‹ Godeau, évêque de Grasse et de Vence (1605-1672) (volume 2)Chapitre 117 sur 192 · Tom. I, p. 4o5 et suiv · texte numérisé non relu

Tom. I, p. 4o5 et suiv

titulaire. alors du siège de Grasse, et au pauvre Golletet que Boileau nous a habitués à voir « crotté jusqu'à l'échiné », cherchant un morceau de pain « de cuisine en cuisine ». Celui-ci demande au « grand évêque de Grasse » s'il ne doit pas lui « baiser le sacré talon », vante « la magnificence du très révérend seigneur », loue ses vers où tout lui semble « excellent, beau, net », le proclame « incomparable » ; Godeau l'oblige à ne pas rester à genoux, proclame l'égalité des fils d'Apollon, déclare qu'il aime et chérit Golletet, puis insiste sur ses propres mérites, « mes beaux vers qu'on adore », sa vigilance à observer la césure, l'absence d'une seule rature dans ses poésies, le choix de ses expressions :

« Je suis très excellent, quoi que disent les sots...

... cette méchante race Peut dire que mes vers sont froids comme la glace ».

Colletet admire l'ardeur de Godeau, dit que son Benedicite est une pièce admirable, une merveille adorable. L'évêque dit d'ailleurs qu'il se sent plein de feu, qu'on l'accuse à tort d'être stérile, que s'attaquer à lui, c'est se prendre à la Muse, que ce Benedicite est un travail excellent, un chef-d'œuvre précieux. Mais Golletet veut l'amener à déclarer qu'il est, lui, Colletet, un très grand personnage, qu'il a plus de vigueur que Théophile de Viau, qu'il approche « du bon père Virgile », que son style est magnifique : or, Godeau se contente de dire que son ami parle « un peu mieux qu'un garçon de boutique ». Ici, la querelle éclate. Godeau consent à ce que Colletet loue les ouvrages de l'évêque de Grasse, mais accorde difficilement à son interlocuteur l'honneur d'être mieux « qu'un gentil violon », finit par le traiter de « grosse bête », de maraud, de gueux, de coquin, de canaille :

« Sur mon Dieu, Colletet me mettrait en péché, Si jï'tais avec lui plus longtemps attaché. »

Quant ù Colletet, il crie à l'outrage, déplore d'avoir loué l'œuvre (!<■ M. de Grasse, la trouve plate estime que son înter locuteur lui rompt la lêle et sort en regrettant de lui avoir dit quelques mots aima bf es : « c'était pour vous complaire ».

Qu'on relise 1rs louangefl el les injures du « griniaud »

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Vadius et du « cuistre » Trissotin dans les Femmes savantes de Molière, sans oublier que Pellisson, qui n'avait pas, suivant le mot de M. l'abbé Fabre, la liberté de dire beaucoup de bien des attaques de Saint-Evremond, a trouvé qu'elles n'avaient ni art, ni règles, que c'était une farce plutôt qu'une comédie, mais que l'œuvre a n'est pas sans esprit et a des endroits fort plaisants ». Quand Chapelain écrivait à Maynard, qui était en Auvergne, que son éloignement l'avait « sans doute fait oublier par ce mauvais comique », et à Balzac, le 20 juin i638, que «, cette mauvaise farce faisait rire les crocheteurs aux dépens de notre sénat littéraire », et à Bouchard, le 23 août 1639, que personne ne se déclarait l'auteur de « cette badinerie fort insipide, soit qu'on craignît le ressentiment des particuliers, soit qu'on appréhendât le châtiment », il serait curieux de savoir comment Godeau en connut l'existence, alors que « les porcs », c'est-à-dire les Espagnols, la visite de sa cathédrale et des chapelles du terroir de sa ville épiscopale, Lérins, le P. Hercule et la littérature italienne se partageaient son attention.

Tisserand indiqua aussi le rôle, plus insignifiant, de Godeau dans la se. 5me du même acte Ier, où le chancelier, Chapelain, Boisrobert, L'Etoile, Colletet, Gombauld, Habert, et Sérizay comme président se disputent1.

Rappelons enfin2 que c'est le i5 mai i638 — Jansénius était mort le 6 — que Saint-Cyran fut arrêté « pour on ne sait quelles raisons politiques, religieuses et personnelles » 3 et enfermé à Vincennes, où Lescot, qui fut plus tard évêque de Chartres4, l'interrogea. « Saint-Cyran comptait jusqu'à 17 causes de son emprisonnement, quoiqu'il n'y en eût pas une seule de légitime », a dit Hermant5, qui insiste sur l'animosité que le P. Joseph et des Noyers avaient pour du Vergier de Hauranne.

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