‹ Glossaire du VendômoisChapitre 20 sur 23 · PERCHE-GOUET · texte numérisé non relu

PERCHE-GOUET

Par le Baron DE MARICOURT

Un grous bordaiger qu'avAit (2) ben auquoi faire, avait perdu sa compaignie, qui y avAit laissé deux gars, bcn avéris, ben furieux.

(1) Qu'il nous soit permis d'exprimer à M. le baron de Màricourt toute notre reconnaissance pour l*aide qu'il a bien voulu nous prêter pour un travail que nous eussions été personnellement incapable de mener à bonne fin.

(2; La prononciation de atô, ait, dans les verbes à l'imparfait est presque impossible à noter. Elle tient le milieu entre at^ long, â, ou de. Nous conservons l'orthographe ordinaire, vu les difficultés de traduire ce stm ; le lecteur voudra bien tenir compte de cette observation. Nous n'avons pas non plus adopté d'orthographe spéciale pour le mot gars, dont la prononciation percheronne est très difficile à rendre. Ce n'est ni gas, ni gd, ni gau, ni même gaio qui s'en rapprocbet-ait le plus. De même votre ne se dit ni cot', ni cota', c'est entre les deux.

L'pus vieux était un peu griiuaud, mais c'était une personne qu*avâit ben envie d'manger du pain^ un travailleux dans tout c'quc y ai L'cadet c'était pas grand cas qu' lui, un faignant qui Psait des gestes et qui s' pariait, un prop' à rien d' première, qu'avait un poil dans la main.

L' pus jeune i dit comme ça à son père : a P'pa, ça vous ferait i plaisi d'nous donner quoiqu'i nous r' vient d' défunte nout' mèi*e? — J' veux ben,qu*i dit V mait' » et i leiix y fait leux partage. Par un peu on après, V pus jeune i prit tout son butin a quanté lui et i s'en alla ben louin, ousqu'i fit la noce et i mangea jusqu'à sa dernière centime à s'amuser à s' boissonner avec un tas d'sarchées fumelles (au respect d' la compaignie) si tant qu'il lui resta pus qu' ses deux yeux pour queurier.

Pour lors, i arriva une terrib' cbèreté dans le pays où i ou qu'i i-estait, et comme i n'avait pus rin pour sa vivature, i s' mi en condition devers un homme qui l'envoya à son bordaige, pour m'ner (au respect d' vous) ses goiins aux champs ; le v'ià ben équipé !

Et r pauvr' mâtin s' tournait ben cheti, ben poverteux, et la fore' d' la faim qui l' tenait y f sait dire : c Si tant seulement on m' donnait à manger d' Taugéc aux gorins! a mais on n'y en donnait pas seulement une saint seule miette. Et i s' disait itou : c D'vei^s cheu nous, comben qu'y a de journaiers qui mangeant tertoux leux pain, et il en reste cor pour les trainiers ! Fout-i tout d' même que j' seye animau d' m'en être départi ! J' vas aller l' trouver et j'i dirai : Mon P'pa, j'ai péché cont' V ciel et cont' vous ! J' sais trop maladret pour qu'vous m' preniez à c't' heure pour vout* giirs, mais si ça vous fait plaisi, j' serai vot' journaier. >

Pour lors, i s' leva et vint d'vers son père. Inn 'était cor ben louin, quant' c'est qu' son père i 1' vit, et il en éseut pitié, et y courut à sa redevance pour 1' chéri et l'amignonner.

L' gars lui dit : « Mon p'pa, j'ai péché trében cont' 1' ciel et cont' vous, j' sais pus digne d'être appelé vout' gars. »

Mée l'père i jupa ses domestiques et leux y dit : « .\llcz ben vite qu'il ses z'hardes, mettez y un zannor au douet, et pouillez y ses souliers aux pieds. Allez qu'ri itout l' viau gras et tuez-le ; et faites-le fricasser, j' veuxqu' tout le monde i mange et prenne son plaisi. Car ça, c'est mon pauv' gars qu'était défunt et le v'ià r'vêqui; il était pai*du et le v'ià r'trouvé. » Et terlous tirent une grande fête.

Et attendiment qu'i prenaient leux agréments, l'aut' gars qu'était environ r'fend' à vau les champs, i s'en r'vint d' vers chez lui,

et comme il entendait tout V- brut d* la musique et d'ia danse, i demanda à un charretier : « A cause donc qu'i fesant tout c^potin ? — G'ée, dit c' taut', qu' vout* frèxe, il y est revenu, et le mait' il ée si ben aise de V voir bon avéri qu'il a fait tuer V viau gras. • Mée V pu8 vieux i n'en était si tant fâché qu'i voulait s'ment pas entrer. L' malt' i d'vala d' la maison pour v'ni V quVi, mais V gars y dit : c Mon p'pa, y a trében d' temps que j' me donne du mal pour vous, et que j' fais vout' agrément, sans jamais vous dire seulement pus haut que vot* nom ; et vous m'avez pas tant s'ment donné un biquet pour faire la noce avec mes amis. Et quant' c'est que c' méchant gnià, qui a mangé tout son butin (au respect d' vous) avec des poesons d' fumelles, i s'en revient, vous faites tuer pour lui not' viau gras. » L'père y dit : c Mon gai*s, t'es toujours a quanté mé; qu' tu sais pas ben qu' tout c' qu'èe icite c'é à té. Mée fallait ben faii*e fôle et s' réjoui piqu' ton frôze qu'était m6 est revéqui, qu'il était pardu et qu'j' l'avons l' trouvé. »

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