INTRODUCTION
« Il n'est point, ce me semble », a dit Sainte-Beuve l, « de lecture plus récréante, plus agréable et à la fois plus féconde en enseignements de toute espèce, que les biographies bien faites des grands hommes : non pas ces biographies minces et sèches, ces notices exiguës et précieuses où l'écrivain a la pensée de briller, et dont chaque paragraphe est effilé en épigrammc, mais de larges, copieuses, parfois même diffuses, histoires de l'homme et de ses œuvres ». Que Godeau soit considéré maintenant comme un a grand homme » et que sa biographie, telle que je la présente, ait été « bien faite » par moi, je ne le prétends pas. Mais il fut, de son vivant, tenu pour une sorte de grand homme, il a écrit des œuvres, sinon importantes, du moins nombreuses, et je n'ai garde de chercher à briller, quand je parle d'elles et de l'écrivain, de l'évêque, de l'homme. Si mon récit est « Large, copieux, parfois même diffus », l'un de nos critiques les plus distingués m \ a presque invité.
A la fin du siècle dernier, M. l'abbé Cognet soutint en Sorbonne, pour Le doctoral es lettres, une thèse sur Godeau -'. Il y a quinze ans que, professeur au Lycée de Mer. je me
i. Portrait* littrrmrrs. Paris. iK'i'j. I I. |> 'j<j.
i Paris, Picard, 1900. Ja citerai, en abrégé G
suis occupé, à mes heures de loisir, d'étudier de mon côté l'épiscopat de cet académicien à Grasse et à Vence, notamment au moyen des documents des Archives des Alpes- Maritimes, fonds des évêchés et des chapitres '.Si la thèse de M. Cognet a fait connaître, un peu mieux que les travaux jusque-là publiés, ce que furent la vie de Godeau, ses œuvres, son rôle d'évêque, j'espère que mes recherches ne sembleront pas inutiles à ceux qui pensent qu'il est « intéressant d'examiner dans son détail la vie ecclésiastique et épiscopale en un siècle aussi profondément imprégné de l'esprit religieux que le xvne siècle » 2. Aussi je me dispense d'une plus longue préface, j'indique l'intérêt du livre de M. Cognet et la valeur de l'index bibliographique qu'on y trouve, et je passe, sans autre préambule, à la peinture de ce que fut, dans le diocèse de Grasse — plus tard Vence aura son tour — l'épiscopat d'un des premiers membres de l'Académie française, peut-être du plus petit et du plus laid, mais non du moins brillant.
Le livre de M. Gognet a été jugé sévèrement par M. Lanson 3, que je remercie d'avoir bien voulu dire à ce propos que j'avais « en trois articles des Annales du Midi » — relatifs d'ailleurs à l'épiscopat de Godeau à Vence — « instruit
i. En abrégé, Ev. de G. ou V., et Chap. de G. ou V. Le classement et l'inventaire de ces fonds, où M. Gognet n'a puisé que superficiellement, a été fait et imprimé par M. Moris, archiviste des Alpes Maritimes, dont chacun connait en particulier les belles études sur l'abbaye de Lérins. J'avoue que certains de mes chiffres correspondent exactement à la disposition actuelle, mais d'autres à l'ancienne, celle qui existait au moment où j'ai commencé mon travail. Il m'aurait fallu de longues recherches pour remplacer ces chiffres d'alors par ceux d'aujourd'hui, tant les fonds ont été remaniés.