ENG
ENGE. — Race, espèce. Les paysans font ce mot tantôt masculin, tantôt féminin, et dans certaines localités, on prononce enge, dans d'autres inge : « Des poules, des pigeons de grande enge. »
Belinge, appellation injurieuse : « Voyez donc ce helinge qui se moque des autres ? »
Nous avons conservé les dérivés engeance et enger, dont l'étym. est incertaine. Auger dérive ce verbe de angere, Génin de augere, Diez de enecare, d'autres (D. de Trévoux) de ingignere.
Je ne sais qui a proposé le grec ysvsa, génération. Il nous semble qu'il faut rattacher enger au v. fr. engeindre, parfait ]engenui^ qui vient de ingignere.
ENGELER, v. acl. — N'est usité qu'au participe engelé qui a le même sens que gelé. Le patois a gardé de notre vieille langue l'usage d'accoler aux verbes des préfixes qui n'ont qu'un sens explétif ou surabondant.
Mes à la dame mésavint,
Que sire Ernous ses mariz vint
Toz moilliez et toz engelez.
Rut., t. II, p. 109.
Et de froit en ce bois sui enuuit engelée.
Berte,v. 1184.
Jusqu'à la fin du XVI^'"^ siècle, on écrivait ensuivre, envieillir, encommencer, engarder,engraver,engraveur, etc. : « Il (Dieu) a engravé en chacune de ses œuvres certains signes de sa majesté » (Calvin.)
« Première figure ou forme qui leur a esté donnée par le peintre
ou engraveur. » (Tahureau, Dial. 96.)
ENJETONNER, v. act. — « Enjetonner un taureau, » lui attacher la queue avec les cornes, de façon qu'étant forcé d'aller de travers, il ne puisse ni courir ni heurter.
ENGIGNER (S'), v. réfl. — (V. le mot qui suit.)
ENGIGNON, Ingignon, n. m. — Esprit, de ingenium : « Tu n'as point à'engigtion, » dit-on à celui qui ne sait pas se tirer d'affaire dans des circonstances difficiles. Comp. avec le vieux mot engig : Les pierres gietent grant clartez, Quar a compas furent assises, Et par engig i furent mises.
Floire et Blanc, 2« réd., v. 704.
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D'où s' engigner, s' engeigner à, cmp\ojeT lout son esprit tout son talent à faire une chose.
Anciennement engcigner (mot qui semblait à La Fontaine d'une énergie extrême), avait le sens de tromper, de prendre, pour ainsi dire, dans un engin.
Qui menestreil vuet engigner Moût en porroit mieulz bargigner ; Car mont souventes fois avient Que cil pour engignié se tient Qui menestreil engignier cuide.
Rut., De Cha7-lot le Juif.
Engingneus, trompeur, perfide. Ex. :
Li Leus
Qi mult est fel et engingneus.
Marie, fab. 82.
ENGUERBER, v. act. — Engerber.
ENGUILLEBAUDER, v. act. — Tromper, surprendre par de belles paroles : « Il m'a si bien en^juillebaudé que je lui ai donné de la marchandise à crédit.» En v. fr. guile, guille signifie supercherie ; guiller, tromper, et guiUeor, fourbe.
Chacun se seigne et esmcrveille Quant il raconte la merveille Que li mostra fors de la ville Li guillierres por sa grant guile.
Gauthier de Coinsy, comment Théophilus vint à pénitance, v. 1417.
ENHAITER, v. act. — Exciter, animer : « Enhaite tes chevaux pour monter la côte.» V. k.enhastir, enhaster, enhéter. Bel cher compainz, pur Deu qui vos enhaitet.
Ch. de Rol., ch. m Nous nous poons mult merveillier Que béguins volez devenir ; Ne vous en poez plus tenir !
C'est folie qui vous enhète.
Rut., Yie de sainte Elysabel.
De hait, joie, plaisir; d'où ilchaiter, affliger, abattre, et refiaiter. ranimer. Nous avons conservé souhait, souhaiter.