‹ Glossaire du patois des matelots BoulonnaisChapitre 1 sur 10 · LE BON ZIGUE · texte numérisé non relu

LE BON ZIGUE

C'est le boute-en-train du bateau n° loi.

Constamment de bonne humeur, rien à s' n épreuve, rien ne le rebute. Cœur et ardeur à la besogne, voilà son numéro ; mais dans sa poche l'argent n'est pas destiné à la Caisse d'épargne.

Lorsqu'il en a le petit commerce local en reçoit sa part.

C'est lui que vous rencontrez dans les environs de la Noël, après le comptage annuel, parcourant les rues avec sa matelotte et s'approvisionnant dans tous les magasins « où ça n'est pont trop çer ».

A cette époque, certains marchands d'habillements tiennent à demeure, sur leur foyer, une bouilloire qui chante la bonne chanson. Sur une table, des verres près d'une bouteille avoisinent un sucrier : tout est prêt pour un grog au pied levé.

Quand le matelot arrive : « — Ah ! comrne il fait froid, lui dit d'abord le marchand, venez prendre une chaude ! » Le matelot, très sensible à ces attentions, accepte. Le voilà près du feu, ainsi que sa femme • « — I nous faut , dit-il ». — Le marchand l'interrompt : — J'allais me faire un grog, vous allez choquer avec moi. — Pas de refus.

On trinque, parfois on retrinque. Le matelot, des mieux disposé, a dit à son hôte : Vous m'allez, vous !

Ils sont amis finis.

La matelotte n'oublie pas ce qui les amène :

— Avez-vous quicque çose ed hiaii, et pont trop ce?- ?

— Oui, tout à l'heure, mais finissez donc votre verre.

On passe au magasin. Le marchand étale un grand nombre de vêtements, ayant soin d'en laisser ostensiblement un ou deux de côté ; il vante chaque pièce : l'étoffe est inusable ; comme cela est fait !

Les vêtements laissés de côté intriguent la matelotte (c'est elle qui discute l'affaire pendant que le mari regarde) : — Et ceusses laie ? dit-elle.

— Ça ne vous convient pas.

— Pourquoi ça >

— C'est trop beau.

— Quément que dites, dont ! Trop biaii ! Esse quo n peuvons pont acater comme les autres, nous ! Esse qu no arzent nvaut pont c ti laie d' ein aiite !

— Je ne dis pas cela.

— / n manqiieroit pus qu," ci. Eh ben ! pour vous preuver qu ment quo sommes, cest c ti laie quo prindrons, pont vrai, Zacques.

La ruse du marchand a réussi : il a écoulé un de ses rossignols, et à bon prix encore.

LE RÉPILLEUX

Toui ne sont pas bons zigues : il y a le répilleux, le mécontent, le soupçonneux, qui assiste à toutes les ventes, note sur le couvercle de son ciquotin (où préalablement il a collé un morceau de papier), le montant des ventes, afin de contrôler le compte de l'écoreur. Le répilleux est toujours fâché contre celui-ci, comme il

l'est contre lé patron, comme il l'est contre ses compagnons. On le trompe si souvent — assure-t-il. Il change d'équipage à chaque saison, et n'a pas encore rencontré, même sur le bateau n° loi, celui qui n'émeut pas sa bile.

C'est un répilleux qui, jadis, prononçait le mot écoreur, écorceur !

LE ZALOUX

Un matelot zaloux ! Ziizez un peu de ce que doit être son existence et quels diables satmes hantent sa cervelle lors des longs voyages d'Ecosse ou du Dogger's bank !

Le pauvre homme !

Lors de la pêche côtière, ses soucis sont moindres, car dans l'intervalle d'une marée à l'autre, il peut se rasséréner l'esprit par ses précautions. Il en a d'ingénieuses, auxquelles Bartholo lui-même n'a pas songé.

Il enferme sa femme ; mais ce n'est pas tout : il sable sa maison d'une certaine manière à lui, afin de pouvoir vérifier si un pas accusateur y a laissé sa trace. Il interroge, en outre, les voisins. Au moindre soupçon, sa lourde, main s'abat sur sa victime

Le pauvre homme !

Lors des voyages lointains, pas moyen de tenir son trésor sous clef. Que faire > S'il est patron, il peut embarquer sa femme à bord : mais s'il n'est que compagnon !...

Le pauvre homme !

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