‹ Glossaire de la vallée d'Yères pour servir à l'intelligence du dialecte haut-normand et à lChapitre 70 sur 278 · DRA · texte numérisé non relu

DRA

Il Doolonreux, sensible. Comp. avec le fr. dotent et le vieux mot douloir,

DOUTANrS, n. f. — Doute, crainte. « J'avais la dautance que ce malheur arriverait.» Dans nos vieux auteurs, doutance est généralemwt synonyme de crainte ; ex. :

Ennemis de Dieu vous serez :

Et que pourront dire ses ennemis.

Là où les saints trembleront de dautance Devant celui pour qui rien n^est secret?

QUESNES DB BÉTHUNS.

De guerre n^avons plus doubtance.

Ch. d'Orl., ch. 112.

Trois hommes de bien et d^honneur, Desirans de sauver leur ame Et doubtans Dieu Notre Seigneur.

Villon, G„ t. CLXXI.

On voit par ce dernier exemple que douter signifiait aussi craindre, comme le latin dubitare, dans ce vers de Virgile :

Et dubitant homines serere atque impendere curam.

Géorg., II, 433.

Redouter f redoutable rappellent la signification ancienne de douter.

DOUTIRRET, n. m. ^ Pomme à cidre.

DRA6IE, n. f . ~ Mélange de vesce, d'avoine ou d'orge qu'on sème

an printemps.

Il Dragée : < C'est un biau parrain, i n'a mie acheté à'dragies I »

Dont se présentèrent varlet Qui donnèrent vin et dragie.

Chast. de Couct, V. 2078.

DBAPÉ, Drajdan, n. m. — Lange. Ce sont les anciennes formes drapel, drapiau.

Pour un enfant fautbers et drapiaux. >

EUST. DBSOHàMPS.

Ici venir, ici alors,

Ici veiUers, ici parlera.

Font as amans sous lor drapiaus

Durement amaigrir lor piaus.

RosB, V. 2556.

110 Dtn

DRÉG&EIt, T. act. — Verser le bouillon du pot^u-feu dans U soupière : « D est temps de drécher la soupe. »

Il Donner une verte correction : < Attends un peu, je te vais drécher, » dit-on à un enfant qui ne veut pas obéir.

DRËS QUE, loc. conj. — Dès que : c Je vois beaucoup de personnes qui sont en cette prononciation : Drès que je serai en état, remarque Marg. Buffet (Observ. page 133). Dr^^se dit aussi dans le Berry. (V. Jaubert, !«', p. 383.)

DRIÈRE, n. m. — Derrière. Au plur., chemins déUmmés : c Je suis arrivé par les drières. »

Il En drière, en cachette, à Tinsu de « : Elle donne aux pauvres en drière de son mari.»

DRINCHE, n. f. — Dyssenterie.

DROGUER, V. n. — Attendre, perdre son temps à attendre.

DROIT (tout), loc. adv. — Tout à Theure, justement : c II Tient tout droit d'arriver. — C'est tout droit ce qu'il fallait faire. »

Il Au droit, en face, vis-k-vis : « Il demeure au droit de nous. »

DROIT-NŒUD, n. m. — Nœud bien fait.

DROUILLE, n. f. — Sauce claire, où Ton peut < noyer ses guêtres, 9 comme disent nos paysans.

Il Dévoiement. Dériv. Brouiller, Drouilleux, DrouUlade,

DUIRE, V. act. — Corriger, châtier : « Si cet enfant ne tous obéit pas, il faut le duire. » Du lat. ducere.

Il Elever, instruire, habituer, comme dans nos vieux auteurs : 1 En la manière que l'en duist et chastie un asne ou un autre beste de labeur. » (Oresme, Eth., 326.)

c Ceux qui sont duicts à combattre nuds, on les veoid se jecter aux bazards... > (Montaigne, II, 12.)

De là (grand heur à moy) mon père me retire.

Me baille entre les mains de Dorât pour me duire,

Baïf.

Duit, dressé, en parlant des animaux : « Un cheval, un chien bien duit. n Le poète Coquillart a employé aduyre dans le sens de duire :

Se ung grant prince se vcxilt aduyre.,.

Coquillart. Le BlaBon.

DDR m

Ils BOAt à mal faire aduits^

J. DB Mbuno, dans Doohsz.

DTJISIBLI, adj. — Qui peut être duit : « Dévotieox (Louis XI), mais grand oppresseur de peuple pour entretenir ses pensionnaires estrangers et pour acheter à quelque prix que ce peust estre tous ceux qu'il oognoissoit duisiUes à ses desseins/» (Gilles Corrozet, AnUquitez de Paris.)

DlIRf adv. — Comme fort, clair, net, etc. ; a le sens de beaucoup, extrêmement. • Travailler dur, manger dur, crier dur, etc. • On appelle tape-dur, un homme dur au travail, à la peine. — Croire dur une chose, y croire fortement, d où le substantif Croidur, sobriquet que Ton donne à une personne crédule.

Dans nos vieux auteurs, duremen^Sivaiii le sens de notre mot dur.

Moult durement s^an mervilloient, Totes les gens qui la yeoient.

DOLOPATHOS, p. 275.

Souventes fois sa mère regretta, Gérart, son frère, que durement aima.

HuoN, ▼. 2643.

De voir sachiés, quant les ol, Moult durement m^en esjol.

RosB, V. 670.

< Li Escot sont dur et hardit durement. » (Froissart, I"^, SI.)

DlIRERf V. n. — Rester chez soi, rester à la môme place : i II faut que je me promène, je ne puis durer à la maison, b Nequeo durare in œdibus. (Plante.)

Il Ftt?r^ : « Je ne puis pas durer avec un pareil régime. »

Vo douce alaine m^a si le cuer enblé.

Je vous aim tant que je ne puis durer.

HuoN, V. 5851.

« Amen, fait-elle ; car nous ne pouvons durer avecques luy en nostre meson. » {Les XV Joies.) Comparez avec le latin :

Sub Jove durabant, et corpora nuda gerebant.

OvmE, Fastes., II, 299^

m DUS

Nan quœrit ab omni

Quisquis adest, socio, cur hœc in tempora dureté Quod facinuB dignum tam longo admiserit 8Bvo.

JuyÉNAL, sat. X.

En fnnfiBiSydurer ne s'emploie pas d'une manière absolue.

DUSQU'À, prép. — Jusqu'à : « Viens me conduire dusqu'à l'forôt. »

Ses nés commanda a chargier.

Puis appela de ses fouriers Dtisqu'à quarante ohevaliers.

Floire et BiAMC.

▼II lieues grans fist faire de muraige.

Qui encor durent desc'à la mer saWaige.

HuoN, ▼. 13.

Et quant li corps est mis en cendre.

Si covient à Dieu réson rendre De qjaanques fist dusquà la mort.

RUTKBŒUF.

Tout le monde par parole oignent.

Mes lor losenges les gens poignent Par derrière dusques as os.

La Rose, ▼. 1046.

Etym. latin de el U9quê,

I. — Dans notre patois Ve fermé des terminaisons se change toujours en e ouvert, et se prononce ai : boutai, véritai, chantai, ètai, etc. y bonté, vérité, chanté, été, etc. Les exemples de cette prononciation ouverte en ai, ou plus adoucie en ei, abondent dans les vieux auteurs de la langue d'oïl :

Neies Robert 11 archevesques Otrei en fist, o les evesques, Sor qui estait sa poestei^

Qui en la chartre sunt nummei,

GuiLL. DE Saint-P^r, V. 2426.

Vasseur qui estes à Vostei^ Et vos li bachcleir errant, N^aiez pas tant le siècle amei^ Ne sciez pas si non-sachant Que vos perdeiz la grant clartei Des cielz qui est sonz oscurtei.

On varra-hon vostre bontei :

Prenez la croix, Diez vos atant.

Rut., La Ck. de Puille,

La terminaison ée des participes et des noms féminins se prononce comme le simple e fermé. On dit mnUai, arrivai, couvai, nickai, appelai, etc., montée, arrivée, couvée, nichée, appelée. Il n'y a que quelques noms qui font exception, comme bouchée, poignée, aiguillée, amassée, brassée qui se prononcent bouchie, pognie, aguillie, amassie, brachie. Cette diphthongue ai qui a chez nous un son très-ouvert, au temps de Palsgrave se prononçait le plus communément ei. C'est ce son qui a prévalu dans beaucoup de mots, et particulièrement dans les imparfaits des verbes, le langage normand substituant des formes grêles et tenues aux syllabes pleines et sonores des autres dialectes. (V. Fallot, Rech,, p. 25. )

ISI EBO

É, pron. fém. de la 3« pers. plur. — Elles : aÉ disent qa'é ne viendront pas. » On prononce elles devant une voyelle ; quelquefois ez : vi Ez aiment ce qui est bon.»

EBEBFLEB, v. act. •- Y.Eberdouiller.

EBEBDOUILLEB, v. act. — Ecraser : nEberdauillerimliaïaiQOJï, • l'écraser sous le pied.

EBEBNEB, v. act. — Ebrener : « Les Français sont comme les enfants qui braillent quand on les ^>ême. » (Beaumardiais, dans Poitevin.)

EBEBSILLEB, v. act. — Mettre en pièces, en beniUes, (Y. ce mot.)

EBLAIBEB, v. act. — Epier, jeter des regards curieux sur les actions d'autrui : a Circumspicere cum oculis emissitiis >, comme dit Plaute ; se prend toujours en mauvaise part. Le blaireau est on animal défiant, qui regarde tout autour de lui, avant de s'aventurer hors de son terrier. Il n'est pas impossible que de blaireau on ait tiré éblairer.

EBLEUVIBi V. act. — Eblouir:

Si a par le cambre esgardé Et vit une si graut clarté Que de luor tes B^esblevi,

Du Roi G. é^ Angleterre,

EBOQUEB, V. act. — Dégrossir un morceau de bois; s'emploie au figuré : a Cet enfant commence à grandir, le voilà tout éboqué. » Fr. ébaucber. Génin et Littré dérivent ce motde es, préfixe, etbaiwÀe, sorte de mortier à bâtir : tirer de la bauche, préparer, dégrossir. Ge mot bauche, bauge, dont l'origine est inconnue., selon Littré, signifie encore lieu de travail, atelier, et il en tire les verbes débaucker et embaucher. D n'y a rien de clair dans ces suppositions; c'est pourquoi nous rattacherons éboquer au v. fr. Bosc, qui nous a déjà donné baquet, déboquer.

ÉBOULÉE, n. f. — Amas de terre qui s'éboule.

BBOUBSOUFFLEB, (S*), v. réfl.-- Perdre haleine : < S'ébtmrsouf'^ fier à courir; > Il est arrivé tout éboursoufflé.

EGA l»

EBRANQUER, y. act. — Ebrancher; d'où ébrancage, ébranqueux, celui qui fait son métier à'ébranguer, (v. Branque,)

EBRÉQUER, Ebergner, v. act. — Ebrécber.

EBREUILLER, v. act. — Faire sortir les entrailles, les breuilles.

EBRITER, V. act. — Ebruiter.

BBROUIRy Y. act. Echauffer, enivrer : c Le gros cidre Ta un peu ébraui, — D s'est en allé tout ébroui. » Comp. avec le latin ebrius. Peut-être aussi qix'ébrouir est une corruption i* éblouir, qui d'ailleurs s'emploie dans le même sens

EGAILLOUTER, Ecaluer, y. act. — Ramasser les cailloux dans une pièce de terre.

ECAPPER, V. act. — Echapper :

Sou bec uvri, si commença, Li furmaiges 11 escapa,

Mahie, Fab. 14

Dicton : < Heureux comme un cheval écappé, >

Toi même qui fais taut le cheval échappé^ Nous te verrous un jour songer au mariage.

Corneille.

Il S'écapper, dire ou faire des sottises, des maladresses ; s'emploie absolument : < D est temps d'arrêter vo fiu, il s'écappe. >

ECARBOUILLER, v. act. — Etendre la braise ou les charbons de l'âtre pour avoir plus de chaleur. Dans Rabelais, le bonhomme Grandgonsier esckarbotte le feu avec un bâton brûlé d'un bout.

Il S'écarbouiUer, s'éclaircir : u Le temps s'écarbouiUe ; la pluie ne durera pas. n

Etym. carbunculus, charbon.

BCARDONNER, v. act. — Echardonner, arracher les cardons. (V. ce mot.)

EGARDONNETTE, n. f. — Chardonneret.

EGARDONNETTES, n. f. plur. •» Longues tenailles en bois avec lesqoelles on arrache les chardons.

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