‹ Glossaire de la vallée d'Yeres, pour servir a l'intelligence du dialecte hautnormand et a l'histoire de la vieille langue françaiseChapitre 2 sur 257 · V^^A^LLEE ID'"YEI^ES · texte numérisé non relu

V^^A^LLEE ID'"YEI^ES

À, prép. — À exprime souvent le rapport de l'objet possédé au possesseur : « La ferme à Martin ; le cheval à Pierre. »

Cette locution a été conservée dans : « la barque a Caron ; la part à Dieu; le denier à Dieu; la vache à Colas. » Elle est très fréquente dans nos vieux auteurs : « Fils à putain, que est-ce que tu dis. » (Garin, v. 2690.) « Lors espousa selon la loi paiienne Coustans li biaus variés la belle fille à l'empereour. » (Nouv., XIII^ siècle.)

Desjà le point du jour peu à peu s'avauçoit Et la femme à Tithou son chemin commençoit.

Desportes, Elégies.

Dans ses romans rustiques, G. Sand a tenté de remettre cette tournure en honneur : « Voici comment le grand-père à Brulette et la mère à Joseph demeuraient sous même chaume. » (Les Maîtres Sonneurs.)

Les auteurs latins, surtout les poètes, employaient fréquemment le datif au lieu du génitif :

Pastores, hedera nascentem ornate poetam, Arcades invidia rumpantur ut ilia Codro.

ViRG.

Mos erat Romanis.

T. Liv.

De môme Au s'emploie pour du : « La fille au père Langlois. »

Li boens rois estoit cuens d'Anjou et de Provance, Et c'estoit filz de roi, frères au roi de France.

Rut., I, p. 169.

La peste de ta chute, empoisonneur au diable. Molière, Misanthrope.

Il A est mis pour aux dans cette locution : « Aller à vrêpes (vêpres), » et dans certains noms de localités : « La Fosse-à-Gats ; l'Arbre-à-Mouques. »

11-4, Au, dans certaines phrases elliptiques signifient chez, dans la maison de, dans la boutique de, à la fête, au pèlerinage de. — Aller à l'épicier, au médecin, à Saint-Onuphre.

Signalons encore ces locutions remarquables ; « Aller à dorures, aller à la ville pour acheter des bijoux; — aller à cailloux, aller ramasser des cailloux; — aller à pommes de terre, aller arracher des pommes de terre.

Il A pour de et en : « Venir à bonne heure — Je vous donne vingt francs à compte. »

A, Al, pron. pers., 3« personne du fém. singulier : — a A m'a dit de m'en aller.» Plus souvent cd, surlout devant une voyelle : «^/ a dit je ne sais quoi. »

« Vous voyez qu'a/ la soutient. — Vous êtes témoins comme al l'assure. » (Molière, Don Juan.)

Selon Burgay, cette forme yl/ ou Aie est bourguignonne, et se trouve quelquefois dans les sermons de Saint Bernard, ex. : «Car cornent feroient-eles à altrui ceu k'eles ne welent mies c'un facet à aies ? »

Dans notre patois al est toujours sujet. On dira : «.4/ a commandé qu'on s'adressât à elle. »

Al fait au pluriel elles, comme en français, devant une voyelle ; é, devant une consonne : « É disent qu'elles viendront nous voir. »

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