‹ Glossaire de la vallée d'Yères pour servir à l'intelligence du dialecte haut-normand et à lChapitre 65 sur 278 · DÉP · texte numérisé non relu

DÉP

comme adjectif. Da latin pannus, v. fr. peniau, haillon. (Rose, y. 15930.) Dans l'ancienne langue despaner ; ex. :

Sa vestéure fu toute despanée,

Alisoanb, 2739.

Elme barbiere et escus Li fu dépanés et derous.

Chast. de Coucy, V. 3327.

DÉPENDEUX D'Andonllles (Grand), n. m. — Niais, grand imbécile, mauvais sujet, à qui sa haute taille permet de dépendre^ d'enlever les andouilles que les charcutiers suspendent daub leurs bontiques pour servir d'enseignes. Les hommes grands ne sont pas en faveur auprès du peuple qui juge de leur esprit en raison inverse de leur taille.

Dicton :

Grand NiqucdouiUe, Lépendeux d^andouilles.

DÉPENS, n. m. plur. — Ce mot a chez nous une acception particuUère ; ex. : « Unàne est un animal de peu de dépens^ » qui coûte peu à nourrir.

Ne pas faire grands dépens, vivre de peu.

DÉPIAUGER, Dépiauler, Dépiauter, v. act. — Ecorcher, ôter la peau {jpiaUy en patois.) Dans Âdam-le- Bossu, despieler ; dans Rutebœuf, pelicer.

Or veut de l'argent ma norrice.

Qui m'en destraint et mepélice.

Pour Tenfant pestre.

La comp, de Rut.

Il Se dépiaucer, se battre jusqu*à s'arracher la peau.

DÉPIÉGETER, v. act. — Mettre en pièces. Nous avons conservé son corrélatif rapièceter.

DÉPLANCHER, v. act. — (V. plandier.)

DÉPORTER (Se), V. réfl. — Se dédire; ne pas tenir sa parole, revenir sur un engagement pris : a II avait dit qu'il prendrait ce cheval pour 600 francs; mais il s'eit déporté, y>

DÈS lii

Il S'abstenir de, renoncer à; très-usité dans ce sens dans le t. français.

D^ortez^vous de tels esbas.

Encore ne m^avez-vous mie, Encore ne m^ayez-vous pas.

Ch. d^Orléans.

c Que tous grandisseurs se déportent de donner leurs coups de bec, jecter leurs brocards accoutumez, s'ils ne veulent sentir la main forte de celuy à la parole duquel ils devroyent trembler. » (Calvin).

DÉPOTETER, v. act. — Tirer du cidre d un tonneau pour le mettre dans un autre.

Il Vendre du cidre en pots,

DÉRACHINER, Dérachainer, v. act. — Déraciner, de rachine, rachaine.

DÉRAQUERf v. act. — Tirer du bourbier : c Les chemins sont si mauvais, qu on ne peut pas se déraquer. De raque, boue, qui anciennement signifiait mare.

DÉRIRE, V. n. — Rire, plaisanter. Employé seulement dans ces sortes de phrases : « Jouons-nous pour de bon ou pour dérire'i — N'aie pas peur, je t'ai dit cela pour dérire. » De de, préfixe augmentatif, et ridere.

DÉROTER, V. n.~ Sortir de la rote, du sillon que trace la charrue. Ane. se desroier, s'égarer.

Di li que bien ses la voie

Au Jouvencel qui se desroie.

Stances sur la Mort, VI.

DÉSARGENTÉ, part, passé. — Celui qui n'a plus d'argent.

DESCENTE,, n. f. — Hernie.

DÉSERT, adj. ^ Ce mot quia le même sens quen français, s'emploie dans certaines phrases toutes latines ; Ex : « Comme c'est désert <ians cette maison ) — Comme tout est désert dans ce village t »

DÉSIGNALEMENT, n. m. ^ Signalement.

DÉSORCELER, v. act. — Désensorceler : c ... que d'Aubigné

111 DËT

appellcHt oaTertement la comtesse de Gaicfae soirière, raecosant de lavoir ensortielé, qu'il avait mesme oonsuilé là-dessus le médeda Hotleman sur des philtrt» qui [:«uTaieiit le deteaxHfr, > f^D'Aubigné.

Vu, Lxxn\

DESSAQUER, v. act. — Tirer quelque chose d'un sor, d'une bourse, d'une poche : c AJIons vile, dessaque un peu ion argent, qu'on en voie la couleur.»

i: Se dessaqwn-, au fîg., sortir de : t Se dessaquera-t-H de sa maison ? — D ne veut pas se dessaquer ^ * se montrer. Y. fr. desaAer.

DESSâQUETER, V. act.— Tirer du blé, de l'avoine, etc., d'un sac pour le remettre dans un autre.

DKRLIHGDER, v. n. — Se dit du tintement d'une sonnette ; de drdin^ drelin, onomatopée.

DÉTAODER. v. act. — Détacher : r Et li soudans prist le ooukin, et li destaka la lettre de devons Feile. et la fist l'ire. • iCknm. de Raitks, cité par Litiré. » — V. le mot attaquer.

DiTASSE&r ^' 2urt. — Défaire ce qui est en tas : délasser du foin, du trèfle, etc.

DKTEIID&S, V. act.— Eteindre.

En La chambre revint arrière.

<^e le fea dditeindn coida.

Chxst.. XXIII, T. î^.

Je de^iains le fea. Je Tallume.

Poésies attribuées à Vi/fon.

Au figuré :

De nos bra^aliiès Destaii^txs ceste mesche.

J. Le Houx.

.\preâ eâacer et d^4taindr€

Toute joie

Ch. d Orl., balL XIV.

DÉTEHTION D'URINE, n. f.— RétenUon.

DiTEURDRS, v. act. — Détordre. — Se deteurdrt^ se remuer, se

DÉT M3

donner beaucoup de mai : « Voilà un homme qui se déteurd au trayail I »

Il Faire des difiScultés, résister : « J'en ai eu beau me déteurdre^ il a fallu donner le prix qu'il voulait.»

Si se débat et se detuert,

Crestiens, dans Bartsch., 124.

DÉTIÉDIR, V. a. — Refroidir, devenir tiède : « Faites détiédir l'eau.»

DÉTOMBIR, y. act. ~ Mettre chauffer un liquide jusqu'à ce qu'il devienne tiède : a Votre café est froid, il n'est pas seulement détombi.r^

DÉTORQUER, v. act. ^ Oter la selle d'un cheval, le bât d'un âne. De Torque, qui en patois signifie selle.

DÉTOURBER, v. act. — Déranger, interrompre, t 11 le desturhad el veage. » {Rots, ch. XV.)

Priez, amans, qui voulez en liesse Servir amours, car guerre, par rudesse, Vous destourbe de vos dames hanter.

Ch. d'Orléans.

c Les pauvres Parisiens en ont dans leurs bottes bie9 avant, et sera prou difBcile de les détourbei-. » (Sat. Menippée.) Le V. fr. avait aussi le substantif détourbier, obstacle :

D'iUoec porra en quatre jours, Venir, se il n'a destourbiers^ En Babiloine o ses somiers.

Floire et Blanc, p. 49.

On dict que bien souvent entre bec et cueiller, Il vient du destourbier,

J. Le Houx.

Ce mot se retrouve dans le latin disturbare, l'anglais disturb, l'espagnol disturbar.

DÉTRIER, V. act. — Trier, choisir : « Je veux bien vous acheter des pommes, mais il faut que je \es détrie, t Etym. de, préfixe, et trier. De est augmentatif comme dans déteiidre, dégratter, dérire, déêoquer, détiédir, etc., que l'on a déjà vus. De même en latin de donne quelquefois au mot auquel il est joint le sens d'un superlatif ; es. : detinere, decmare, derumpere, deparcus, defessus, etc.

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