MARIE, NOTRE MED1ATR,CE
Que l’inte. cession de Marie nous est nécessaire pour nous sauver.
La foi nous enseigne qu’il est, non seulement permis, mais encore utile et conforme à la piété, d’invoquer et de prier les saints, et principalement leur Reine, la très sainte Vierge Marie, afin d’obtenir la grâce divine par leur intercession. Cette vérité, l'Eglise l’a définie en divers conciles, et elle a condamné comme hérétiques ceux qui réprouvaient l’invocation des saints comme injurieuse à Jésus-Christ, notre unique Médiateur. Si, après sa mort Jérémie, prie pour Jérusalem ; si les vieillards de l’Apocalypse présentent à Dieu les prières des justes ; si saint Pierre promet à ses disciples de se souvenir d’eux dans l’autre vie ; si saint Etienne prie pour ses persécuteurs ; si saint Paul prie pour ses compagnons et ses amis ; il est clair que les saints peuvent prier pour nous ; mais alors, pourquoi ne pourrions-nous pas supplier les saints d’intercéder en notre faveur? D’un autre côté, saint Paul se recommande aux prières de ses disciples : Priez pour nous, dit-il aux Thessaloniciens ; saint Jacques exhorte les fidèles en ces termes : Pricz les
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uns pour les aut: s, ufin que ous soyez sauvés. Nous pouvons done, nc::: :u«s!, quêter les prières d'autrui, et en particulier celles des saints.
Que Jésus Christ soit notre unique Médiateur de ustice ; que lui seul nous ait obtenu par ses mérites a réconciliation avec Dieu ; qui le nie? Mais d’autre part, c’est une impiété de nier que Dieu se plaise à octroyer ses grâces en ayant égard à l’intercession des saints, et surtout à celle de la divine Mère, Marie, que Jésus désire tant de voir aimée et honorée de nous. Qui ne sait que l’honneur rendu aux parents rejaillit sur leurs enfants? Les pères sont la gloire de leurs fils, selon le Sage. Qu’on ne craigne donc pas d’obseurcir la gloire du Fils à force de louer la Mère, car honorer la Mère, c’est louer le Fils : “Il n’est nullement douteux, dit saint Bernard, que toutes les louanges que nous donnons à la Mère, ne remontent jusqu’au Fils. Saint Ildephonse dit pareïllement que tout l’honneur qui se rend à la Mère et à la Reine, retourne au Fils et au roi. En effet, personne n’en doute, c’est en considération des mérites de Jésus-Christ que Marie fut investie de ce grand pouvoir qui la constitue Médiatrice, disons-nous, non pas à titre de justice,
mais à titre de grâce et par intercession. Saint Bonaventure n'hésite pas à l'appeler ainsi ; et saint Laurent Justinien demande : Comment ne serait-elle pas pleine de grâce, celle qui est devenue lEchelle du paradis, la Porte du ciel, la véritable Médiatrice entre Dieu et les hommes ?
À ce propos, Suarez observe avec raison que prier la sainte Vierge de nous obtenir des grâces, c’est témoigner que nous nous défions, non pas de la miséricorde divine, mais de nous-mêmes et de notre indignité ; nous nous recommandons à Marie, afin que sa dignité supplée à notre misère.
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Ainsi, que ce soit une chose utile et sainte de recourir à l’intercession de Marie, ceux-là seuls peuvent le révoquer en doute qui renoncent à la foi. Mais le point que nous prétendons établir ici, c’est que l’intercession de Marie nous est même aécessaire pour le salut, c’est-à-dire, pour parler avec précision, non pas absolument mais moralement nécessaire. Et nous disons que cette nécessité découle de la volonté de Dieu même, lequel ne veut pas nous faire de grâces qui ne passent par les mains de Marie. C’est le sentiment de saint Bernard ; et nous pouvons ajouter, avec l’auteur du Règne de Marie, que ce sentiment est communément suivi aujourd’hui par les théologiens et les docteurs. Ainsi ont enseigné Vega, Mendozza, Paciucchelli, Segneri, Poiré, Crasset et un très grand nombre d’autres savant: écrivains. Le père Noël Alexandre lui-même, pourtant si réservé dans ses propositions, affirme aussi que la volonté de Dieu est que nous attendions toutes les grâces par l’intercession de Marie ; et il cite à l’appui le mot célèhre de saint Bernard : “La volonté de Dieu est que nous ayons tout par Marie.” Le père Contenson soutient la même doctrine ; il explique en ce sens les paroles adressées par Jésus du haut de la croix à saint Jean et il les commente en ces termes : “Voilà votre M ère, c'est comme si le Sauveur eût dit : Personne n’aura part aux mérites du sang que je répands, si ce n’est par l’intercession de ma Mère. Mes plaies sont les sources de la grâce ; mais les ruisseaux n’en couleront sur aucune âme que par le canal de Marie. Jean, mon cher disciple, vous serez aimé de moi en proportion de l’amour filial que vous aurez pour elle.”
Selon saint Bernard, Dieu a comblé Marie de toutes les grâces, afin que tous les biens destinés aux hommes leur arrivent par elle comme par un canal céleste :
‘Pareil à un aqueduc plein jusqu’£u bord, elle donne à
tous de sa plénitude.” Le saint fait en outre une réflexion bien remarquable ! Si, dit-il, avant la naissance de la bienheureuse Vierge, on ne voyait pas dans le monde ce courant de grâces qui s’épanchent aujourd’hui sur tous les hommes, c’est qu’alors cet Aqueduc si désirable y manquait. Marie a été donnée au monde afin que, par ce canal de grâces, les dons célestes descendent continuellement jusqu’à nous.
Le démon le sait bien ; aussi, de même que pour réduire la ville de Béthulie, Holopherne en fit couper les aqueducs, cet esprit malin s’attache de tout son pouvoir à détruire dans les âmes la dévotion envers la Mère de Dieu » Car, ce canal salutaire une fois fermé, il lui devient facile de les subjuguer : “Voyez donc, conclut + même Père, voyez, âmes fidèles, avec quelle af. -ise dévotion le Seigneur veut que nous honorions : …e Reine! Il a mis en elle la plénitude de tous les biens, afin de nous obliger à recourir sans cesse à elle avec une entière confiance en sa protection, et à reconnaître ainsi que désormais, s’il est Pour nous quelque espérance d’obtenir la grâce et d'arriver à la gloire, nous ne p'uvons la voir réaliser
pareillement : “Toutes les grâces qui ont jamais été départies aux hommes, leur sont venues par le moyen de Marie.”
Voilà pourquoi elle est comparée à la lune. Placée entre le soleil et la terre, dit saint Bonaventure, la lune renvoie à cette dernière la lumière qu’elle-même reçoit du soleil ; et Marie reçoit du soleil divin les célestes influences de la grâce, pour nous les transmettre ici-bas.
C’est pour le même motif que la sainte Eglise l’invoque sous le titre de Porte du ciel : Felix cœli porta. Toute lettre de grâce émanée du roi passe par la porte
de son palais; ainsi, remarque saint Bernard, nulle gros ne descend du ciel sur la terre, sans passer par es mains de Marie. Et, rendant raison de la même appellation, saint Bonaventure ajoute que nul nepeut entrer dans le ciel, sans passer par cette bienheureuse Porte qui est Marie.
Nous sommes encore confirmés dans notre sentiments par saint Jérôme, ou, comme certains le veulent, par un autre auteur ancien, dont le sermon sur l’Assomption a été inséré parmi les œuvies de ce Pè-e. On lit dans ce sermon que la plénitude de la grâce est en Jésus-Christ comme dans la tête d’où découlent et se répandent en nous, ses membres, tous les esprits vitaux, c’est-à-dire, les secours divins nécessaires au salut ; et que la même plénitude se trouve en Marie comme dans le cou, par lequel les esprits vitaux descendent dansles membres. Saint Bernardin s'empare de cette pensée et la développe: “C’est par la bienheureuse Vierge, dit-il, que toutes les grâces de la vie épirituelle descendent de Jésus-Christ, Chef sacré de l’Eglise, dans son corps mystique, c’est-à-dire dans les fidèles.” Et rendant compte de cette prérogative de la divine Mère, il ajoute : “Depuis qu’il a plu au Seigneur d’habiter dans le sein de la bienheureuse Vierge, elle a en quelque sorte acquis une certaine juridiction sur toutes les grâces ; car Jésus-Christ, en sortant de ses chastes entrailles, fit en même temps sortir d'elle, comme d’un céleste réservoir, tous les courants des dons divins.”’—Le saint répète ia même chose ailleurs, et en tire cette conclusion qu’à partir de l’Incarnation du Verbe, “nulle créature n’a obtenu de Dieu une grâce quelconque, si ce n’est par les mains de notre bonne et tendre Mère.”
Un auteur interprète dans le sens de notre thèse, le passage où Jérémie prédit, à propos de l’Incarnafion du Verbe dans le sein de Marie, qu’une Femme