ET
Et ne dites pas, 6 Vierge sainte, semble ajouter saint George de Nicomédie ; ne dites pas que la multitude de nos péchés vous empêche de nous secourir : car telles sont votre puissance et votre bonté, qu’il n’est pas de fautes si nombreuses qui puissent en dépasser les bornes. Rien ne résiste à votre puissance, parce que votre Créateur qui est aussi le nôtre, regarde votre gloire comme la sienne, et croit se faire honneur à lui-même en honorant sa Mère ; Aussi le fait-il avec une joie extrême : on dirait qu’en exauçant vos prières, il acquitte une dette. Oui, une dette, car, veut dire le saint, bien que Marie soit infiniment obligée envers son Fils, qui l’a choisie pour Mère, on ne peut nier qu’à son tour il ne soit, lui-même, fort obligé envers Marie, puisqu’elle lui a donné l’être humain. Eh bien! pour payer en quelque sorte à sa Mère tout ce qu’il lui doit, Jésus se plaît à accrottre sa gloire, qui lui est si chère, et spécialement en lui accordant toutes ses requêtes.
Quelle confiance ne devons-nous donc pas avoir en cette auguste Reine, nous qui la savons si puissante auprès de Dieu, et en même temps si riche de miséricorde, que personne au monde n’est exclu de sa tendresse et de ses faveurs ! C’est ce que la bienheureuse Vierge a révélé elle-même à sainte Brigitte :
“Je suis, lui dit-elle un jour, la Reine du ciel et la Mère de miséricorde ; je suis la joie des justes et la porte par laquelle les pécheurs ont accès auprès de Dieu. Il n’est pas de pécheur maudit au point d’être privé des effets de ma miséricorde tant qu’il vit sur la terre ; car il n’en est aucun qui ne doive quelque grâce à mon intercession, ne fût-ce .que celle d’être moins tenté par les démons. Aucun pécheur, ajouta-t-elle, à moins qu’il ne soit tout à fait maudit (c’est-à-dire frappé de la malédiction finale et irrévocable qui se prononce contre les damnés), aucun pécheur n’est tellement rejeté de Dieu, qu’il ne puisse , en n:'appelant à son aide, retourner à Dieu et obtenir miséricorde. Tout le monde, dit-elle encore, m’appelle Mère de miséricorde, et vraiment, c’est la miséricorde de Dieu envers les hommes qui m’a rendue si miséricordieuse à leur égard. Enfin elle conclut en ces termes : Bien malheureux sera donc, dans la vie future, et malheureux à jamais, celui qui se sera damné faute de recourir à moi, comme il le pouvait, dans la vie présente, à moi, si miséricordieuse envers tous les hommes, et si désireuse de venir en aide aux pécheurs.”?
Voulons-nous donc assurer notre salut? Allons souvent, allons sans cesse nous réfugier aux pieds de cette douce Reine, et si la vue de nos péchés nous épouvante et nous décourage, souvenons-nous que Marie a été établie Reine de miséricorde pour sauver, par sa protection, les pécheurs les plus coupables et les plus désespérés, pourvu-qu’ !s se recommandent à elle. Ils doivent former sa couronne dans le ciel, comme le lui fait entendre l’Epoux divin, en lui disant: Viens du Liban, mon Epouse ; viens du Liban, viens tu seras couronnée... des cavernes des lions et des montagnes qui servent de retraite aux léopards. Quelles sont, en effet, ces retraites de bêtes monstrueuses, sinon les malheureux pécheurs ? leurs âmes ne sont-
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elles pas des réceptacles de péchés divers, monstres les plus affreux que l’on puisse concevoir ?—Qui, ô Marie ! je le dis avec l'abbé Rupert : C’est le salut de ces pauvres pécheurs qui sera votre couronne en paradis, couronne bien digne de vous et la mieux appropriée à une Reine de miséricorde.
On peut lire à ce sujet l'exemple suivant.
EXEMPLE
Il est raconté dans la vie de la sœur Catherine de Saint-Augustin, que : 1ns l'endroit où habitait cette servante de Dieu, se trouvait une femme appelée Marie, qui avait mené une vie scandaleuse dès sa jeunesse, et ‘ , parvenue à un âge avancé, persistait avec obstiation dans ses désordres. Chassée enfin par les habitants, et réduite à se retirer dans une grotte solitaire, elle y mourut consumée par une horrible maladie, sans secours humains et sans sacrements. Après une telle vie et une telle mort, son cadavre fut enfoui comme celui d’un animal immonde. Sœur Catherine avait coutume de recommander instamment à Dieu les âmes de tous ceux qui passaient à l’autre vie; néanmoins, ayant appris la triste fin de cette malheureuse, elle ne songea nullement à prier pour elle, la croyant, comme tout le monde, à jamais perdue. Quatre ans s'étaient écoulés, lorsqu’un jour se présenta devant elle une âme du purgatoire, qui lui dit : “Sœur Catherine, quel malheur est le mien ! vous recommandez à Dieu les âmes de tous ceux qui meurent ; je suis la seule dont vous n’ayez pas eu compassion Et «ii êtes-vous ?demanda la servante de Dieu.—Je suis, répondit-elle, cette pauvre Marie qui mourut dans la grotte. —Quoi ! êtes-vous donc sauvée ?—Oui, je suis sauvée, grâce à la miséricorde de la sainte Vierge—Et comment ?—Quand je me
vis prés de mourir, me trouvant ainsi abandornée de tout le monde et chargée de tant de péchés, je me tournai vers la Mère de Dieu et lui dis : ‘Reine du ciel, vous êtes le refuge des pauvres délaissés, et me “voici abandonnée de tout le monde ; vous êtes ‘mon unique espérance, vous seule pouvez me se- ‘“ courir, ayez pitié de moi.” La douce Marie m’obtint la grâce d* faire un acte de contrition, je mourus, et je fus sauvée. (Cette bonne mère m’a procuré en outre la faveur de voir ma peine abrégée, en rachetant par l’intensité de mes souffrances une bonne partie des années qu’elles devaient durer. Il ne faut que quelques messes pour me délivrer du purgatoire ; je vous prie de me les faire dire, et je vous promets de ne jamais cesser, après cela, de prier Dieu et la bienheureuse Vierge pour vous.’ Sœur Catherine fit aussitôt célébrer des messes pour elle, et, au bout de quelques jours, cette âme lui apparut de nouveau, plus brillante que !e soleil, et lui dit : “Je vous remercie, ma chère Catherine ; je vais maintenant en paradis chanter les miséricordes de mon Dieu et prier pour vous.”
PRIERE
O Marie, Mère de mon Dieu et ma souveraine Maitresse, tel que se présenterait à une grande reine un misérable tout couvert de plaies et de souillures, tel je me présente à vous, qui êtes la Reine du ciel et de la terre ; du haut de ce trône ylorieux où vous êtes assise, ne dédaïignez pas, je vous en supplie, d’abaisser vos regards sur ce pauvre pécheur. Dieu vous a renduc riche comme vous l’êles, pour que vous secouriez les pauvres, et il vous a élablie Reine de miséricorde pour vous mettre à même de soulager les misérables : regardez-moi donc, et pranez compassion de moi ; regardez-moi et ne m’'a-
= — bandonnez a que vous ne m'ayez changé de Décheur en saint. Je reconnais que je ne mérite rien, ou plutôt, en punition de mon tngratitude, je mériterais de me voir dépouillé de toutes les grâces qui me sont venus du Seigneur par votre entremise ; heureusement la Reine de
et qui est lus pauvre et plus nécessiteux que moi? Ô
] res, je sais que vous êtes la Reine du monde, el par conséquent ma Reine ; je veux me consacrer à votre service d’une manière Plus spéciale, et vous laisser
avec sati:i Bonaventure : Gouvernez-moi, 6 ma Reine, et ne me laissez pas à moi-même ; comma , employez-moi selon votre gré, et même châtiez-moi, quand je ne vous obéis Point ; oh! combien me seront salutaires les châtiments de votre main | J'estime plus ns de vous servir que celui de commander à toute
Plus que moi, 6 mon aimable Reine. Je vous le promets, et celle promesse j'espère la tenir avec votre secours. Ainen.
Combien notre confiance en Marie doit être plus grande encore, parce qu’elle est notro Mère.
Les serviteurs de Marie ge plaisent à l’appeler leur Mère ; ils ne savent même, ce semble, l’invoquer
Sous un autre titre ; jamais ils ne se lassent de la nom-
ER en
mer ainsi. Ce n’est pas au hasard ni sans motif, car elle est bien réellement leur Mère. Marie est notre Mère à tous, non pas selon la chair mais selon l'esprit : elle est la Mère de nos âmes et de notre salut.
Le péché avait dépouillé nos âmes de la grâce divine, qui est leur vie, et les avait livrées à la plus déplorable des morts. Dans l'excès de sa miséricorde et de son amour, Jésus, notre Rédempteur, vint à nous et nous rendit, au prix de sa mort sur la croix, la vie que nous avions perdue : Je suis venu, a-t-il dit lui-même, afin que mes brebis aient la vie, et qu’elles l'aient plus abondamment. Il dit : Plus abondamment, car, selon les théologiens, Jésus-Christ nous apporta plus de bien en nous rachetant qu’Adam ne nous avait causé de mal par son péché. Ainsi, en nous réconciliant avec Dieu, Jésus est devenu, sous le régime de la loi de grâce, le Père de nos âmes : c’est Ià ce qu'Isaïe avait prédit en l'appelant le Père du siècle Jutur, le Prince de la paix. Dr, si Jésus-Christ est le Père de nos âmes, Marie en est la Mère ; Car, en nous donnant Jésus, elle nous a donné la véritable Vie, et en offrant ensuite sur le Calvaire la vie de son Fils pour notre salut, elle nous a enfantés à la vie de la
ce.
Ce fut donc en deux circonstances, comme nous l’apprennent les saints Pères, que Marie devint notre Mère spirituelle.
Ce fut premièrement quand elle conçut dans son sein virginal le Fils de Dieu ; tel est l’enseignement du bienheureux Albert-le-Grand ; et saint Bernardin de Sienne nous l’explique en ces termes : Quand Marie, instruite par l’Ange des desseins de Dieu sur elle, donna le consentement que le Verbe éternel attendait pour devenir son Fils, elle demanda en même temps à Dieu, avec un amour immense, le salut du genre humain, et elle se dévoua tellement à l’œuvre de notre
rédemption que, comme la plus tendre des mères, 4 nous porta tous dès lors dans les entrailles de sa charité.
Dans le récit de la naissance de notre Sauveur, saint Luc dit que Marie mit au monde son premier-né. Cela fait supposer, observe un auteur, qu’elle a eu d’autres enfants après celui-là ; mais, continue-t-il, puisqu'il est de foi que la Vierge n’a pas eu, selon la chair, d’autres enfants que Jésus-Christ, il s’ensuit
u’elle a dû en avoir selon l'esprit, et c’est nous tous.
ette explication fut révélée par le Seigneur lui-même à sainte Gertrude : lisant un jour dans l’Evangile le Passage en question, elle en fut troublée ; elle ne pouvait comprendre comment Jésus-Christ peut s’appeler le premier-né d’une Mère dont il est le Fils unique ; or, Dieu lui fit comprendre que Jésus est le premier-né de Marie selon la chair, et les autres hommes ses puînés selon l'esprit.
Ainsi s’entend encore ce qui est dit de la bienheureuse Vierge dans les Cantiques : Votre sein est comme un monceau de froment, tout environné de lis.— Saint Ambroise commente ces paroles en disant que, dans le sein très pur de Marie, il n’y eut qu’un seul grain, à savoir, Jésus-Christ, lequel est néanmoins comparé à un monceau de froment, parce que dans ce seul grain étaient renfermés tous les élus, dont Marie devait être aussi la Mère. La même pensée est ainsi exprimée par l’abbé Guillaume : En mettant au monde Jésus-Christ, notre Sauveur et notre Vie, Marie nous a tous enfantés au salut et à la vie. :
En second lieu, Marie nous a enfantés à la grâce sur le Calvaire, lorsque, d’un cœur brisé par la douleur, elle offrit au Père éternel pour notre salut la vie de son
ils bien-aimé. Saint Augustin affirme en effet qu’en contribuant alors par se charité à faire naître les fidèles à la vie de la grâce, Marie devint notre Mère
à tous, la Mère spirituelle de tous les membres du corps mystique de Jésus-Christ. Et c’est dans ce sens qu’on applique à la bienheureuse Vierge ces mots des Cantiques : Ils m'ont placée comme gardienne dans les vignes, et je n'ai pas gardé ma propre vigne. Car, dans son désir de sauver nos âmes, Marie consentit à sacrifier, à livrer à la mort son propre Fils : En vue du salut d’un grand nombre d’âmes, dit Guillaume, elle a abandonné son âme propre à la mort. Or, l’âme de Marie, n’était-ce pas son Jésus? n’était-il pe la vie et l'unique amour de sa Mère? Saint iméon avait donc raison de prédire à cette tendre Mère qu’un jour son âme bénie serait transpercée d’un glaive cruel ; ce glaive fut la lance qui le côté de Jésus, et, je le répète, Jésus était l’Âme de Marie. Eh bien ! ce fut en ce moment que, par ses douleurs, elle nous enfanta à la vie éternelle, et dès lors tous nous pouvons nous dire les enfants des douleurs de Marie. Cette Mère très aimante fut toujours parfaitement unie à la volonté de Dieu ; c’est pourquoi, voyant le Père porter l'amour envers nous jusqu’à vouloir sacrifier son Fils à notre salut, et le Fils nous aimer jusqu’à vouloir mourir pour nous, elle conforma son amour envers le genre humain à l’amour excessif du Père et du Fils ; et ce fut de tout cœur que, pour nous voir sauvés, elle consentit à la mort de son Fils. C’est la pensée de saint Bonaventure : “Il ne faut nullement douter, écrit-il, que Marie p’ait voulu, elle aussi, livrer son Fils pour le salut du genre humain, afin que la Mère fût de toute façon la fidèle imitatrice de Père.”’
Il est vrai que Jésus a voulu être seul à mourir pour la rédemption du genre humain, et, selon l'expression d’Isaïe, à fouler le vin de notre salut ;: néanmoins ayant égard à l’ardent désir qui pressa:t Marie de coopérer de son côté à ce grand ouvrage, il décida qu’el-
le y prendrait part en l'offrant, lui, Jésus, à l'autel
u sacrifice, et qu’ainsi elle deviendrait la Mère de nos âmes. Ce mystère nous fut dévoilé par notre Sauveur lui-même : sur le point d’expirer, il abaissa ses mg sur sa Mère et sur son disciple saint Jean tous deux debout au pied de sa croix, et dit d’abord à Marie : Ecce filius tuus, “voilà votre fils.” C'est comme s’il eût dit ; Voilà l’homme que vous venez de faire naître à la grâce en offrant ma vie pour son salut. S’adressant ensuite au disciple : Ecce Mater tua, lui dit-il, “voilà votre Mère.’ Par ces paroles, remarque saint Bernardin, Jésus donnait Marie pour mère, non pas au seul saint Jean, mais à tous les hommes, en raison de son amour pour eux. Et c’est là, selon Silveira, le motif pourquoi saint Jean, qui rapporte lui-même ce fait dans son Evangile, se désigne sous le nom commun de disciple : Jésus dit au disciple: Voilà votre Mère ; le Sauveur ne parlait donc pas à Jean, mais au disciple ; c’est-à-dire qu’en lui il voyait tous ceux qui, par la foi, sont ses disciples ; et c'était à eux tous qu’il donnait Marie pour Mère.
Je suis la Mère du bel amour, dit Marie. Elle parle ainsi, observe un auteur, parce que son amour pour nos âmes les rend belles aux yeux de Dieu, et l’engage elle-même à nous adopter avec toute la tendresse d’une mère, Et quelle mère, s’écrie saint Bonaventure quelle mère aime ses enfants et prend soin de leur bien-être, comme vous, à très douce Reine, vous nous aimez et veillez sur tous nos intérêts ?
Heureux ceux qui vivent sous la protection d’une Mère si aimante et si puissante ! Bien qu’au temps de David Marie ne fut pas encore née, cependant, au dire de saint Augustin, ce prophète demandait déjà à Dieu de le sauver à titre d’enfant de cette Vierge glorieuse : Sauvez, disait-il, le fils de votre Servante. De quelle servante? demande ce saint Docteur, si ce
Rs
n’est de celle qui a dit : Je suis la Servante du Seieur? Eh ! s'écrie Bellarmin, qui aura l'audace ’arracher des bras de Marie ses enfants, lorsqu'ils y cherchent un asile contre les poursuites de leurs ennemis ? Quel démon assez furieux, quelle passion assez violente pour les vaincre, s'ils placent leur con- £ance dans la protection d’une Mère si puissante? Quand la baleine voit son petit exposé à périr dans une tempête ou à être pris par les pêcheurs, elle ouvre la bouche, dit-on, et le es dans son sein. Ce qui est sûr c’est qu’ainsi fait Marie : quand cette bonne Mère
voit ses enfants exposés à de trop grands périls par la
violence des tentations, elle les cache avec amour
comme dans ses propres entrailles, assure Novarin,
les y tient à l’abri du danger, et ne cesse de les garder
ne : qu’elle les âit mis en sûreté dans le port u salut.
O Mère pleine de tendress, 1! à Mère pleine de bontél soyez à jamais bénie ! et béni soit à jamais le Dieu qui vous a donnée à nous pour Mère, et pour refuge assuré contre tous les hasards de cette vie —Dans une révélation faite pa: elle-même à sainte Brigitte, la très sainte Vierge s’est comparée à une mère qui, voyant son Fils entre les épées de ses ennemis, n’épargnerait aucun effort pour lui sauver la vie. C’est ainsi que j’agis, ajouta-t-elle, et que j’agirai toujours en faveurs de mes enfants, quelque coupables qu’ils soient, pourvu qu’ils invoquent mon secours. Voilà donc le moyen de vaincre l’enfer, et de le vaincre à coup sûr, dans tous les combats qu’il nous livre ; nous n’avons qu’à -ecourir à celle qui est la Mère de Dieu et la nôtre, en disant et en répétant sans cesse : Je me réfugie sous votre protection, 6 sainte Mère de Dieu ! — Combien de victoires les fidèles n’ont-ils pas i'emportées sur l’enfer par cette courte mais puissante prière ! C’est par ce moyen qu’une grande ser-
SE
vante de Dieu, la sœur Marie-Crucifiée, bénédictine, triomphait toujours des démons.
Courage donc, 6 vous qui êtes les enfants de Marie ; et nous savons qu’elle reçoit pour ses enfants tous ceux qui désirent l’être ; ee à et confiance ! Pouvez-vous craindre de périr, défendus et protégés comme vous l’êtes par une telle Mère? Voici ce que doit se dire, À la suite de saint Bonaventure, quiconque aime cette bonne Mère et ge met sous sa protection : O mon âme ! que crains-tu ? tu ne saurais perdre la causede ton salut éternel, puisque la sentence est laissée à la décision de Jésus, qui est ton Frère, et G: Marie, qui est ta Mère.—La mê"ne pensée remplissait saint Anseime d’une joie qu’il nous communique en s’écriant : O heureuse confiance nr) de assuré ! la Mère de Dieu est ma Mère ; avec quelle
Ecoutons donc la voix de notre Mère, qui nous appelle . Si quelqu'un est petit et faible comme un enfant, nous crie-t-elle, qu’il vienne à moi. Les °nfants ont Le ah à la bouche le nom de leur mère : et dens tous les dangers qui les menacent, à la moin-
» Parce que vous voulez nous protéger et nous sauver, ainsi que vous avez toujours fait quand vos enfants ont eu recours à vous.
EXEMPLE
L'histoire des fondations de la Compagnie de Jésus au royaume de Naples rapporte ce qui suit d’un jeune
nn
gentilhomme écossais, nommé Guillaume Elphinstone et parent du roi Jacques. Né dans l’hérésie, il en suivait les fausses doctrines ; mais éclairé d’une lumière divine qui lui faisait entrevoir son erreur, il vint en France, où, grâce aux instructions d’un bon père jésuie, aussi écr 3sais surtout à l’intercession de la bienheureuse Vierge, il connut enfin la vérité, abjura l’hérésie, et se fit catholique. Il passa ensuite à Rome. Là, un de ses amis, le voyant un jour fort affligé et tout en pleurs, lui en demanda cause. Le jeune homme répondit que, pendant la nuit, sa mère lui était apparue et lui avait dit : ‘Mon file, que tu es heureux d’être entré dans le sein de la véritable = | À moi, ayant eu le malheur de mourir dans l’hérésie, je suis à jamais perdue | Dès lors, il redoubla de ferveur dans la dévotion à Marie, qu’il choisit pour sou unique Mère ; elle lui inspira la pensée d’embrasser la vie religieuse, et il en fit le vœu.
Cependant, comme il était malade, il se rendit à Naples, espérant que le changement d’air rétablirait sa santé ; mais le Seigneur voulait qu’il y mourût, et qu’il mourût religieux. Peu après son arrivée en cette ville, sa maladie ayant été jugée mortelle, il obtint des pères jésuites, à force de prières et de larmes, son admission dans leur Ordre ; et lorsqu'il reçut le Viatique, il prononça ses vœux en présence du saint sacrement, et fut déclaré membre de la Compagnie.
Ainsi consolé, il attendrissait tout le monde par la vive effusion avec laquelle il remerciait Marie, sa bonne Mère, de l'avoir arraché à l’hérésie, ramené dans le sein de la véritable Eglise, et conduit enfin dans la maison de Dieu, pour y mourir au milieu des religieux ses frères. “Oh ! s’écriait-il, quelle gloire de mourir environné de tous ces anges l’ Comme on l’exhortait à prendre un peu de repos, il répondit : “Ah !
+ se
ce n’est pas le moment de me reposer, maintenant Ce la fin de ma vie approche.’ Au moment de mou-
r, il dit à ceux qui étaient présents : “Mes frères, ne voyez-vous pas ici les anges du ciel qui m'’assistent ?”’ Un des religieux, l'ayant entendu prononcer ee mots à voix basse, lui demanda ce qu'il
ienit : il répondit que son ange gardien lui avait révélé qu’il n’aurait que fort peu de temps à passer en purgatoire, et qu’il entrerait bientôt dans le ciel. Il reprit ensuite ses doux entretiens avec Marie, sa Mère bien aimée ; et, en répétant : “Ma Mère! ma Mère ! ”” comme un enfant qui s'endort dans les bras de sa mère, il expira paisiblement. Peu après, un saint religieux sut par révélation qu'il était déjà en paradis.
PRIERE
O Marie, ma très sainte Mère, comment est-il possible qu'ayant une Mère si sainte, je suis si pervers ; qu'ayant une Mère si embrasée d'amour pour Dieu, je suis si attaché aux créatures ; qu'ayant une Mère si riche de tertus, j'en sois si dénué? Ah ! ma très aimable Mère, il est vrai, je ne mérite plus d’être appelé votre enfant, je m'en suis rendu trop indigne par ma mauvaise vie ; je serai content si vous daignez me recevoir au nombre de vos serviteurs ; pour être compté parmi les derniers
vos serviteurs, bien volontiers je donnerais tous les royaumes de la terre. Oui, je serai content, si vous m'accordez cette grâce ; cependant, ne me refusez pas celle de vous appeler ma Mère ; ce nom me console, me touche le cœur, et me rappelle l'obligation où je suis de vous aimer ; ce nom m’inspire une grande confiance en vous ; quand le souvenir de mes péchés et de la justice divine me remplit de terreur, je me sens fortifié et tout rassuré par la pensée que vous êtes ma Mère. Per-
HE
meltez-moi donc de vous dire: Ma Mère, ma très aimable Mère ! C’est ainsi que je vous appelle et veux toujours vous appeler. Après Dieu, vous devez être en lout temps dans cette vallée de larmes, mon espérance, mon refuge et mon amour. J'espère mourir dans ces sentiments, en remettant, à mon dernier soupir, mon me entre vos mains bénies, et en vous disant : Ma Mère Marie, Marie ma Mère ! assistez-moi, ayez compassion de moi. Amen.
Combien est grand l’amour que nous porte Marie, notre Mère.
Après avoir établi que Marie est notre Mère, il est juste de considérer à quel point elle nous aime. L'amour des parents énvers leurs enfants est un amour nécessaire ; c’est pour cette raison, suivant la remarque de saint Thomas, que la loi divine, qui impose aux enfants l’obligation d’aimer leurs parents, ne fait point aux parents un précepte formel d’aimer leurs enfants. La nature a si profondément implanté dans les entrailles de tout être vivant l’amour de sa progéniture, que, comme le dit saint Ambroise, les bêtes même les plus sauvages ne peuvent s'empêcher d’aimer leurs petits. On raconte même qu’aux cris de leurs petits embarqués par les chasseurs, les tigres se jettent à la mer, et suivent le vaisseau à la nage jusqu’à ce qu'ils le rejoignent. Si donc, nous dit notre tendre Mère Marie, si les tigres mêmes aiment tant leurs petits, comment pourrais-je, moi, cesser de vous aimer, d’aimer mes enfants? Une Mère peutelle oublier son enfant, et perdre toute tendresse à l'égard du fruit de ses entrailles? mais quand même elle l’oublierait, moi je ne l'oublierai point, disait le Seigneur