Marie.

Ainsi passa-t-il la nuit entière. Enfin, le matin venu, Arnould reprit un air serein, et s’écria plein e joie : “Marie, ma Protectrice et mon Refuge m'a obtenu le pardon et le salut.” Regardant ensuite bienheureuse Vierge, qui l'invitait À la suivre : “Je viens, dit-il, ma Reine ! je viens.” Il fiten même

temps un effort comme pour la suivre, et il expira doucement. Si son corps demeura ici-bas, son âme du moins, nous en avons la confiance, suivit Marie au royaume de la gloire.

PRIERE

Voici à vos pieds, 6 mon espérance, Marie, un pauvre Pécheur, qui s’est fait bien des fois l’esclave volontaire de l'enfer. Si je me suis laissé vaincre par les démons, je le confesse, c'est pour n'avoir pas eu recours à vous, mon unique refuge : si je n'y eusse jamais manqué, si toujours je vous eusse invoquée, jamais je n'aurais succomhé. Grâce à vous, j'en ai la confiance, 6 tout aimable Reine, je suis maintenant échappé aux mains des démons el rentré en grâce avec Dieu. Mais je tremble nour l'avenir, je crains de retomber dans l'esclavage du pu: hé: je sais que mes ennemis n'ont pas perdu l'espoir de me vaincre encore une fois, et que déjà ils me préparent de nouveaux assauts, de nouvelles tentations. Ah! ma Souveraine et mon refuge, secourez-moi, cachez-moi sous voire manteau, ne souffrez pas qu’on me voie redevenu leur esclave. À condition de vous invoquer je suis assuré de votre secours et de la victoire ; mais il me reste une crainte : il pourrait m'arriver de ne pas me souvenir de vous dans les tentations, et d'oublier de vous invoquer.

Ainsi, 6 Vierge sainte ! la grâce que je sollicite et que je désire obtenir de vous, c’est de me souvenir toujours de vous, suriout dans les combats que j'ai à soutenir : accordez-moi d’être fidèle à vous invoquer fréquemment, en disant: Marie, secourez-moi ; secourez-moi, 6 Marie | Et quand enfin viendra le jour de ma dernière lutte contre l'enfer, à l'heure de ma mort, ah ! ma Reine, assislez-moi plus puissamment encore en ce moment-là,

el vous-même, faites-moi penser alors à vous invoquer plus souvent, soit de bouche, soit au moins de Cœur ; afin qu'en expirant avec votre doux nom et celui de votre divin Fils Jésus sur les lèvres, je puisse être admis à vous bénir et à vous louer en paradis, pour ne plus cesser de me tenir à vos pieds pendant toute |

élernité. Amen.

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