‹ Godeau, évêque de Grasse et de Vence (1605-1672) (volume 2)Chapitre 13 sur 192 · Chapelain, Lett , I · texte numérisé non relu

Chapelain, Lett , I

pagne toute la semaine... Le devoir auquel nous nous sommes mis en témoignant du souvenir à vos belles druides, a piqué peut-être votre jalousie » *. Une autre est du 3o octobre : « Si vous m'eussiez mandé le sujet de votre nouvelle ode. vous ne m'auriez pas laissé à deviner. Si ce n'est saint Paul, il vous appellera au jugement devant les Muses qui savent bien qu'il est le premier en date entre vos créanciers ». Je suppose qu'il s'agit de l'ode sur la prise de La Rocbelle que Godeau publia en 1 633. D'autre part, constatons que, dès la fin de i632, les amis de ce jeune homme de 27 ans avaient remarqué son goût pour les œuvres de saint Paul ; il paraphrase en i632 ses épîtres aux Corinthiens, Galates et Ephésiens. La troisième lettre de Chapelain, qui a peu d'intérêt, est du 28 novembre : a J'ai vu le mémoire de la terre qu'on vous veut vendre ».

D'autre part, Chapelain écrit à Balzac le 25 septembre iG32 : « Notre ami Godeau est encore à Dreux, attaché a ses Eglo gués sacrées qui sont des imitations ou paraphrases du Can- /it/ue des cantiques. Il nous en montra deux à Dreux -, et je ne crois pas qu'il y ait rien eu encore de comparable en ce genre chez nous ». Puis le 8 décembre : « Dans cette dépé che, vous trouverez un souvenir du cousin de M. Conrad, duquel je ne vous dirai rien, sinon qu'il est toujours luimême et qu'il ne me cède point en persévérance à vous honorer. Le reste de ses vertus vous est d'autant plus connu que vous avez plus de lumières que les autres hommes. M y a \ ou 5 mois que Paris l'a perdu3 et qu'il y est désiré de l'un cl de l'autre sexe. Nous l'y attendons vers Noël. Si \<>us y arrivez en même temps, nous n'aurons plus rien à demander à la Fortune ».

En i63o, Godeau donne à Paris un Discours sur ht traduc-

1. Tamizey rappelleque Chapelain, alors âgé de 3«j ans, Leur écrivait sous l<" nom de Lycidas.

Lors du voyage do Chapelain qui. le 18, rentré à Paris, écrivait à Godeau que les hommages qu'il avait offerts nus trois druldesses de Méxièrea avalenl ^.himIouIc piqué la jalousie de notre personnaj

; Don< Godeau avail du partir de Paris en juillet r

tion du « Dialogue des orateurs » que Giry, un écrivain aujourd'hui moins connu que Malherbe1, venait de dédier à Conrart. Une réédition en fut publiée en i636. Les deux éditions de l'œuvre de Giry contiennent le Discours de Godeau qui fut tiré à part1. Le jeune littérateur insistait à nouveau sur les traductions, notamment sur celle qu'Amyot avait faite des œuvres de Plutarque2.

En i633, Godeau publie une Ode à Louis XIII 9 au sujet de la prise de La Rochelle qui avait eu lieu, on le sait, en octobre 1628. Gostar3 composa contre cette poésie un Discours satirique où il disait que c'était « un bel escalier au coin d'un corps de logis, une belle croisée dans une encoignure » 4. C'est dans ce poème de Godeau que se trouvent deux vers brillants que Corneille reproduisit textuellement dans la première des stances de Polyeucte5. On n'ignore point que la tragédie relative au martyr arménien ne fut pas jouée avant la fin de décembre 16/12. /Y ce sujet, M. l'abbé Cognet déclare qu'un examen sérieux.du problème que cette réminiscence soulève ne permet pas de supposer que la bonne foi de Corneille n'ait pas été entière. L'ode de Godeau fut si appréciée qu'elle est imprimée en outre, et dès 1 633, en tête des Nouvelles Muses que divers poètes — citons Chapelain, Racan, Desmarets de Saint-Sorlin parmi les plus connus, — font paraître à Paris. Elle l'est encore en 1 635, en tête du Parnasse royal qui est édité à Paris. « Au dire de Ménage,

1. Louis Giry, ami de Conrart, élait aussi un jurisconsulte. Il a fait plusieurs traductions. D'abord avocat au Parlement, il devint avocat général aux chambres royales d'amortissement et des francs fiefs. Mazarin l'admit dans son conseil privé. Membre de l'Académie en 1 636, il mourut en 1666.

2. On le trouve aussi dans le second volume (p. 263 à 279) de ses OEuvres chrétiennes et morales en prose publiées en i658.

3. Pierre Gostar, ami de Balzac et de Voiture - dont il défendit les œuvres, publiées par Pinchène, — mourut en 1660, étant archidiacre du Mans.

lx. C. dap. Bibl. Nation., fr. 23 1 3, f° i34-

5. Il s'agit de l'image du poète latin P. Syrus : « Fortuna vitrea est ; tum, eu m splendet, frangitur ».

Corneille ne savait pas que ces deux vers, qu'il applique à la félicité et que Godeau avait appliqués à la gloire, fussent de celui ci » *. Voltaire a reproché à l'auteur de Polyeucie de les avoir employés : « Il était assez riche de son propre fond, et c'est peut-être une plus grande faute de les avoir crus bons que de se les être appropriés » 2. L'un des biographes de Godeau dit que Corneille lui rendait hommage en les prenant. Si Godeau pardonna à Corneille cet emprunt, il semble qu'il ait moins excusé les critiques de Costar. M. Cognet dit qu'il fut si irrité, et Chapelain aussi, à la suite de ce que Costar avait dit de ses odes, qu'ils auraient prié Richelieu d'embastiller Costar; que MM. du Châtelet durent intervenir en faveur de l'auteur du Discours satirique.

Présenté par Mmede Clermont et Angélique Paulet, si nous en croyons Tallemant 3, et aussi par Conrart4 et Chapelain, si nous nous en rapportons à M. l'abbé Cognet, Godeau fut reçu à l'Hôtel de Rambouillet. Aussitôt il y remporte de grands succès et rivalise avec Voiture' de qui l'on n'ignore point qu'il fut jusqu'en 16^8, date de sa mort, « l'âme du rond ». Godeau élait inscrit comme avocat, depuis i632, au Parlement de Paris. Cette année-là, il demeurait — ce que M. Cognet aurait pu rappeler d'après Jal, — rue du Franc- Mûrier, paroisse de Saint-Jean-en-Grève. Le voici « soupirant de la belle lionne », qui l'avait, semble-t-il, introduit dans « la chambre bleue d'Arthénice » ; le voici d'autre part

1. C, d'ap. les Observai, sur Malherbe de Ménage, p. a54. — Ménage, tout impeccable que soit son érudition, se trompe en disant que l'ode de Godeau était adressée « au Cardinal ». Mais, quand il rapporte qu'elle avait été composée quinze ans avant Polyeucie, il confirme l'opinion de ceux qui pensent que cette tragédie fut jouée en janvier [643 : l'ode est do 1O28.

■a. C, d'ap. le Comment, de VoKaire sur Pofyeade. -- D'autres ont jugé que Voltaire, qui accusait Corneille de plagiat, garda mieux que lui le secret de ses emprunts.

< ifté par Bourgoin, p. 80.

\. Livet, Prie, etpréc, Paris, Didier. i85g, p. 1 1, et Bourgoin.

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