‹ Godeau, évêque de Grasse et de Vence (1605-1672) (volume 2)Chapitre 151 sur 192 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Godeau à Aix et Marseille (1639, février et mars).

La Provence, on le sait, était un des pays d'Etats de l'ancienne France. Sa représentation provinciale était prise dans les trois ordres et votait le don gratuit qu'exigeaient, malgré le terme qui le désigna, les commissaires de la Couronne, l'intendant ou le premier président du parlement, et le gouverneur. C'était ce que Mms de Sévigné appelle « un pressoir que l'on serre à le faire rompre », et parfois la résistance aux exigences royales coûtait cher aux opposants. Le tiers état surtout donnait de l'embarras à cause de sa force d'inertie. Pour obtenir les votes, on pratiquait ce que l'intendant Claude Bazin de Bezons, — je le cite d'autant plus volontiers qu'il était l'oncle de Godeau1, — appelait pour le Languedoc « la manière germanique », d'après laquelle le but est tout, les moyens rien. On évitait de tenir ces réunions à Aix : dans une petite ville"2 les députés s'ennuyaient et expédiaient le travail promptement. Les communautés de Provence faisaient accompagner les consuls qu'elles députaient

i . Voir p. a.

2. Aussi c'est à Lambesc. qu'on tint après 1689 161 « Assembler* «lr« communautés. »

de valets revêtus des livrées de chaque ville : ainsi le tiers état même y paraissait avec l'attirail des grands seigneurs'.

Notons que c'està Brignoles, en septembre i632, qu'avaient siégé les derniers Etats de Provence qui eussent été tenus. En i63o, Richelieu avait voulu se passer de celte représentation pour imposer la Provence; le mécontentement fut tel que, en souvenir d'un apologue connu"2, le seigneur de Châteauneuf, Paul de Joannis 3, neveu de Laurent de Goriolis, baron de Cornières et deuxième président au Parlement depuis 1616 4, s'attacha un grelot (cascaveu en provençal) au bras ; les autres révoltés firent de même ; le comte de Nangis, lieutenant du prince Henri II de Condé, réprima durement l'émeute au cours de laquelle il y avait eu — détail à retenir pour des événements dont nous aurons à parler — le parti des Bleus et celui des Blancs ; Coriolis fut condamné, quoique aveugle, par contumace, en octobre 1682, à avoir la tête tranchée, ses biens et sa charge confisqués, sa maison rasée, et fut enfermé en i64o dans la tour de Bouc, où il mourut.

Le 1 1 février i63q, Chapelain écrit à Godeau : « Vous m'avez bien fait plaisir de venir jusques à Aix... je vous ai demandé des chapelets, non pour moi, mais pour M. de Chavaroche 3 qui en avait pris la commission de Mme d'Hiers » 6. Godeau était en effet retourné à Aix, où il était député aux Etats

1. J'emprunte toutceci,à peu près textuellement, à l'introduction que G. B. Depping' a mise en tête du t. Ier, publié en i85o, de la Corresp. admin. sous Louis XIV (dans les Doc. inéd.).

2. La Fontaine l'a rendu célèbre dans son Conseil tenu par les rats.

3. Son frère Jean avait été reçu, en octobre 1623, comme conseiller au Parlement en la charge de son père, mort en février 162 1. Leur mère était Charlotte de Goriolis (Boisgelin, Chron. des cours souv. de Prov.).

h. Pourvu à a4 ans avec dispense d'âge en la charge de son père qu'on surnommait « la jambe de bois », mais reçu en 1601 à condition de ne faire aucune fonction de président jusqu'à l'âge réglementaire (Ibid.j

5. Intendant de la maison de Rambouillet et gouverneur du marquis de Pisany, fils d'« Arthénice ».

6. Sic, pour « Mœe d'Yerres » : il s'agit de lune des filles de Madame de Rambouillet. Voir p. 161.

généraux de Provence que le comte d'Alais y avait convoqués pour le 8 J.

Les Etats de Provence présentaient volontiers des remontrances dont le roi tenait compte s'il le jugeait bon "2. On nous permettra de rappeler les termes dans lesquels ceux de 1606 portèrent aux pieds de Henri IV les supplications de la province « blessée par les guerres civiles; ainsi que l'aigle qui. se sentant chargé d'infirmités et de maladies, s'élève au plus près qu'il peut du soleil, afin que, de l'impression vive des rayons de ce grand astre, il puisse recouvrer sa guéri son et sa force » 3.

Godeau combattit lors de ceux de i63g, vainement, sinon avec la même rhétorique, les prétentions de la Couronne et ne put obtenir une réduction des sommes qu'elle exigeait'». 11 avait reçu de Chapelain l'avis de veiller sur ses paroles dans une assemblée de cette importance. « J'attends avec impatience le succès de votre voyage ; je ne doute pas qu'il ne vous soit glorieux et ne confirme la réputation que vous avez déjà très grande dans cette province » 3, lui écrivait-il le 1 1 février avant la session des Etats. « Vous avez conseillé à MM. les Provençaux leur bien et leur avantage », écrivit ensuite Chapelain le 3 mars dans une lettre qu'il adressait à notre évèque à Grasse même. Ils n'avaient pu le prendre a pour un homme intéressé » ; leur jugement étonnait l'ami de Godeau ; « ils ont pris pour courtisans », ajoutait il, « tous ceux qui ont incliné à leur faire ouvrir la bourse. Vous m'avez dépeint MM. les Provençaux, et plus dune fois, pour gens qui font leur dieu de leur argent... Il faut faire son devoir et laisser gracchiar chirude », c'est-à-dire crier les imbéciles.

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