‹ Glossaire de la vallée d'Yères pour servir à l'intelligence du dialecte haut-normand et à lChapitre 39 sur 278 · CAP · texte numérisé non relu

CAP

elle donna audit Pierre Tort un grand chanteau de gâteau. Selon l'abbé Corblet (Glossaire picard), h cantieu est un morceau de gâteau qu'une nouvelle mariée envoie ii celle des jeunes lilles du village qu'elle croit devoir se marier la première après elle. Coutume presque disparue.

Le V. fr. avait cant, côté, coin, partie ; d'où escanteUr. escantillery escandiller, mettre en pièces ; escantailloriy échantillon.

Li brans d^acier .i. poi escantela.

Aliscans, V. 1264.

CANULE, n. f. — Personne qui fatigue avec ses discours importuns. Il est aisé de comprendre comment cette arme « du mousquetaire à genoux, que le vulgaire, en langage conunun, appelle apothicaire » (Boursault), a pu désigner une personne ennuyeuse, a$som matUe. Au village, comme à la halle, ainsi que le disait je ne sais quel grammairien, il se fait plus de tropes qu'à l'Académie.

CANVRE, n. f. — Chanvre.

Il arriva qu^au temps où la chanvre se sème....

La Fontaine.

GAOIGNE, n. f. — Caboche, tête : « Je lui ai donné un rude coup su' s' caoigne,^

CAPELET, n. m. — Chapelet; terme de médecine.

GAPERON, n. m. — Botte de paille, gerbe dont on coiffe les villottes pur les préserver de la pluie. V. fr. caperon, sorte de coiffure.

Se nous veons deux testes mettre en ung caperon,

Haud de Sbb.

CAPE, Capiau, n. m. — Chapeau.

Cuydez-vous que, sous mon cappel^

Wy eust tant de philosophie ?

Villon.

a J'ai perdu min capet^ min capet des jours de fôte, etc. » (Chanson norm.)

GAPOUILLOUX, adj. masc. — Pouilleux.

GAPUCHIN, n. m. -^ Capucin.

CARBON, n. m. — Charbon ; d'où carbonner^ carbannier : « Item à Pierre Pourchel, de la paroisse de Monville, carbonnier, pour la Tendue de XV sommes de carbon. )>(Ext. de L. Delisle, Compte de 1406.)

Guillaumes Pot, rougist comme carbon,

Aliscans, t. 3050.

GARBONNADE, n. f. — Bon feu de charbons; en fr. ce mot a on sens différent.

CARGAHOUX, n. m. — Hutte où les charbonniers de la forôt d'En font leur cuisine. Cette loge ou plutôt cette « cliaumine enfumée » a la forme d'un pain de sucre et est ordinairement couverte avec des branches de houx ; de là sans doute son nom.

GARGAILLOT, n. m. — Appeau pour les cailles ; onomatopée.

Des courcaillets pour les cailles.

SoARRON, y. Trat?., iiv. FV.

GARGAN, n. m. et f. — Personne méchante ; jument difficile à conduire.

GARGUL, n. m. — Calcul ; de môme carculer, etc. — Querculer^ dans Eust. Deschamps.

GARDON, n. m. ~ Chardon.

Li asnes ki n^estoit avers Ne escars de paistre cardons.

Rkn, IV, 129.

GARÉSIS, Garisis, n. m.— Poires communes qui servent a brasser une espèce de boisson qu'on appelle poiré. Dicton :

Ce sont des poires de carési^

Si elles sont bonnes, mordez- j.

a Carési est bon son le pisle.» (Ane. Poés. fr,, 1. 1«'.)

GARILLONNER, v. act. ~ Donner des coups de fouet. Carillonner un cheval, un baudet qui ne veut pas avancer.

U n'est pas rare d'entendre une mère ou un père dire à quelqu'un de ses enfants qui lui désobéit : « Attends un peu, je vais te cori/lonner,ii

CA&IOT, n. m. — Chariot dans lequel on met les enfants pour leur apprendre à marcher ; en anglais go-cart, chariot pour marcher. Karios en comique signifie charrette, voiture.

CA&IQUE, n. fr. — Gros vêtement qui sert de pardessus ; dans Palsgrave, carrycke.

CARNAGE, n. m. — Viande pourrie, charogne ; s'emploie au fig.: < Ya-t-en, vieux carnage I » Ce mot s'applique aux animaux difficiles on à mener ou à dompter : « Quel carnage de vache, de cheval, etc t »

Il Tumulte, vacarme : a Hs se battent et font un carnage terribiO tous les jours.»

CARNAS, n. m. — Cadenas.

CARNU, Carlu, adj. — Charnu, nourrissant. On dit d'une soupe épaisse et bien mitonnée qu'elle est carnée. Du v. fr. carn, chair.

GARPENT, Carpin, n. m. — Bruit, Upage : « Faire un carpin du diable.» On trouve carpenierie avec cette signification :

Là ot d^espées molt grant carpenterie,

Aliscans, 463.

GARPSNTER, v. n. — S'amuser à tailler, à couper du bois : a Cet enfant est toujours à carpenter.» C'est ce que dans le Berry on appelle ckaptuer, (V. 6. Sand, la Petite Fadette.)

GARPENTIER, n. m. — Charpentier ; latin carpentarius. En anglais carpenter, importé par la conquête normande :

Si les ochit et abat à fuison

Com carpentiers fait petits boskillons.

AuscANS, V. 5591, Carpentiers et engigneors.

Wack, Rou, V. 11610.

Les noms de famille Carpentier, Lecarpentier, sont nombreux en Normandie.

CARPLETTSE, n. f . — Chenille. On a dit chate-pleuse {N. Fabrique) et catte-pelouse, c'est-à-dire chatte velue.

Bé dea, que ma c...., est pelouse ?

Elle semble une catte pelouse Ou une mousque à miel.

Patelin.

Chatte pelotisê est devena l'étrange nom de la chenille en anglais, Caterpillar, Quelques étymologistes font venir carpleuse du latin caro pUosa; chair velue.

GARQUE, n. f. ~ Charge : « H est revenu du bos avec une rade carque ; » armoricain karg.

Dériv. carjtf^, bas-latin carricare.

Ll cameus li a respundu K'unques de li carkiez ne fu,

Marie, Fabl. 70.

CA&RE, n. m. ^ Angle saillant d'une table ou autre meuble. Fr. came.

CARRÉE, n. f. — Cendre qui reste dans le carrier, après que la lessive est coulée.

CARRÉE, n. f. — Grande quantité. Quelqu'un achète des fruits et dit au marchand : « Vous ne m'en donnez pas beaucoup? — Ne faudrait-il pas vous en donner une carrée ? » répondra celui-ci. Carrée signifie exactement plein un char.

Une carée porteroit bien de pion.

Alisoans, t. 367.

CARRETTE, n. f. ~ Charrette.

Si grant faia porte, sans mençoigne conter, G^une carete i a molt à mener.

Aliscans, y. 3154.

Le V. fr. avait caretée, ce que contient une carette :

De mon or te donnerai une grande cartée,

FlERABKAS, V. 3052.

GARRIAU. n. m. — Carreau.

Il Affection des ganglions mésentériques ; maladie qui attaque surtout les enfants.

Les paysans de la vallée d'Yères connaissent trois sortes de carreaux : l® le rond ; 29 le plat ; 3^ le pierre.

Les deux premiers sont faciles à guérir. Il suffit d'appliquer sur le ventre de l'enfant un carrelet tout vivant et de l'y laisser jusqu'à ce qu'il soit mort ; après quoi l'enfant guéri peut aller jouer à la fos-

sette, à moins que Ton ait affaire au carreau pierre, lequel est incurable.

Comme on n'a pas' toujours un carrelet vivant sous la main, surtout lorsque Ton habite à huit ou dix lieues dans les terres, il est un autre moyen de chasser . le carreau rond et plat. Il faut faire toucher l'enfant par une personne qui a la spécialité de cette guérison. Cette personne prononce quelques paroles cabalistiques en touchant le ventre de l'enfant, et le carreau de déguerpir aussitôt, mais toujours à condition que ce ne soit pas le carreau pierre.

n ne faut pas croire que les gens qui ont le don de guérir le carreau soient désintéressés des choses de ce monde. H y en a qui se font un bon petit revenu avec la crédulité des campagnards, car dès qu'un enfant se devient mal, il ne peut avoir que le carreau. Et vite, on court chez le toucheur oii la toucheuse, rarement au médecin.

CARRIER, v.act. — Charrier. Dériv. carnage, action de charrier. Chemin de carriage, chemin où l'on peut passer avec un chariot. Carrieux celui qui fait son métier de charrier; un carrieux de bois, de cailloux, etc.

Cinquante carre qn^en ferai carier.

Ch. de Rol., p. 4.

CARRIER, n. m. — Grosse toile qu'on remplit de cendres, et dans laquelle on passe l'eau pour faire la lessive.

CARRIÈRE, n. f.~ En patois, ce mot signifie ramn, chemin creux. Ba»-lat. carreria, Du Cange.

CARROI, n.m. — Chariot qui transporte les meubles d'une mariée : € Allons voir passer le carroi. > Carroy, carroi est ancien dans notre langue, mais je ne l'ai rencontré nulle part avec le sens que4ui donnent nos paysans.

CARRON, n. m. —Charron; bas-lat. caronniuê, Du Cange.— « Dis donc, piot, sais- tu ce que c'est qu*un carron ? — Non. — Eh bien, c'est on co/ qui lèke sin cul. >

CARRUE, n. f. — Charrue; bas-lat. carruca : « Terra unius carrucœ. > (Cartulaire de l'abbaye de Redon, XI*''* siècle. ) Carruca est déjà dans Suétone avec le sens de chariot {Vie de Néron, ) : « Or

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