LE DUR A CUIRE
Insensible à toutes les intempéries, à toutes les impressions extérieures, il ne sait pas ce que c'est que d'être malade. Jeune, il roulait pieds nus ; maintenant il retire encore ses souliers pour être plus à l'aise. Que lui font le froid ou le chaud ? Cela n'existe pas, et quand quelqu'un se plaint de la température, à ses yeux ce n'est pas un homme.
Durs à cuire nos anciens corsaires, dont Bucaille resta le type. Quelles natures bronzées! et quels naïfs héros! C'est un dur à cuire qui, devenu vieux et riche, ne voulant pas avouer son ignorance un iour qu'il devait signer un acte, arriva chez le notaire le bras gauche en bandouillère : « Z' peux pont signer, z'em sus blessé-ye. »
Comme on l'aurait offensé si on lui avait fait observer que sa main droite restait libre.
l'viu
« Ein pauver viu, ein homme d'em naze à qui qiion manque ed respect : cest pont ben ! »
Il geint toujours. Toujours sur le qui-vive de la sus-
ceptibilitc, il sait s'épargner les moindres corvées en invoquant s' ii'àze. ce qui serait naturel et compris s'il n'y avait pas souvent de la ruse. C pciuvcr vin geignard est connu pour un ancien ladadious, yn loupeur tîni d'auter/ois ; car les auti'es, les diir-à-cuire^ ont l'orgueil de prouver que les années ne leur enlèvent rien de leur courage : aussi restent-ils l'exemple des bons compagnons, le bras droit du patron, et on leur confie souvent la charge de confiance, la cambuse.